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 [3.9] Hommage

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Arutha L. Kark
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Arutha L. Kark

Messages : 101
Date d'inscription : 28/03/2015

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MessageSujet: [3.9] Hommage   [3.9] Hommage EmptyMar 21 Mai - 21:11


(E03P9) Hommage



Quand s'arrêterait-il de le tourmenter ? Jamais, probablement. Depuis son retour, Corvus n'avait pas manqué un seul jour de visite... bien qu'elles ne soient ni désirées ni autorisées par le principal intéressé. Outre les apparitions intempestives dans son bureau et le matin où il était venu voler la vedette au réveil du Kark, le Grand Sage s'était permis de squatter le siège arrière de sa voiture pendant qu'il conduisait jusqu'à chez lui, et surtout de se pointer dans sa salle de bain à l'instant même où Arutha se mettait à fredonner sous l'eau tiède.

Comme à chaque fois que l'entité se permettait ce genre de libertés, Arutha s'était fait une joie d'exprimer son mécontentement de son ton le plus grognon. Et comme à chaque fois, l'entité s'était contenté de répliquer d'une pique malicieuse et d'un rire .... Corvussien. Oui ; il n'y avait pas d'autres mots. Ce rire à la fois joyeux, moqueur, et quelque part, un peu charmeur. Nul doute qu'il le faisait exprès pour adoucir l'humeur de sa victime. Une vile tentative de manipulation qui n'avait bien sûr aucun effet sur le Kark.... non, vraiment pas. S'il se contentait de grogner sans vraiment lui interdire formellement, par un ordre direct, de lui rendre visite à l'improviste, c'était uniquement parce qu'il avait besoin de lui pour tout le reste. Uniquement pour ça oui. Du moins était-ce ainsi qu'Arutha Kark voyait les choses.... ignorant la petite voix qui lui chuchotait que, peut-être, il se cachait derrière ce mécontentement exagéré une âme solitaire qui appréciait secrètement la compagnie qu'on lui imposait.

Mais quelle que soit la raison de sa clémence, Merlin ne comptait pas en témoigner la moindre bribe aujourd'hui. Non ; pas aujourd'hui. Car ce jour était spécial. Ce jour n'avait toujours appartenu, et n'appartiendrait toujours, qu'à eux. Elle et lui. Lui et elle. Leurs souvenirs, leurs moments, leur lien.... leurs rires et leurs pleurs. Leurs espoirs et leurs peurs... surtout les siennes à lui. Toutes celles qu'elle avait su écraser de mots et d'amour, avec toutes ces phrases, ces gestes et ces attentions qui avaient fait d'Arutha Kark ce qu'il était à présent.

La prodigieuse femme habitait la mémoire du jeune Kark chaque jour, mais son souvenir se faisait toujours plus présent, plus vivant, plus douloureux aussi, en ce jour précis. Ce jour anniversaire de celui où elle avait perdu la vie.

Arutha Liam Kark quitta la douceur de son lit la gorge serrée ce matin. Posés sur le fauteuil dans le salon, le costume noir qu'il avait préparé la veille. Propre, repassé, sans la moindre pliure, il était à l'image de l'hommage que le jeune homme espérait rendre à sa tante cette année encore : parfait. Les fleurs étaient commandées et les tasses rangées dans leurs pochette dans de transport. Prévenir Basil était depuis longtemps devenu superflu, l'employé ayant rapidement compris que son patron ne viendrait jamais travailler ce jour-là. Il avait aussi eu le bon goût de retenir que le sujet était totallement proscrit, après la première année et sa première bourde de débutant empathique. Pas besoin de s'attendre au moindre appel donc.

Eteignant complètement son téléphone, Arutha employa une bonne partie de l'heure suivante à préparer un thé de qualité. Le Earl Grey Russe avait toujours eu la préférence de sa tante, parce qu' " Il a le goût de la vie. "  disait-elle fréquemment dans un sourire tendre. " La pointe d'acidité devient agréable quand on prend le soin d'ajouter un peu de sucre. " Les coins de lèvres du Kark frémirent. Avait-il mis assez de sucre cette année ? Sans se l'expliquer, il eut une pensée fugace pour Corvus Hunter. Ce corbeau de malheur qui venait troubler sa vie comme le lait trouble l'Earl Grey. " Jamais de lait. " Versant le liquide ambré dans le thermos qu'il réservait à cette occasion, le Kark s'étonna que l'entité n'ait pas encore débarqué dans son appartement. Peut-être l'attendait-il dans son bureau ? ... bah ! Qu'importe ! Haussant les épaules, il finit de ranger soigneusement thermos, tasses et biscuits dans leur pochette avant de revêtir son costume noir.

Le bouquet de fleurs en main - de sombres roses à l'odeur délicate - il se mit en route du cimetière où reposait désormais la femme qui l'avait élevé. Ce ne fut qu'en arrivant sur place qu'il se mit à envisager que la journée ne se passe pas tout à fait comme prévu.... Garées sur le parking, trois voitures qu'il reconnut comme celles de ses oncles et cousins. Ils avaient pourtant l'habitude de venir plus tard dans l'après-midi... pourquoi diable avaient-ils changé leur rituel ?

Hésitant, le Kark laissa son regard se perdre longuement sur les trois voitures, puis sur les fleurs et le thermos de thé qui menaçait de refroidir. Il était presque sûr de savoir à quoi s'attendre et pourtant... pourtant il n'arrivait pas à se résoudre à rebrousser chemin aussi facilement. Ce n'était pas comme ça qu'elle l'avait éduqué.

Poussant un long soupir, il abandonna le confort de sa voiture pour gagner le cimetière, et la tombe de sa mère adoptive. Comme prévu, le caveau familial se révéla cerné. Et comme il pouvait s'y attendre, on le vit arriver avant qu'il n'ait le temps de prononcer le moindre mot.

« Qu'est-ce tu fiches là ? » grogna son oncle en guise de salutation.

« C'est pas vrai, encore lui ?! »

Venant d'un oncle qui ne l'avait pas vu depuis plusieurs années, cette attaque était plutôt risible. Mais tout aussi désagréable....

« Bonjour. » souffla le Kark qui n'avait pas envie de se battre ici. Surtout pas là, devant elle.

« Ne t'approche pas de cette tombe ! »

« Ni de nous ! »

« Tu serais capable de lui apporter le malheur même dans la mort. »

« Tu crois qu'on te connaît pas ? Tu va nous maudire juste en nous regardant. Dégage de là ! »

" Dégage ! ". " Va t'en ! ". " Tu portes malheur. " .... autant de phrases qui l'avaient heurté, plus jeune. Mais qui ne lui faisait plus rien.... plus rien comparé à la perspective de ne pas pouvoir rendre hommage à cette femme qui lui avait été si chère. La colère menaçait à présent de poindre.

«  Freja Kark est la femme qui m'a élevée. » rappela-t-il dans une dernière tentative de résolution pacifique.

« On voit où ça l'a menée ! »

Le jeune Kark inspira longuement en s'efforçant de ne pas broyer les tiges du bouquet, toujours prisonnier de son poing crispé.

« Personne ne m'empêchera de lui rendre hommage. Et encore moins vous deux. »

Cris et onomatopées offusqués suivirent l'accusation du nouveau Merlin. S'il en avait eu la patience et l'envie, il aurait pu leur démontrer, en quelques phrases, qu'en plus d'être coupables de l'effondrement de l'empire Kark, ils portaient une part de responsabilité dans l'accident qui avait prit la vie de leur chère sœur. Si chère qu'ils avaient préféré l'abandonner dans la misère plutôt que de prendre le risque de fréquenter leur maudit neveu. La voiture qu'elle conduisait ce jour-là aurait pu être neuve, comme toutes celles qu'ils s'offraient régulièrement avec les dividendes générées par l'empire de son père. Freja Kark aurait même pu ne pas avoir besoin de se déplacer du tout, si comme eux elle avait dilapidé son argent en domestiques et en services à domiciles coûteux. Ils auraient pu vivre tous ensemble dans la même maison, dans le même quartier, se voir toutes les semaines et passer du temps ensemble.... au lieu de ça, la benjamine de la fratrie Kark était morte seule dans une voiture pourrie.

Voilà ce qu'il aurait pu leur répondre là maintenant, à cet endroit précis. Mais un sentiment inexplicable le retint d'exploser. Une émotion sur laquelle il n'arrivait pas à mettre de mots. Un sentiment, une impression.... celle que sa tante n'aurait pas apprécié qu'ils se déchirent au pied de sa tombe. Comme pour confirmer ses soupçons, une brise de vent lui caressa doucement la joue, rappelant la caresse de sa main lorsqu'enfant, il rentrait de l'école avec l'envie de pousser tous ses camarades sous les roues d'une voiture. Non, elle n'aurait pas apprécié....

«  Je reviendrais cet après-midi. »

Une concession qui était assurément la seule qu'il était prêt à faire. Pour elle. Revenant sur ses pas, il murmura faiblement à la brise d'air un " Désolé, je serais en retard. " Même s'il était certain qu'elle comprenait.... et approuvait. Il s'apprêtait à remonter dans sa voiture lorsque soudain, une voix claire et féminine l'interpella.

« Arutha ! »

Sa cousine - la seule qui avait jamais eu tant soit peu de gentillesse à son égard et l'avait défendu à quelques occasions - courait dans sa direction. Non sans risques, supposa-t-il en posant les yeux sur son ventre rond.

« Attends. Je suis désolée.... » Elle reprit difficilement son souffle avant de poursuivre. « Ils peuvent vraiment être cons par moment. »

« Ah ? T'as remarqué aussi ? » ironisa le Kark.

Sentant l'attaque arriver, la brune prit les devants :

« Je suis désolée de pas avoir pris ta défense. Je trouve ça dégueulasse mais je me suis dis que c'était pas l'endroit pour ça.... tu vois ce que je veux dire ? »

Oui. Il voyait très bien même. Il opina du chef en desserrant le poing.

« T'as quelque chose de prévu ? Ca te dirait d'aller manger ensemble ? On pourra papoter et en profiter pour rattraper le temps. »

Le Kark eu un instant d'hésitation. Si sa cousine était de loin - très loin même - le membre de sa famille qui lui témoignait le plus de sympathie, ils n'avaient pas énormément d'atomes crochus pour autant. D'ailleurs cela faisait des années qu'ils ne s'étaient pas croisés. Elle n'avait pas pour autant ressentit le besoin de lui demander de ses nouvelles.... " et vice versa " murmura une voix dans son esprit. Au contraire, c'était elle qui venait de faire le premier pas. Elle qui lui avait toujours fait montre de gentillesse.... et dont le sourire ressemblait tant à celui de leur tante. Dans un murmure hésitant, il donna son assentiment et ils s'engouffrèrent tous les deux dans la voiture d'Arutha Kark.

La future maman choisit un restaurant italien au menu distingué. En conséquence, la cuisine fut de qualité et le repas un peu plus long que ne l'avait imaginé l'agent immobilier. Si une partie de lui regretta passer autant de temps au restaurant plutôt qu'au cimetière - ou à défaut de son domicile depuis lequel il aurait pu travailler - l'autre partie s'efforça d'apprécier ces quelques instants partagés avec un membre de sa famille, échangeant les dernières nouvelles comme si de rien n'était. Comme s'il n'était qu'un homme ordinaire revenant au pays après un long voyage et non un paria qu'on fuyait comme la peste. La future maman eu d'ailleurs tôt fait d'occulter le sujet, volontairement ou non, pour centrer la discussion sur leurs vies respectives.
Elle s'extasia de sa réussite professionnelle, s'enquit d'une éventuelle liaison amoureuse de son côté puis, sur le fil de la discussion, lui exposa les affres de sa propre vie. D'une main tendue dans sa direction, elle lui révéla qu'elle s'était récemment mariée à un homme rencontré lors d'une soirée entre amis.... et peu fortuné au vu de la bague bon marché qu'elle portait à l'annuaire. Elle lui confirma avec un sourire triste qu'il n'avait pas l'assentiment de son père, bien au contraire. Fidèle à lui-même, l'oncle d'Arutha avait espéré que sa fille s'unisse à un homme de haut rang dont la fortune leur redonnerait un peu de leur prestige d'antan. Furieux qu'elle contrarie ses plans, il avait décrété qu'elle n'obtiendrait plus le moindre centime de sa part. S'il n'avait pas s'agit là de la seule cousine à lui avoir témoigné un tant soit peu de gentillesse, Merlin aurait sourit de cette douce ironie. Mais le malheur de la jeune femme et la situation dans laquelle elle se trouvait ne lui procurait pas particulièrement de joie. L'idée que son enfant puisse naître dans la misère lui fit même éprouver une pointe de pitié. Parce qu'il savait très bien ce que c'était. Il réalisait à quel point certaines choses pouvaient être handicapantes dans la vie d'un enfant, que ce soit l'excentricité, la pauvreté ou une autre tare qui lui collerait à la peau plusieurs années. Personne ne méritait de grandir dans ces conditions. La conscience lourde, il fit taire son naturel défiant pour proposer d'une voix douce :

« Je pourrais vous prêter un peu d'argent. Pour le bébé. »

Le visage de sa cousine s'illumina, avant s'assombrir à nouveau.

« Je te remercie, c'est très généreux mais.... je ne sais pas quand est-ce que je pourrais te rembourser. »

« Pas besoin de te presser. » la rassura-t-il en prenant à nouveau sur lui. Le Kark se laissa même aller à un trait d'humour : « Tu pourras me rembourser la prochaine fois qu'on se verra, dans quelques années. »

La jeune femme se mit à rire, visiblement émue et soulagée.

« T'es sûr ? » insista-t-elle.

Face à son assentiment, elle accepta le chèque conséquent qu'il lui tendait et le repas se termina dans une ambiance chaleureuse. Finalement, qu'était un peu d'argent à côté du sentiment d'être venu en aide à sa cousine ? A sa famille. On lui avait rarement laissé l'occasion d'en faire autant pour les siens. Ou pour quelqu'un tout court. Il insista donc pour régler la note du restaurant et ils se quittèrent avec l'espoir de se revoir dans moins d'un an.

Arutha regarda sa cousine s'éloigner pour rentrer dans une voiture au volant de laquelle se trouvait un homme. Son mari sans doute. La voiture démarra, emportant avec elle ses deux passagers.... ou trois ? A l'arrière, une silhouette sombre venait de se redresser. Une silhouette difforme et vaporeuse.

« Merde ! »

Sa voiture ! Sa voiture .... était garée sur le parking qui se trouvait à 500 mètres de là. Or le véhicule blanc transportant sa cousine s'éloignait déjà, entraîné par le flot de voitures et le feu vert lumineux. Par bonheur, le regard du Kark lui révéla la présence d'un taxi à quelques mètres. Le cab anglais venait d'ailleurs dans sa direction. Sans perdre plus de temps, Merlin bondit sur la route pour forcer le véhicule noir à s'arrêter. S'il cru entendre un cri, il l'ignora purement et simplement, tout comme il ignora l'averse d'injures dont l'abreuva le chauffeur. La promesse d'une somme coquette s'il suivait la voiture indiquée - appuyée par une liasse de billets violets - persuada le taxi avide d'oublier cet incident pour se lancer à la poursuite de la voiture blanche. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard....






( Pando )




_______________________________________________________________




12h41... Et toujours pas d'appel. Rien. Malgré tous ses plans stratégiques. Malgré le sentiment d'addiction qu'il avait implanté chez le Kark - ou en tout cas essayé. Malgré leur lien privilégié et les risques qu'il courait à chaque coin de rue... Londres grouillait d'esprits malfaisants, de jour comme de nuit, et Merlin les attirait plus efficacement qu'une vierge dépressive au bord d'un toit. Et pourtant... pas d'appel. Rien.

D'un mouvement brusque, Corvus Hunter attrapa le coussin à sa droite pour y étouffer un cri de frustration. Horripiler qu'Arutha Kark ne prononce pas son nom comme de son pitoyable désespoir d'être invoqué. Par un putain d'humain. Un parasite liberticide qu'il mourrait pourtant d'envie de voir, tout en refusant de céder à la tentation. Cette résolution tenait autant à un solide esprit de contradiction qu'à une terrible envie d'être appelé, désiré, par l'être qu'il était forcé d'aimer. Si seulement Arutha pouvait lui donner le sentiment qu'il lui avait manqué, juste une fois.... Mais non content d'avoir emprisonné son cœur - pour ne pas dire empoisonné - il refusait en plus de lui accorder un seul signe d'affection. Foutu Kark ! " Il m'appelle pas ? Et bah parfait, qu'il crève ! " songea-t-il avant que cette horrible pensée ne lui obstrue la gorge et ne lui serre douloureusement la poitrine. Par les couilles du Grand Ancien ! Il fallait qu'il y aille.... même s'il n'en avait aucune envie. Il le fallait.

Les lèvres débordant d'injures, il abandonna son canapé et les publicités abrutissantes qui avaient eu pour mission de l'empêcher de réfléchir. Bel échec.... Aussitôt paré de son habituel manteau de fourrure, il disparut dans un nuage de vapeur. Bien qu'il n'ait pas d'idée précise sur l'endroit où trouver " l'objet de son amour ", la magie du bracelet le guida où il fallait. Encore un détail qui l'agaçait ; il détestait être semblable à une mouche attirée par.... du miel, pour ne pas dire autre chose.

Laissant son regard vagabonder sur les environs, Corvus finit par repérer le Kark derrière la vitrine d'un restaurant. Parfait. Donc pendant qu'il s'inquiétait pour lui et se lamentait de son absence, Monsieur prenait du bon temps. Oh, il allait lui en faire passer du bon temps ! D'un bond, il se téléporta à quelques mètres du restaurant, là où il ne pouvait être vu mais où il pouvait voir.... et où sa divine ouïe lui permettrait d'entendre chaque bribe de conversation. Pendant un moment, il avait hésité à entrer dans le restaurant sans prévenir et à s'incruster à leur table, histoire de laisser à la future mère un souvenir mé-mo-rable. Mais la jalousie prenant le dessus - encore un effet de ce maudit bracelet ! - il avait finit par céder à un espionnage discret. Là encore : une belle connerie....
La conversation était humaine au possible - autrement dit inintéressante - et le Kark parlait à peine. Pas étonnant que cette espèce ne vive qu'une centaine d'années tout au plus ; leur existence était d'un ennui mortel ! D'ailleurs son intervention inattendue serait probablement le plus beau divertissement de leur vie.

Arutha prit enfin la parole, interrompant le fil de ses pensées. D'une voix douce qui faillit arracher un sourire involontaire et inexpliqué au Hunter, le Kark proposa .... d'offrir de l'argent ? Sérieusement ? Nom de ... Ça ne pouvait pas être vrai ! Il allait forcément ranger son chéquier en laissant échapper un rire mesquin. Il refusait d'accepter qu'il était  lié à un humain aussi bête ! Mais Arutha remplit le papier bancaire et le tendit naturellement à la future Maman, sans rien deviner de l'arnaque qui était pourtant aussi flagrante qu'un nez au milieu de la figure. Le faux intérêt pour sa vie, le récit tragico-pathétique, le discours de femme courage qui incitait à la compassion.... Tout était là. Comment n'avait-il rien pu voir ? Lui, " le loup à l'instinct infaillible " ? A cet instant, il tenait plus du chien d'aveugle que du lupin. Et dans l'esprit du Grand Sage, embarras, amusement et colère se disputaient fougueusement la première place ; embarrassé d'être associé à un crétin, amusé du mauvais tour qu'on jouait à son geôlier et furieux qu'on puisse se foutre de l'homme qu'il aimait. Cette fois-ci plus d'hésitation : il allait intervenir.

Il s'apprêtait à se téléporter lorsqu'une forte intuition le poussa à regarder sur sa droite. Ses yeux furent instinctivement attirés par une voiture blanche, garée à quelques mètres du restaurant, dans laquelle se trouvait un homme seul. Brun, la trentaine, l'air aussi abruti que ses congénères, il ne semblait pas avoir le moindre signe particulier, si ce n'était le lien de fumée qui le reliait à l'esprit malfaisant derrière lui. Corvus Hunter roula des yeux dans un long soupir blasé. Quand il disait qu'Arutha Kark attirait à lui tout seul la moitié des raclures de cette ville....

D'un regard en arrière, il s'assura que son cher et tendre était encore occupé avec son dessert. Fallait-il intervenir maintenant ou ignorer ce sombre duo qui repartirait probablement avant que le Kark n'émerge du restaurant ? A la manière dont le conducteur s'était affalé dans son siège, portable en main et cigare au bec, il avait quelques doutes à ce sujet.... Peut-être que s'il disparaissait l'esprit maléfique aurait le temps de renifler le Kark et de s'en prendre à lui avant qu'il ne l'appelle à sa rescousse. Il apparaîtrait alors à ses cotés, tel un sauveur héroïque, l'épatant par sa force et remportant ainsi son affection ! ......  nom d'une gorgone ; il était vraiment atteint ! Le regard mauvais, il se rapprocha de la voiture dans l'intention de faire décamper cette maudite bagnole.
Son regard divin discerna alors un autre élément intéressant : posé sur le tableau de bord se trouvait un papier coloré. Un prospectus sur lequel figurait la tête d'Arutha Kark en personne. La mise en page et le texte ne laissait aucun doute sur la nature du document, à savoir une publicité pour l'agence immobilière du jeune homme. La coïncidence était trop grosse pour n'en être qu'une. Mais avant d'avoir réellement eu le temps de s'interroger à ce sujet, trois événements se succédèrent dans un espace de temps très court.

Premièrement, la future maman émergea du restaurant, suivi de près par Merlin. Sans pouvoir se l'expliquer, Corvus recula de quelques pas, hors de portée de vue.

Deuxièmement, la jeune femme salua chaleureusement le geôlier du Grand Sage avant de s'engouffrer dans la voiture blanche, qui démarra quelques secondes plus tard.  

Et enfin, Arutha Kark fronça des sourcils en distinguant la forme sombre à l'arrière du véhicule.

Si le Grand Sage devina instantanément la réaction qu'aurait Merlin, il n'en demeura pas moins en retrait, toujours partagé entre ce besoin intuitif de l'aider, le protéger, et cette envie bien plus naturelle de le laisser se débrouiller jusqu'à ce qu'il ne l'appelle. Après tout, il ne courrait pour l'instant aucun danger.... comme pour le contredire, le Kark choisit cet instant précis pour bondir soudainement sur la route. Dans un réflexe incontrôlé, Corvus s'élança vers lui en laissant échapper un cri alarmé. Il s'immobilisa en constatant que le taxi noir s'était arrêté avant de heurter la source de tous leurs ennuis. Mais putain ! Quel dieu c'était amusé à lier son destin à un pareil abruti suicidaire ?! De tous les humains, il avait fallut que ce soit le plus con et le plus casse-couille. En plus, il avait l'intuition - la certitude même - que son exclamation n'était pas restée inaudible aux oreilles du Kark. Qu'il ait choisit de l'ignorer le vexa d'autant plus, malgré l'urgence évidente de la situation ; avec tout ce qu'il faisait pour lui, un peu d'attention était la moindre des choses.

Le regard sombre, il regarda s'éloigna le véhicule noir à la poursuite du véhicule blanc. S'il ne se trompait pas - et il ne se trompait jamais à propos de ces choses là - l'esprit qui s'était invité clandestinement dans la première voiture était un Summa, et le conducteur un humain déjà bien corrompu. Autrement dit, il y avait deux chances sur trois pour que leur itinéraire se termine en collision foudroyante. Deux ou trois voitures accidentées, un passager traversant un pare-brise, plusieurs blessées, voir un ou deux morts ; rien qui ne l'affectât vraiment en fait. Sauf.... sauf l'idée qu'Arutha y passe aussi.... et surtout qu'un autre esprit ait le temps de se repaître de son cadavre avant lui. Il aurait pu se contenter de surveiller de loin pour récupérer sa proie au moment opportun mais quelque chose lui disait que s'il assistait à l'accident, même de loin, il lui serait extrêmement douloureux de rester inactif. Mortel même ? .... il accorda un regard méfiant à son entrave dorée avant de pousser un soupir agacé. Entre laisser sa proie à un autre et la sauver une nouvelle fois, il lui fallait choisir.

Dans un claquement de langue, il disparut pour réapparaître sur le toit d'un immeuble un kilomètre plus loin. La voiture blanche roulait de plus en plus vite, doublant les véhicules qui la précédait en les frôlant dangeureusement. De ses yeux divins, Corvus aperçut le visage crispé de la femme enceinte, cramponnée tant bien que mal à son siège. Suivant son regard, il aperçut le carrefour qui la terrorisait ; celui où ils allaient probablement trouver la mort s'il n'intervenait pas, emportant dans leur malheur plusieurs autres persones, dont une famille de deux enfants qui venait à leur droite. Bien que le feu soit rouge pour le conducteur possédé, Corvus doutait que cela suffise à stopper le Summa. Sans attendre de voir ses doutes confirmés, Corvus tendit le bras et ferma le poing à l'instant où le véhicule blanc passait sous le feu lumineux. La voiture s'arrêta instantanément.... pour aussitôt se mettre à tourner sur elle-même au rythme du poing du Grand Sage qui effectuait de grands cercles horizontaux devant lui. Ca c'était pour l'avoir emmerdé.... et pour s'être foutu de la gueule de ce crétin de Kark. D'ailleurs, quand on parlait du loup....

Il libéra le véhicule du maléfice lorsque le taxi transportant Arutha s'arrêta à quelques mètres. Le jeune homme crut alors bon de se précipiter vers la voiture blanche pour taper aux vitres. Même d'ici, Corvus pouvait l'entendre supplier la jeune femme d'ouvrir les portes. Brandissant pathétiquement son parapluie, il tira sur la poignée de la plage arrière. En vain bien sûr ; non contents de l'avoir arnaqué, le couple semblait maintenant horrifié de ce " fou " qui cognait à leur vitre. Comme si eux-même ne venaient pas de manquer de tuer six personnes....

« C'est quand tu veux. » grogna le Grand Sage en regardant Arutha s'acharner.

De toute façon, ce n'était pas comme s'il avait vraiment autre chose à faire qu'attendre que ce merdeux l'appelle. Allez, à tout instant maintenant... ça y est ! ... non ? Toujours pas ? Mais qu'est-ce qu'il attendait bordel ? C'était à se demander pourquoi est-ce qu'il lui avait passé ce putain de bracelet autour du poignet. Lui demander de l'aide ? Nooon ! Monsieur préférait se mettre devant la voiture pour l'empêcher de redémarrer. HÉÉÉÉÉ ! Voyant le conducteur prêt à appuyer sur l'accélérateur, Corvus se matérialisa instantanément derrière le véhicule. D'une main, il attrapa le parechoc arrière et retint l'engin. Loin de se déboîter - comme il aurait pu le faire avec une intervention humaine - le pare-choc tint bon tandis que le véhicule tremblait, tel un chariot de montagne russe, avant de s'immobiliser dans une dénotation illustrée par une fumée noire s'élevant du capot.

[3.9] Hommage 30.17

Le conducteur émerga aussitôt du véhicule en laissant déversant sur le Kark une floppée de juron. Mais c'était qu'il le cognerait en plus ? Bien qu'Arutha sembla prêt à en découdre, Corvus se matérialisa cette fois-ci entre lui et son agresseur, se sentant d'humeur massacrante. Attrapant l'homme par le col, il le souleva de plusieurs centimètres en le secouant violemment.

« Si c'est de l'adrénaline et des émotions fortes que tu cherches, je peux t'en offrir à volonté. »

« Corvus ? Que... »

« Lâchez-le ! », s'époumona la future mère qui avait émergé du véhicule à son tour.

L'ignorant, le Grand Sage rapprocha le conducteur de son visage.

« Félicitations ! Tu es l'un des milliers de tarés qui a réussit à s'attacher un esprit maléfique grâce à ton incroyable malveillence. Ta connerie a faillit coûter la vie à ta femme, ton gamin et une famille entière. »

Tournant subitement la tête, il posa les yeux sur le dit esprit maléfique qui tentait de se carapater en douce.

« Ne pars pas si vite ! J'ai encore un peu de sensations fortes pour toi. »

Tendant rapidement sa main libre vers le Summa, il resserra son poing pour pulvériser à distance l'esprit maléfique. La silhouette difforme tenta de bien se débattre, de se défendre puis de supplier son tortionnaire mais elle explosa en milliers d'atomes lumineux en moins d'une minute.

« Maintenant répète après moi : je ne boirais plus avant de conduire. »

« gneu-oirai-pu-and-onduir. » couina l'humain.

« C'est bien, bon garçon ! Dernière leçon : si tu touches cet homme » il pointa Arutha de son index droit « je te tue. »

Le tout dit d'un ton faussement pédagogue, un grand sourire aux lèvres. Lorsque l'homme eu l'intelligence de hocher la tête, l'entité Magique le laissa retomber sur le capot de la voiture, dont il roula aussitôt. Suivant la victime des yeux, Arutha aperçut enfin le prospectus de son agence immobilière posée sur le tableau de bord. Pas trop tôt ! Il semblait enfin prêt à faire le lien entre ça, les vêtements outrageusement luxueux de l'homme et les pleurnicheries de sa femme. Mais il était hors de question de le laisser s'en tirer comme ça.

« Et toi, » gronda le Grand Sage « c'est la dernière fois que j'interviens sans que tu m'appelles. Tu sais, comme la police et les pompiers. » ironisa-t-il en agitant son téléphone portable comme l'avait fait Arutha lors de leur deuxième rencontre. « Si tu ne les appelles pas, ils arrivent trop tard .... ou pas du tout. »

Et sans lui laisser le temps de répondre, il s'éloigna en marchant, principalement pour le plaisir de lui tourner le dos. Il eu ainsi l'occasion d'entendre la fin de la conversation entre son protégé et l'autre grognasse :

« Tu connais cet homme ? »

« Oui. Il est venu pour moi. » dit le Kark d'une voix où perçait un sentiment de joie et de fierté. Comme s'il avait fait autre chose d'héroïque que lui passer une chaîne autour du poignet !

« Alors tu va devoir payer l'assurance et les frais médicaux. » reprit la femme.

Cette fois-ci, le Kark eu un rire mauvais.

« Ton pauvre mari est bien assez riche pour payer ses frais médicaux et une nouvelle voiture. D'ailleurs tu peux déchirer le chèque : tu n'en n'aura pas un centime. »

« Bel esprit de famille ! Et dire que je t'ai toujours défendu ! »

« Ca fait longtemps que j'ai appris à composer sans ma famille. » rétorqua Arutha. « Y compris les personnes qui ne me soutiennent que lorsque ça les arrange et qu'elles ont quelque chose à y gagner. En fait, tu as eu l'honneur de rencontrer la seule personne qui me défendre vraiment. La seule personne qui soit là pour moi. »

Vraiment ? Pourvu qu'il s'en souvienne la prochaine fois. " Crétin de Kark ! " pesta le Grand Sage avant de disparaître au coin de la rue.









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