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 Chroniques de libertains solitaires

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The Lady
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MessageSujet: Chroniques de libertains solitaires   Mer 28 Juin - 15:03



Fin Octobre 2032


Corvus Hunter relut les chefs d'accusation portés contre son client. Pour la troisième fois. Les mots circulaient dans son cerveau sans qu'il n'arrive vraiment à en saisir le sens. Il était pourtant en parfaite condition pour travailler. Seul, au calme, un verre à portée de main et plein d'objets à triturer à proximité. Le précepteur sorcier étant encore là pour une bonne demi-heure, il n'avait même pas à s'inquiéter des deux morveux ! Et pourtant, il n'y arrivait pas.

Bien sûr, il aurait pu hausser les épaules, refermer ce putain de dossier et tout laisser tomber pour aller boire un verre. Mais il savait pertinemment que les idées noires qu'il essayait de repousser l’assailliraient à l'instant même où il cesserait de résister. Et il était absolument hors de question qu'il pense à.... Son regard dévia bien malgré lui vers la montre à gousset qu'il avait retournée, face cachée. Il s'était juré d'arrêter de l'observer après le troisième coup d'oeil de la journée. Parce qu'il s'en foutait. Ca n'avait pas d'importance. Ce n'était rien, qu'une broutille... Son cerveau lui signala tout de même que le soleil couchant était de plus en plus bas et que le ciel tirait à présent sur le mauve foncé. Eh merde ! Il attrapa l'objet métallique et appuya sur le mécanisme pour l'ouvrir. Dix-sept heures trente.

« Parfait ! », grommela-t-il.

Vraiment parfait. De toute façon elle était majeure, débrouillarde et libre de faire ce qu'elle voulait. " Comme une célibataire." lui rappela douloureusement son cerveau. D'un geste brusque, il repoussa la chaise sur laquelle étaient posées ses fesses et fusa vers la fenêtre. Il but une gorgée de liqueur en observant le chemin tristement désert qui menait à leur manoir. Il n'allait quand-même pas devoir aller la chercher ?! Ce n'était pas ses habitudes, pas sa responsabilité et il n'avait rien à se reprocher ! ... enfin presque rien. Ce n'était quand même pas de sa faute s'il avait eu une semaine de merde ! Et qu'il avait eu besoin de décompresser ensuite.

Ses yeux furent attirés par le bordel monstrueux qui s'étalait sur, en-dessous et autour du canapé en cuir de son bureau. Un superbe mélange de parchemins, d'artefacts, de bouteilles vides et d'autres objets insolites qui n'avaient rien à faire ici. Une bonne partie datait de ces soirées et ces journées où il avait planché comme un forcené sur le dossier Császár. Le reste, de la nuit où il était revenu saoul comme un hérisson qu'on aurait plongé dans un bidon de lait. Il n'avait pas supporté de perdre cette affaire et surtout, il n'avait pas supporté de l'avoir perdue à cause de sa propre connerie. Il avait laissé échapper un détail, UN putain de détail qui avait chamboulé tout le procès ! Et c'était sa putain de faute ! Des heures de recherches et de travail pour rien. Enfin si : un échec cuisant. Son magnifique plaidoyer n'avait pas réussit à sauver les meubles. Alors évidemment qu'il avait eu besoin de boire pour oublier !

Il était rentré tôt, tenant à peine debout, des traces de vomissures plein ses vêtements, et s'il ne se souvenait pas de la manière dont lui et son bordel avaient atterris sur le canapé, il se rappelait très bien avoir été réveillé par Vaneet quelques heures plus tard. L'esprit encore flou, il l'avait à peine écoutée... peut-être même avait-il rit ? Balancé une connerie ? Tout ce dont il se rappelait c'était de s'être rendormit sous son regard furieux. Puis à nouveau réveillé dans une maison étrangement silencieuse. Il lui avait fallut se lever en titubant pour constater que les deux gosses planifiaient secrètement une nouvelle connerie dans leur chambre. Et qu'elle n'était plus là.  

Sur le coup, il n'y avait pas fait attention. Il arrivait à Vaneet de partir sans prévenir et il ne voyait pas pourquoi s'en inquiéter. Il ne se posa pas non plus de questions lorsqu'elle ne réapparut pas ce soir là. Probablement chez une amie ou un amant avait-il pensé avec désinvolture. Aucune raison de s'en faire. Vraiment aucune.... jusqu'au lendemain après-midi. Toujours pas de Vaneet et toujours pas de nouvelles. C'est à ce moment uniquement qu'il avait décidé de faire marcher son cerveau. En commençant par la mémoire. Les souvenirs des quatre dernières semaines lui étaient revenues en tête avec un goût amer. Il se rappelait l'avoir entendue se plaindre des bêtises récurrentes des deux garçons de six ans. Chaque soir, en rentrant de son propre travail, Vaneet s'était chargée de réparer les conneries de ses enfants pour ne pas le déranger et le laisser bûcher sur le dossier Császár. Un mois pendant lequel elle avait concilié sa carrière professionnelle, l'éducation de ses gamins, l'organisation de la maisonnée et la tranquillité de son compagnon à bout de bras. Service pour lequel il l'avait remerciée avec une ivresse mémorable. Et probablement des répliques moqueuses et cyniques lorsqu'elle l'avait tiré de son sommeil enivré.... Ok. Peut être qu'il avait un tout petit peu abusé. Mais elle avait vu comme il avait travaillé d'arrache-pied, savait comment c'était terminé son affaire et elle pouvait forcément comprendre la raison de sa déchéance !

C'était ce qu'il c'était répété toute l'après-midi. Jusqu'au moment où le hibou était venu frapper à son carreau. Elle ne reviendrait pas. Pas ce soir en tout cas. Il avait aussitôt froissé le parchemin et l'avait balancé dans le bordel qui environnait déjà le canapé. En bon père qu'il était, il avait naturellement pris soin de ses enfants pour le deuxième soir consécutif. En faisant tous les efforts possibles pour ne pas leur balancer un manus chacun. Depuis le départ de Vaneet, Corvus avait eu tout le loisir de redécouvrir à quel point ils pouvaient être insupportables. Il devina, trop tard, que son amante avait déployé les grands moyens pour les maintenir éloignés de son bureau et le laisser travailler dans le calme. Maintenant qu'elle n'était plus là, les deux garçons tentaient à nouveau régulièrement de s'introduire dans son antre. Quand ce n'était pas Zoltán qui persuadait son frère de piquer tous les artefacts qu'ils pouvaient trouver dans la maison pour les tester et découvrir leur propriété, quels qu'en soient les risques, c'était Anastáz qui incitait son aîné à faire des expériences magiques inédites pour faire des trucs cools. L'un entraînant systématiquement l'autre, le magistrat à bout de patience avait donc choisit de les enfermer chacun dans leur chambre en espérant les calmer. Ce n'est qu'en voyant une paire de pieds dépasser en haut de la verrière de son bureau qu'il comprit que l'un des deux essayait de passer par la fenêtre pour rejoindre la chambre de l'autre. Après ça, il avait réussit à leur trouver une occupation suffisamment complexe pour les intriguer et les accaparer plusieurs heures mais il savait que ça ne durerait pas.

Au lever du troisième jour il s'était éveillé avec l'espoir de revoir Vaneet dans la matinée. Mais il était à présent dix sept heures quarante, le précepteur s'en irait dans une vingtaine de minutes et le sentier de terre était toujours aussi désert. Corvus vida son verre d'un geste brusque. Et si elle ne rentrait pas non plus ce soir ? Et si elle ne revenait vraiment pas ? Il se força à rire de cette idée absurde. C'était complètement idiot ! Elle aimait Zoltán et Anastáz et elle ne pourrait jamais les abandonner. Et bien sûr, il y avait lui. Mais malgré l'assurance qu'il portait en étendard, le doute enserra sa poitrine. Et si... elle en avait soudain marre de lui ?

« Par les couilles de Merlin.... »

On avait pas idée de se prendre autant la tête pour une bonne femme. Il posa sèchement son verre sur le bureau, fit quelques pas vers la porte, s'arrêta, hésita, puis revint sur ses pas pour attraper une plume et un bout de parchemin. Il griffonna un mot rapidement puis sortit le confier à son hibou. L'oiseau quitta le manoir au moment où lui-même transplanait. Rongé par le doute et le poids d'une culpabilité inavouable.



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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Jeu 29 Juin - 0:07



Il avait erré au hasard dans les rues de Budapest. Du moins était-ce qu'il s'était convaincu de penser. Un parcours parfaitement irréfléchi et sans destination, juste au cas où il parviendrait à la croiser au détour d'une rue. Mais lorsqu'il arriva à l'intersection qu'il savait mener chez l'un de ses amants, le plus régulier après lui, le seul qu'il avait entre-aperçu quelques années plus tôt, il ne put plus se mentir. Mais qu'est-ce qu'il faisait bordel ?! Il n'allait quand même pas aller frapper chez Nimród ! Il se força à rebrousser chemin... avant de faire à nouveau demi-tour. Après tout, pourquoi est-ce qu'il ne pourrait pas passer par là ? C'était une rue comme une autre et s'il avait envie d'arpenter Budapest, rien ne l'empêchait de passer par ici. Il ralentit le pas, adoptant inconsciemment une démarche faussement désinvolte, puis s'arrêta complètement en s'approchant de l'immeuble qu'il reconnaissait. Quatrième étage ? Troisième peut-être ? Il n'était jamais allé chez lui, bien entendu, mais il semblait qu'elle l'avait mentionné un jour.... il y avait bien longtemps. Il n'y avait aucune lumière au quatrième mais une silhouette masculine se dessinait dans la fenêtre du troisième. Raaaah !

Il fallait qu'il parte d'ici avant de céder à l'envie de se mettre des baffes. Il bouscula un passant en sortant de la rue. Il se sentait con, pathétique et avait désespéramment envie de boire. Ses jambes le menèrent au bar le plus proche mais une idée lui traversa subitement l'esprit en poussant la porte. Peut-être que.... Avec une pointe d'espoir, Corvus transplana au Vér boszorkány. Le pub était toujours dans le même état que la dernière fois qu'il y était venu, plusieurs années auparavant. Lorsqu'il entra, un tintement de clochette ridicule retentit dans la salle. Le genre d'ambiance qu'il n'aimait pas du tout.... contrairement à elle.

Il n'eu besoin que d'une vingtaine de secondes pour la retrouver, assise dans un coin, un liquide rougeâtre posé devant elle et la tête plongée dans un livre. Un sourire soulagé fendit les lèvres du magistrat. Bon, c'était déjà un début. Même s'il ne pouvait malheureusement pas prétendre être là par hasard.... Elle savait aussi bien que lui ce qu'il pensait de cet endroit. Peut-être même était-ce la raison pour laquelle elle l'avait choisit. Cette hypothèse le blessa et fit disparaître son rictus. Mais maintenant qu'il était là, il aurait été très bête de rebrousser chemin. Prenant une longue inspiration, il franchit les derniers mètres qui les séparaient. Si elle l'entendit arriver, elle n'en montra pas le moindre signe et demeura focalisée sur sa lecture. Corvus s'en vexa un peu plus mais s'assit en face d'elle comme si de rien n'était.

« Vous ici ? », lança-t-il en référence à une très vieille conversation qu'ils avaient eu lors de son retour en Hongrie.

Vaneet daigna enfin baisser son livre pour le regarder. L'expression de son visage fit réaliser à l'ex-Serdaigle que la tâche serait beaucoup moins aisée que ce qu'il avait imaginé en quittant le manoir. Son amante ne répondant pas, il reprit d'un ton plus prudent :

« Je te croyais avec Nimród. »

« T'es allé toquer chez lui ? » s'étonna-t-elle en fronçant les sourcils.

« Oui, bien sûr. Je lui ai aussi proposé de passer dîner un de ces quatre. »

La réponse était sortie automatiquement avant qu'il n'ait eu le temps d'y réfléchir. Il réalisa trop tard que son cynisme n'était pas le bienvenu. Pas le bienvenu du tout.

« Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre de ton mot. » essaya-t-il de se rattraper. « Que tu étais avec lui. Hier. »

« On est sortis. Il est rentré chez lui tout à l'heure. »

La réponse était sèche. Sans surprise.

« Hum hum. Et toi ? » demanda-t-il en tentant un sourire attendrissant.

« Je ne sais pas. Je suis occupée pour l'instant. »

Putain de livre ! Il aurait dû le détruire quand il en avait l'occasion. Et l'occasion il l'avait eu. Oh oui ! Il se souvenait de cette couverture qu'il avait vu trôner pendant des mois sur leur table de chevet. Peut-être regagnerait-il des points en faisant mine de s'y intéresser ?

« Il est bien ? »

« Aucune idée. Je viens juste de trouver le temps de le commencer. » répliqua-t-elle avec un sourire carnassier.

Aouch. Il constata que le bouquin était en effet ouvert sur la trentième page. Pour la première fois depuis longtemps, il regretta de ne pas avoir appris à tourner sa langue dans sa bouche avant de parler. Et maintenant ?

« C'est un peu bruyant ici. Si tu ren... »

« Corvus Hunter. »

Il grimaça. " Corvus Hunter " était le signe imparable qu'il était dans la bouse jusqu'au cou. Et qu'il n'en sortirait pas avec un simple sourire.

« Si tu n'as pas l'intention de le dire, tu peux t'en aller. »

Hein ? Dire quoi ? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien vouloir qu'il dise à part... désolé ? Vraiment ? Elle lui demandait sérieusement de s'excuser ? Han ! Dans d'autres circonstances, il aurait sûrement trouvé ça drôle, parce que culotté. Mais en l’occurrence, il trouvait juste ça culotté. Après qu'il ait arpenté Budapest de long en large, après qu'il ait transplané jusqu'ici et poussé la porte de ce café qu'il détestait tant juste pour elle, c'était un peu pousser le bouchon... Il soupira en levant les yeux au plafond ; grave erreur. Lorsqu'il posa à nouveau le regard sur Vaneet, il constata avec un pincement au coeur qu'elle avait de nouveau levé son livre devant ses yeux. Merde ! Il lui attrapa doucement le poignet pour la forcer à le regarder à nouveau.

« Je... hum.... »

Elle attendit la suite, un sourcil furieusement arqué.

« Je crois que je te dois... des.... excuses. » maugréa-t-il en baissant la voix.

« Est-ce que tu te souviens seulement de ce que tu m'as balancé ? » ,s'énerva-t-elle brusquement en faisant claquer son livre sur la table.

Il ouvrit la bouche... puis se ravisa en estimant que rappeler qu'il était trop saoul pour se souvenir de quoique ce soit n'était peut-être pas une si bonne idée. D'autant plus que cela avait dû être sacrément corsé pour l'avoir mis dans un tel état. Quelle rancœur enrobée de cynisme avait-il bien pu balancer cette fois ?

« C'est bien ce qu'il me semblait. »

Elle attrapa son verre et le vida d'un trait. Corvus se surprit à haïr cet enfoiré de liquide rouge autant que cet emmerdeur de bouquin. Comme tout ce qui la détournait de lui et semblait l'en éloigner un peu plus. Il avait cru que ce serait facile. Qu'il suffirait d'un sourire, d'un geste tendre et d'un verre en tête à tête pour la faire revenir. Mais il commençait à croire qu'il avait plus de chance de perdre sa main qu'autre chose s'il osait la poser sur son bras.

« Bon, eh bien si c'est tout ce que tu avais à dire.... »

Son coeur se serra en la voyant ranger son livre dans son sac à main. Elle partait ? Où ? Avec qui ? Combien de temps ?! Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle soupira :

« Je suppose que tu n'as pas demandé au précepteur de rester plus longtemps ? Si tu ne veux pas que la maison explose... »

« Elle n'explosera pas, j'ai envoyé un hibou à Aquila.... Il m'en devait une de toute façon. » ajouta-t-il sous son regard perplexe.

« Que Merlin ait son âme.  » soupira-t-elle. « C'est parfait, tu as donc une nouvelle nounou pour tes gamins. » ironisa-t-elle en se couvrant de sa cape.

« Ca t'étonnera peut-être mais même pour moi Aquila refuserait de sacrifier toutes ses journées à deux gamins monstrueux. », rectifia-t-il en la suivant. « Pourtant j'ai demandé gentiment. », tenta-t-il de plaisanter. « Il faut croire qu'ils sont effrayants. »

« Quel dommage. Et donc ? Tu as trouvé quelqu'un d'autre pour s'occuper d'eux pendant que tu dégrisais ? »

« Non. » s'énerva-t-il brusquement.

Il fut soulagé d'être sortit du pub deux secondes plus tôt. Loin des oreilles indiscrètes des autres clients.

« Je me suis occupé de mes deux gosses tout seul comme un bon père célibataire exemplaire. Et c'était chiant ! J'ai faillis leur coller un manus chacun hier soir et j'ai dû empêcher Anastáz de se suicider hier après-midi. Enfin, non pas vraiment. » se rattrapa-t-il en voyant l'inquiétude se dessiner sur le visage de Vaneet. « Ils vont bien, ils n'ont rien. Mais c'était éreintant et je n'avais même pas le réconfort de trouver une jolie femme dans mon lit en fin de journée. »

Elle poussa un soupire las en croisant les bras.

« Si tout ce dont tu as besoin c'est d'une jolie fem.... »

« Je ne serais pas là. » compléta-t-il fermement. « Enfin, tu es absolument ravissante ! » reprit-il avec un sourire d'excuse. « Et beaucoup d'autres choses. Mais il faut croire que je préfère une femme qui arrive à me rappeler de temps en temps que j'ai quelques petites imperfections.... d'accord, plusieurs. Grosses. »

Un fin sourire fendit enfin le visage de Vaneet. Mais il savait qu'il en faudrait plus...

« Je n'ai pas donné d'heure à Aquila. Je connais un endroit qui vaut le détour. Un endroit où j'aimerai emmener une jolie femme. » ajouta-t-il avec un sourire exagérément séducteur.

Elle garda les bras croisés en semblant attendre la suite. Il devina ce qu'elle attendait et reconnu qu'il lui devait bien ça....

« S'il te plaît ? » ajoute-t-il du bout des lèvres.

« Tu veux vraiment que ton frère continue à les garder ? »

« Bah ! Il s'en sortira ! » assura-t-il avec un haussement d'épaules.

Elle roula des yeux puis commença à marcher en direction du centre de Budapest, le devançant. Il la rattrapa en deux enjambées et passa un bras autour de ses épaules. Si Vaneet ne fit pas l'effort de passer son bras autour de ses hanches, au moins ne le repoussa-t-elle pas. Au contraire, il eu l'impression qu'elle se rapprochait infiniment. Il s'autorisa un sourire plein d'espoir dans l'obscurité. Et se promit de faire plus attention à l'avenir....


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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Jeu 29 Juin - 14:34



???? 2026

A venir....  tongue



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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Jeu 29 Juin - 22:53



Juin 2025


La porte s'ouvrit avant que Corvus Hunter n'ait le temps de poser la main sur la poignée. Il leva un sourcil surprit en se trouvant face à un homme - visiblement sur le départ - qu'il n'avait jamais vu auparavant. La trentaine, brun, les yeux sombres et arborant une élégante barbe en ancre. Un sourire vaniteux vint compléter les traits de l'inconnu lorsqu'il découvrit le magistrat sur le pas de la porte.

« Corvus Hunter je présume ? » demanda-t-il d'un ton qui ne laissait aucun doute sur ce qu'il pensait de son interlocuteur.

Grâce à la brève description qu'il en avait eu, l'anglais devina sans difficulté à qui il avait affaire. Fronçant les sourcils, il fit mine de chercher dans les tréfonds de sa mémoire.

« Oh vous êtes... comment c'était déjà ? Nimrád ? Nomad ? J'adorerais faire votre connaissance mais le devoir m'appelle. » s'excusa-t-il faussement en écartant le fameux Nimród.

Sitôt le perron franchit, il referma la porte sur le hongrois avec un sourire mielleux. Ca, c'était fait ! Hors de question que ce péquenaud soit présent pendant qu'il venait voir la future mère de son enfant. De toute façon il était en train de partir, non ? Avec le sentiment du devoir accompli, il grimpa les marches qui menaient à l'appartement de Vaneet. La jeune femme lui ayant confié les clés, juste au cas où, il ne se donna pas la peine de frapper. Mais le grincement de la porte attira son amante dans l'entrée.

« Tiens ! Encore toi ? »

« Je suis ravi de te voir aussi. » répondit-il d'un ton cynique. « Mais finalement je vais peut-être retourner vérifier si j'ai rien de mieux à faire. »

« Corvus... » soupira-t-elle.

Elle l'avait blessée. Doublement. D'abord en lui donnant l'impression qu'il n'était pas le bienvenu, alors qu'elle venait juste de recevoir ce Nimród. Ensuite en ne devinant pas la raison de sa présence. Pensait-elle vraiment qu'il resterait les bras croisés après qu'elle se soit plainte de douleurs appuyées la veille ? Il s'était quand même levé à dix heures - un samedi matin ! - pour trouver un potioniste qui vendait un filtre de qualité adapté à sa condition. Elle méritait qu'il le garde pour lui, tiens !

« C'est juste que je ne t'attendais pas. Et que je suis fatiguée. »

« Oui, je vois. Bien trop fatiguée pour recevoir ton amant. » lâcha-t-il d'un ton sardonique en la suivant dans le salon.

Elle comprit sans difficulté qu'il ne parlait pas de lui-même.

« Ah, tu l'as croisé. Quelle plaie ! » soupira-t-elle en se laissant tomber dans un fauteuil. Elle fut forcée de s'expliquer face au froncement de sourcils intrigué du Hunter : « Très gentil mais un peu bizarre. Il m'a fait comprendre par des sous-entendus assez lourds qu'il avait toujours rêvé de faire ça avec une femme enceinte. Vous avez vraiment des fantasmes étranges parfois.... »

Elle remarqua alors l'expression de Corvus et ne put retenir un rire. Sur le visage parfaitement figé du magistrat se lisait l'incapacité de choisir une réaction. Est-ce que c'était censé l'indifférer, l'énerver, l'inspirer ? Son regard glissa sur le ventre légèrement rebondi de l'indienne. Il n'avait rien contre le fait que Vaneet ait d'autres amants mais l'idée qu'on puisse fantasmer sur le ventre qui portait son enfant était.... un peu dérangeante en fait. Et puis merde ! Si Nimród avait tellement envie de se taper une femme enceinte il n'avait qu'à en faire un ! Il éprouva une nouvelle vague d'antipathie pour le hongrois.

« Et à part gentil, il a d'autres qualités ? » railla-t-il.

« Tu ne veux pas savoir. » rétorqua-t-elle avec un sourire malicieux. Même si en réalité c'était plus elle qui préférait qu'il ne sache pas. Si c'était pour qu'il se lance dans des ridicules comparaisons masculines, non merci !

Il haussa nonchalamment les épaules mais elle sentit qu'il n'était pas complètement rassuré. Et si dans d'autres circonstances elle aurait adoré le faire tourner en bourrique, elle n'en avait aujourd'hui pas la foi.

« Malheureusement pour lui je n'étais pas d'humeur. » finit-elle par confier.

« Et tu as donc brisé son fantasme, femme cruelle. »

« Pour l'instant.... tu n'imagines quand même pas que je vais faire abstinence pendant neuf mois ? Mais pas aujourd'hui. » précisa la future mère avant que Corvus n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche. « Comme dit, je ne suis pas prête à faire Assapor. »

Corvus grimaça au souvenir de l'incident qu'il avait bel et bien vécu, contrairement à tout ceux et celles qui utilisaient cette expression à tour de bras ces temps-ci pour exprimer une grande fatigue. Il posa une main sur sa cape, hésita quelques secondes, puis retira sa main. Non. Finalement il allait juste laisser la potion dans la cuisine, à un endroit où elle pourrait la trouver facilement. Comme ça elle l'aurait... sans qu'il passe pour une espèce de futur papa déjà gâteux, inquiet à la moindre contraction. Qu'il n'était pas bien sûr.

« Je vais te laisser à tes doux rêves fantasmagoriques alors. » conclut-il avec un sourire pernicieux. « Dors bien... »

Il lui indiqua d'un geste de la main qu'elle n'avait pas besoin de le raccompagner puis fila à la cuisine pour déposer la précieuse potion. Après l'avoir posée entre le placard et le four, puis déplacée sur le haut du buffet, la table à manger et le buffet à nouveau en estimant qu'on ne la voyait pas assez, il décida de prendre congé. Mais Vaneet l'attendait encore une fois dans l'entrée. Elle sembla surprise de le voir sortir de la cuisine mais ne fit pas le moindre commentaire. Au lieu de ça, elle demanda doucement :

« Tu reviens demain ? »

Il s'accorda un instant de réflexion avant de répondre :

« Ce rêve était si intense que ça ? »

Vaneet roula des yeux avec un demi-sourire.

« Pardon je voulais dire : est-ce que demain tu penses peut-être passer à l'improviste comme tous les jours des deux dernières semaines ? A l'exception du jeudi dernier et du samedi d'avant. » rectifia-t-elle en le voyant ouvrir la bouche.

« C'était mercredi. »

« Corvus, ... » reprit-elle comme si de rien n'était. « Si tu as envie de passer tous les jours tu es le bienvenu. Mais tu ne penses pas que dans ce cas ce serait plus pratique pour toi de t'installer ici quelques mois ? »

L'expression de l'anglais fut presque comique. Vaneet avait soudain l'impression de l'avoir demandé en mariage pour la vie, avec le projet d'une maison à la campagne, trois enfants, un croup et une photo de famille dans un cadre fleuri.

« Oui ma chérie, très judicieux effectivement. Je nous imagine déjà, toi, moi et toute ma paperasse dans ton petit appartement. Ca ferait un joli décorum. Si tu permets je rajouterai aussi quelques bouteilles, un ou deux ou vingt artefacts dont je n'aime pas trop me séparer et....  »

« Par le slip de Merlin ! Je suis vraiment navrée de te briser le coeur mais je ne te demande pas de déménager chez moi Corvus Hunter ! Encore moins de m'épouser et de me rester fidèle jusqu'à la fin de l'éternité. », railla-t-elle. « Je sais que tu y tenais vraiment, "mon amour", mais ma proposition n'était qu'à but pratico-pratique. »

« Elles disent toutes ça.... »

« Enfin bref, fais comme tu veux. Je ne voudrais pas te priver de tes allers-retours inutiles. » conclue l'indienne en amorçant son retour vers sa chambre. « Tu as les clés de toute façon. Bonne soirée. Peut-être à demain pour une visite imprévue ! »

Non mais sans blague ! Elle le plantait là comme ça, dans l'entrée, alors qu'il lui avait ramené une potion anti-douleur ! Corvus sortit de l'immeuble de mauvaise humeur et ne revint pas le lendemain. Il détestait être prévisible ! Et s'il était bien responsable de l'enfant qu'elle portait, il ne lui devait rien à part une contrepartie financière. Il se répéta cette phrase pendant toute une journée... avant de réaliser qu'elle sonnait incroyablement faux. A partir de la deuxième semaine suivante, il commença à dormir presque tous les soirs dans son lit. Le mois d'après, Vaneet constata avec désespoir qu'une partie du bordel de son amant l'avait suivit dans son appartement. Un bordel qui, à l'image de son propriétaire, ne disparut pas après la naissance de Zoltán. Quatre mois plus tard, Anastaz s'ajouta à leur drôle de tribu et ils se mirent en quête d'un manoir. Un peu comme une famille, singulière mais bien réelle.




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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Lun 3 Juil - 23:10



Mars 2025


La merde. Voilà. La situation pouvait se résumer en trois mots : la grosse merde. Vaneet prit une nouvelle inspiration en passant une main crispée dans ses longs cheveux bruns. Devait-elle réessayer une troisième fois ? Aller voir un ou une professionnelle ? Peut-être qu'elle ne faisait juste pas le bon mouvement. Ou que la deuxième fois la peur avait influencé le résultat du sortilège. Mais aussi désireuse qu'elle soit de s'auto-persuader, elle n'y parvint pas. Elle connaissait la formule et les conséquences attendues : une lueur rouge à travers la peau de son nombril si c'était positif, rien si c'était négatif. Elle ne pouvait pas avoir halluciné la lumière écarlate deux fois de suite. Pas quand elle avait fait le test deux jours différents, à jeun et dans le plus grand calme.

Vaneet quitta son canapé en titubant, légèrement nauséeuse. C'était moins dû au foetus qui occupait à présent son ventre qu'à l'idée de tout ce que cela impliquait ; la potion de contraception foireuse qu'on lui avait vendue, la potion d'avortement illégale qu'il faudrait se procurer chez un apothicaire douteux ou un vendeur à la sauvette, les vérifications à faire la semaine suivante et.... Corvus. Sans pouvoir se l'expliquer, elle pressentait que c'était....son oeuvre, à défaut d'un autre terme. Devait-elle le prévenir ? Non.... non. Elle n'avait aucune certitude qu'il y était pour quoique ce soit et même si c'était le cas.... ça ne servirait à rien. La "chose" ne serait bientôt plus là de toute façon. Effacée... comme si elle n'avait jamais été.

Le coeur lourd, elle attrapa sa cape et se força à quitter son domicile pour aller travailler. Comme si de rien n'était. Mais son esprit demeura dans son salon, plus précisément sur le canapé où elle avait vérifié une deuxième fois ses soupçons, et elle ne parvint pas à finir un seul dossier ce jour-là. Le doute et la peur l'obsédant, elle finit par se résoudre à transplaner à l'hôpital magique de Budapest. L'examen ne dura qu'une dizaine de minutes et le sortilège pratiqué par une médicomage qualifiée lui confirma ce qu'elle savait déjà : elle était enceinte. Retour à la case départ donc : la grosse merde.

La semaine suivante fut particulièrement éprouvante, ses nuits de sommeil étant généralement courtes et agitées. Quant aux journées.... Vaneet s'était forcée à s'accorder le temps de la réflexion, principalement parce qu'elle s'interdisait d'agir impulsivement depuis l'évènement qui avait chamboulé sa vie, mais sa décision était déjà prise. Dès le lundi suivant, elle se mettrait en quête d'un potioniste ou d'un apothicaire apte à lui fournir ce dont elle avait besoin. Elle en était à ce stade de pensée lorsqu'elle rencontra Corvus pour la première fois depuis sa choquante découverte.

C'était elle qui l'avait vu le premier, les jambes croisées, penché sur son journal anglais d'un air concentré. Pourquoi là, dans le parc central de la capitale hongroise ? Pourquoi pas dans un putain de pub avec un verre à la main ? Elle n'en n'avait aucune idée. Et ne tenait pas à le savoir. Plus elle le regardait, plus elle sentait qu'elle n'avait pas envie de lui parler. Sans pourtant trouver la moindre raison valable... Se sentant observé, le magistrat releva brusquement la tête et l'aperçut. Il amorça un sourire avant de la voir se détourner brusquement et partir à toutes jambes. Son sourcil s'arqua mais il ne fit pas l'effort de se lever. C'était très étrange.... mais la flemme l'emportait sur la curiosité.

De son côté Vaneet se traitait de tous les noms d'oiseaux qu'elle connaissait. Magiques ou pas. Mais qu'est-ce qui lui avait prit de partir comme ça ?! Ce n'était pas comme si elle avait quelque chose à lui cacher ! C'était ses problèmes, sa responsabilité et, encore une fois, elle n'avait pas la moindre preuve qu'il y soit pour quoi que ce soit. Elle s'arrêta brusquement en plein milieu du chemin. C'était peut-être trop tard pour faire comme si de rien n'était mais elle ne voulait pas commencer à éviter l'un des rares amis anglais qu'elle avait ici à cause d'une putain de potion foireuse. Ce serait trop cher payer. Elle inspira longuement puis revint sur ses pas. La tête haute.

Bien que replongé dans son journal, le Hunter la vit arriver du coin de l'oeil. Il abaissa la gazette sorcière en posant un regard intrigué sur l'indienne. Il y eu quelques secondes de flottement pendant lesquelles elle chercha ses mots. Puis :

« Je ne rêvais donc pas. »

Son ton faussement enjoué sonnait presque juste.

« Je me suis dis que si je faisais demi-tour et que je revenais je réaliserais que c'était juste une hallucination mais c'est bien toi. Corvus Hunter dans un parc public. Qui l'eut crû ? »

« Pas toi visiblement. »

Elle sourit, hésita puis s'assit du bout des fesses sur le bord du banc. Il la jaugea du regard, sentant que quelque chose n'allait pas mais hésitant à demander de quoi il s'agissait. Il ne se sentait pas d'humeur à écouter les malheurs des autres, son envie de tranquillité primant cette fois sur sa curiosité.

« Même pas de fiole à proximité ? » le taquina-t-elle.

« Je t'ai connue plus subtile. »

« Non, non, ce n'étais pas une... Je n'ai pas envie de boire de l'a... quoique ce soit. » se rattrapa-t-elle en rougissant malgré elle. Avant de se dire que c'était complètement crétin puisque de toute façon elle ne le gardait pas.

Le regard de Corvus se fit plus perçant et Vaneet s'en sentit mal à l'aise. Revenir ici avait été complètement idiot. Elle se releva en cherchant une phrase à peu près digne pour prendre congé mais son plan cul régulier demanda subitement :

« Tu veux prendre un verre ? Ce soir. »

C'était le meilleur compromis qu'il avait trouvé entre son envie de savoir ce qui la démangeait, l'amitié qu'il lui portait et son besoin de terminer son journal dans le calme. Elle ouvrit la bouche puis la referma comme un poisson hors de l'eau.

« Je ne peux pas. » finit-elle par avouer. « J'ai une potion à prendre, bientôt, et je ne peux pas prendre le risque que l'alcool interfère. »

Rien ne l'obligeait à mentionner la potion mais les mots étaient sortis naturellement. Elle sentit qu'elle espérait secrètement qu'il demande des explications. Qu'il la force à révéler la vérité. Au point où elle fut presque soulagée lorsqu'il répliqua :

« Et tu va me révéler quelle est cette étrange maladie qui te fait croire à des hallucinations et nécessite une potion ou bien tu la mentionnais juste comme ça, sur le ton de la conversation ? »

Un petit rire faussé lui échappa.

« Une maladie ? Oui, je suppose qu'on peut voir ça comme ça. Disons que si je ne me "soigne" pas il y a de fortes chances que je devienne grosse, lunatique, insomniaque et que je me retrouve à l'hôpital dans neuf mois. »

Corvus eu une expression étrange, comme s'il n'était pas bien sûr de comprendre... malgré de forts soupçons. Elle lui confirma ses doutes en se rasseyant à ses côtés :

« Putain de potion de foireuse. Il faudra que je rende une petite visite de courtoisie à cet apothicaire fumeux... »

Elle s'était forcée à lancer cette phrase sur un ton désinvolte, presque amusé, mais ses expressions faciales suivaient mal les directives.

« Et donc tu veux te.... soigner ? »

« Ca va te paraître bizarre mais je suis pas vraiment emballée à l'idée de me goinfrer comme un troll en regardant mon corps devenir difforme. Sans parler de m'occuper d'un.... » Elle ne pouvait se résoudre à le dire. « Non merci. » conclue-t-elle en se forçant à sourire.

« Tu as l'air sûre de toi. » constata l'anglais d'un ton sceptique. S'il ne s'était jamais vraiment senti concerné par ces problèmes féminins, il n'était pas certain d'approuver l'avortement. Mais c'était son corps, ses choix et son problème de conscience. D'ailleurs, il ne voyait pas vraiment ce qu'elle attendait de lui.

« Si tu n'as pas besoin de mon avis qu.... »

Il s'interrompit, la bouche entrouverte. Ca y est. Il venait de comprendre. Si la question qui lui traversa l'esprit ne franchit pas ses lèvres, Vaneet la lut dans son regard.

« Aucune idée. » mentit-elle.

Ses yeux hurlaient le contraire. Corvus hocha doucement la tête sans trouver quoi répondre.

« Enfin bref, je ne vais pas t'embêter plus longtemps. Je passais juste par là. »

« Hm hm. »

« A bientôt, Corvus. »

A bientôt. Elle lui balançait ça comme ça et elle s'éclipsait brusquement sur un " A bientôt ". Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez cette femme ? " Elle est enceinte. " Vrai ! Eh merde... il reposa son journal, la mine sombre. Est-ce qu'une femme venait vraiment de lui annoncer qu'elle était enceinte de lui ? Par les couilles de Merlin ! Et qu'est-ce qu'il était censé faire de cette information d'abord ? Ce n'était pas comme s'il y était pour quoique ce soit ! Enfin si, il avait... participé.... mais la potion foireuse n'était pas de sa responsabilité ! Retournant cette idée dans la tête, il finit par quitter son banc en oubliant La Gazette. Ces pensées le poursuivirent presque toute la soirée, malgré les distractions offertes par ces connaissances et la jolie rousse qui le draguait ouvertement au club, et elles l'assaillirent de nouveau le lendemain matin. Lassé, il se résolut à aller innocemment toquer chez Aquila à l'improviste. Son frère dû patienter plusieurs heures et accepter de le laisser boire plusieurs verres avant qu'il n'avoue finalement ce qui le tracassait.

Les conseils de son petit frère n'eurent évidemment rien de surprenant. C'était un signe, le destin, la preuve qu'il était fait pour ça et ainsi de suite.... à condition qu'il soit sûr que ce soit le sien et qu'elle n'essayait pas de profiter de lui bien sûr. Corvus rit à cette suggestion. S'il y avait bien une femme en Hongrie qu'il n'imaginait pas tenter de profiter de lui c'était bien elle. Elle avait une carrière professionnelle assez enviable, plusieurs amants et pas la moindre envie d'avoir des enfants si ses souvenirs étaient bons. Ce qui avait dû rendre la nouvelle d'autant plus compliquée pour elle, réalisa-t-il brusquement. Au moins le choix avait-il été facile... Il repensa à son aller-retour, à ses mots hésitants et à ses sourires débordant de fausseté. Non.... facile n'était pas le bon mot. Sûr ? Il n'en n'était même pas convaincu.

Il se garda bien d'avouer les intentions de la jeune femme à Aquila, sachant parfaitement comment il réagirait. Son plaidoyer pro-famille lui avait suffit pour ce soir ; pas besoin d'y ajouter un argumentaire anti-avortement. Il finit par rentrer chez lui, les idées floues, habité par une étrange humeur.  Et s'il était vraiment le père ?... Non, pas le " père ". Il n'était le père de personne pour l'instant et n'avait pas la moindre intention de le devenir. Imaginer un marmot braillant entre ses bras suffisait à l'en dégoûter. Jamais il ne pourrait vouloir ça !
Mais au-delà de cette répulsion, quelque chose d'autre le dérangeait. Quelque chose sur lequel il n'arrivait pas à mettre le doigt. Il avait l'étrange impression qu'un détail important lui échappait et ce fut ce sentiment qui le poussa à se rendre chez Vaneet le lundi suivant. En sonnant à la porte, il se surprit à éprouver un petit malaise à l'idée qu'elle ait déjà pris la potion d'avortement. Il chassa cette sensation d'un mouvement de tête et un haussement d'épaule. C'était idiot.

Lorsque la porte s'ouvrit, Vaneet sembla sincèrement surprise de le trouver sur son perron.

« Corvus ? »

Il esquissa un sourire en tendant devant lui la bouteille qu'il s'était efforcé d'amener.

« Sans alcool ! » précisa-t-il en la voyant prête à protester.

« Euh.... bon.... d'accord. »

Elle s'écarta sans masquer sa gêne. Après son presque-aveu, Corvus avait été silencieux comme un nundu pendant presque six jours. Un constat qui l'avait blessée mais pas étonnée. Elle s'était attendue à ce que son amant la fuit pendant plusieurs semaines, voir plusieurs mois. Qu'il l'évite, elle, ses potions de contraceptions foireuses et ses problèmes. Mais voilà qu'au terme du sixième jour il apparaissait dans son entrée, là, comme ça, sans préavis. Décidément il avait le chic pour être imprévisible.

« On a quelque chose à fêter ? » demanda-t-elle en restant campée dans l'entrée.

Mais Corvus ne l'entendait pas de cette oreille et prit la liberté de s'avancer vers le salon.

« Sais-tu combien de verres nous boirions par an si nous devions attendre à chaque fois d'avoir quelque chose à fêter ? Un nombre ridiculement bas ! »  

« De là à acheter une bouteille sans alcool....  »

« Sans alcool pour toi. » corrigea-t-il en tirant une fiole de sa cape.

Evidemment.... elle aurait dû s'en douter. Elle roula des yeux en prenant enfin place sur le fauteuil en face de celui qu'il avait choisit.

« Je suppose que je dois te remercier. »

« Ne te force pas surtout. » répliqua-t-il d'un ton transpirant le cynisme.

« Sers-moi et on verra après. »

Il s'exécuta avec un sourire victorieux. Elle l'observa servir deux verres, toujours aussi mal à l'aise. Depuis leur dernière entrevue, elle avait réussit à se procurer la fameuse potion illégale. A peine quelques heures plus tôt d'ailleurs. Elle l'avait rangée dans le tiroir secret de sa commode, estimant que sa transaction avec le potioniste douteux lui avait fournit assez d'émotions pour la journée. Mais demain matin, au réveil, elle la prendrait. Et tout serait terminé. Peut-être s'imaginait-il qu'elle l'avait déjà fait ? Peut-être était ce la raison pour laquelle il était là ? Mais non. Il devait bien se douter que ce n'était pas une concoction facile à se procurer. Elle-même avait été extrêmement chanceuse de la trouver aussi rapidement ! .... aidée de bons contacts bien placés, certes, mais chanceuse quand-même. Alors qu'est-ce qu'il pouvait bien venir chercher ?

Elle attrapa le verre qu'il lui tendait, accepta de trinquer puis bu une gorgée.... avant de finalement céder à son impatience, ne supportant pas de tourner autour du pot.

« Qu'est-ce que tu es venu faire ici Corvus ? »

La question sembla le froisser.

« Quel accueil chaleureux. »

« Je te demande pardon, c'est juste que... »

« .... je suis un homme égocentrique et obsédé qui ne s'intéresse aux femmes que pour coucher avec elles ? »

Son ton affreusement amer emplit aussitôt Vaneet de culpabilité.

« Non, bien sûr que non. Je suis désolée. Je suis.... un peu chamboulée en ce moment. »

L'anglais hocha du chef avec un pincement de lèvres. C'était donc fait. Il arrivait trop tard. Elle avait avorté de son enfant. Et tout à coup il réalisa ce qui le troublait depuis le soir où il était sorti de chez Aquila : ce foetus était une partie de lui-même. Un embryon qui aurait pu devenir son enfant, avec ses gênes, ses traits et son caractère. Et on s'en était débarrassé sans qu'il ait son mot à dire. Il se sentit spolié et, pour la première fois de sa vie, regretta un peu de ne jamais pouvoir tenir un marmot braillant entre ses bras. S'il en avait eu un jour la moindre chance, elle venait d'être détruite. Et la responsable en était juste "chamboulée".

« Tu es en un seul morceau. » constata-t-il un peu froidement. « Ravi de voir que tu as eu plus de chance pour cette potion que pour la première. »

Elle rit doucement, faisant lever un sourcil étonné à Corvus. Ca la faisait rire ?

« J'ai encore toutes mes chances de me vider de mon sang ou de me transformer en canard. Je l'ai achetée aujourd'hui et .... je vais la prendre demain. » avoua-t-elle.

Pendant une seconde, Corvus perdit le contrôle de ses émotions et laissa entrevoir son soulagement. Vaneet fronça les sourcils mais déjà son amant adoptait un masque d'indifférence en buvant une nouvelle gorgée.

« Tu es certaine qu'elle est fiable ? »

« Autant que je peux l'être à propos d'une potion achetée rue de Láthatatlan denevér à un sorcier camouflé par une cape rouge sang. » inonisa-t-elle. « Mais mes choix étant limités... »

Elle but à son tour une gorgée, avant de se rendre compte qu'il la fixait étrangement. Elle l'interrogea du regard en reposant son verre.

« Moins que ce que tu crois. »

« Qu'est-ce que je crois ? »

« La restriction de tes choix. »

Elle l'observa longuement en remontant le fil de leur conversation, avant de finalement commencer à comprendre. Non. Il ne pouvait pas vouloir dire.... pas lui ! Pas Corvus Hunter. De tous les hommes, il était le mieux placé pour comprendre qu'elle ne voulait pas d'enfant. Lui-même les avait en horreur !

« Tu plaisantes ? » demanda-t-elle d'un ton incrédule. « Dis-moi que tu plaisantes ! »

« Tiens ! Je crois bien que c'est la première fois qu'on me reproche mon sérieux. » répondit-il en fouillant dans sa mémoire.

« Tu as encore mis de l'alihosty dans ta fiole, c'est ça ? »

« Juste du rhum mais ça aurait été une id.... »

« De toute façon je n'ai pas besoin de ton avis ! »

« C'est étrange mais ce n'est pas le souvenir que j'ai de notre rencontre au parc. »

« Notre rencontre était un hasard et c'était il y a six jours Corvus ! SIX ! »

« Pas encore. »

« NE TE FOUS PAS DE MOI ! Pourquoi tu as été si long à réagir ?! C'était AVANT qu'il fallait te pointer, pas la VEILLE DE MON AVORTEMENT !! »

Elle se félicita, en prononçant cette phrase, d'avoir insonorisé son appartement. Si l'intention initiale était de tenir secrète sa vie sexuelle épanouie, ce soir était la preuve que ce sortilège avait d'autres utilités. Comme tenir secrètes ses infractions à la loi par exemple. Corvus la laissa exprimer sa colère, l'air mi-sceptique mi-agacé, attendant qu'elle se calme. Lorsqu'enfin elle sembla se taire il ouvrit la bouche mais elle le devança de nouveau :

« Et de toute façon ça ne te concerne pas. »

« Oui, bien sûr. Tu m'en as juste parlé pour le romantisme de m'annoncer que tu étais enceinte d'une autre homme ! »

Elle détourna la tête, affreusement gênée, mais Corvus quitta son fauteuil pour la forcer à le regarder.

« Si j'ai raison ça me concerne autant que toi. »

« Non, certainement pas autant que moi ! » cracha-t-elle « Et tu n'as aucune preuve ! Moi non plus d'ailleurs. »

« Juste de très très forts soupçons de rien du tout. » ironisa-t-il d'un ton mauvais.

Vaneet ne nia pas, se contentant de baisser la tête.

« J'ai le droit de donner mon avis maintenant ? »

« Non ! Pas tant que tu ne le porteras pas toi-même. » balança-t-elle acerbe.

« Est-ce que c'est une mise au défi pour que je te porte pendant neuf mois ? »

Son ton cynique ne laissait aucun doute sur son sérieux mais elle lui répondit tout de même d'un faux rire moqueur exagéré.

« Ha, ha ha ! Hilarant. Maintenant si tu n'as pas d'autres argument.... » balança-t-elle acerbe.

« Tu es sûre de ton choix ? »

Cet angle d'attaque était inattendu et Corvus put constater avec satisfaction qu'il avait visé juste.

« Oui.... Je le suis. » répéta-t-elle devant sa moue incrédule. « Je n'ai aucune envie de vivre une grossesse, aucune envie d'être une mère célibataire qu'on regarde comme une bête de foire et aucune envie d'un gosse. Tu n'en as jamais voulu non plus ! Qu'est-ce qui a changé ? »

Il réfléchit sérieusement à la question avant d'avouer d'une voix hésitante :  

« Je ne suis pas sûr d'en vouloir. »

La fureur de l'indienne sembla redoubler. Il lut dans son regard le " Alors qu'est-ce que tu m'emmerdes ?! " qu'elle s'apprêtait à lui balancer et il reprit donc rapidement :

« Mais je voudrais avoir la chance de me poser la question avant que tu décides toute seule de ce qui doit advenir de mon potentiel futur enfant. »

« Oui je décide toute seule parce que c'est MA vie, MON corps, MON bébé ! »

Mais cette dernière assertion sonnait terriblement faux. Il y avait quelques heures encore pourtant, elle était vraie. Le fœtus qui grandissait dans son ventre était alors son problème à elle seule. Mais maintenant que Corvus s'était déplacé pour s'intéresser à son œuvre, maintenant qu'il réclamait le droit de donner son avis, il aurait été injuste de l'en priver. Elle en avait parfaitement conscience mais n'était pas encore prête à baisser les bras, trop furieuse qu'il ait mit tant de temps à se manifester. Malheureusement, il ne semblait pas prêt à abandonner la partie non plus.

« Nôtre. » corrigea-t-il.

« Tu veux dire le nôtre avant la naissance et uniquement quand il sera de bonne humeur et propre après ? »

« Heureusement qu'on peut compter sur ses amis pour nous renvoyer une belle image de nous-même ! »

Elle vit qu'elle l'avait à nouveau blessé mais ne fit pas l'effort de s'excuser cette fois-ci.

« Je sais que je suis un homme immature et indigne de confiance... » ironisa-t-il « .... mais j’espérais quand même que ma parole de m'investir, dans le cas où on le garderai, vaudrait plus qu'un pet de croup. »

« Corvus ! Ce n'est même pas le vrai fond du problème. »

« Dans cas je t'en prie, expose-le moi ! »

« J'ai l'impression que tu ne te rends pas compte de ce que serait cette grossesse pour moi ! »

« C'est donc les ragots qui t'arrêteraient ? »

Vaneet frémit de colère, sachant pertinemment que Corvus avait conscience de toucher une corde sensible.

« Les rumeurs, les qu'en dira-t-on, les regards des gens dans la rue ? Tu va laisser les autres décider de ta vie pour toi ? C'est étrange, il me semble que lorsque tu es venue en Hongrie tu avais un discours assez différent. C'était quoi déjà ? Ah oui : " Je .... " »

« Arrête ! Arrête, s'il te plaît. Stop. »

Elle parvint difficilement à retenir les larmes au bord qui menaçaient de couler à tout instant. Elle le haïssait plus que quiconque d'autre en cet instant. Le détestait pour lui avoir à la fois rappelé qui elle s'était promis d'être après son départ d'Angleterre et l'avoir replongée dans le doute si près de l'échéance.

« Je n'essaie pas de te faire absolument changer d'avis. J'aimerai juste qu'on en discute vraiment et qu'on évalue toutes nos options avant que tu prennes toute seule une décision. Et.... je respecterai ton choix final. » concéda-t-il.

« Pourquoi est-ce qu'il a fallut que tu te pointe ce soir ? »

« Parce que c'est le destin. » rétorqua-t-il après deux secondes de réflexion. « En tout cas c'est ce que dit Aquila. »

« Ah ! Alors si c'est Aquila qui le dit.... »

« Il paraît qu'il est beaucoup plus sage et réfléchis que moi. Ses paroles doivent avoir de la valeur. »

« Ca, je n'ai aucun mal à le croire. Il n'aurait probablement pas attendu six jours pour se décider lui. Ecoute... » reprit-elle pour l'empêcher de reprendre leur dispute. «... j'ai besoin de temps. Continuer à en parler ce soir ne servira à rien. Vraiment. Je suis fatiguée et je n'ai plus la force d'en discuter. »

« Ca veut dire que tu ne prendras pas cette potion demain matin ? »

« Non. » soupira-t-elle. « Promis. »

« Ni demain après-midi ? »

Elle esquissa un rictus entre le sourire et le pincement de lèvres agacé.

« Je verrais. » répondit-elle par esprit de contrariété. « Et ne pense même pas à la faire disparaître, elle est très bien cachée. » ajouta-t-elle par sécurité.

Il eu un haussement d'épaules faussement innocent.

« Pourquoi faire ? Je te fais confiance, moi. » lança-t-il avec rancune.

« Tu crois vraiment que si je n'avais aucune confiance en toi j'accepterai d'en discuter ? » répliqua-t-elle en guise d'excuses.

« Oui, parce que tu sais que j'ai raison. »

« Sors de chez moi. » grogna-t-elle. « Allez ! »

Il prit le chemin de la sortie, plus par inquiétude pour son état de santé que par capitulation. S'il envisageait vraiment la possibilité de lui faire porter leur enfant, il avait intérêt à prendre soin d'elle. Et elle avait effectivement l'air d'avoir besoin d'une bonne nuit de sommeil.

« A très bientôt ! » lança-t-il avant de disparaître dans la cage d'escalier.

Il se mit à rire nerveusement sitôt qu'il entendit la porte de son appartement se refermer. Par les ovaires de Viviane ! Il était vraiment en train de considérer la question d'avoir un enfant ! Si même lui trouvait ça surprenant, il comprenait que Vaneet ait eu du mal à le croire. Mais sa démarche était sincère et maintenant qu'il avait obtenu son accord, il faudrait aller jusqu'au bout. En discuter sérieusement. Il eu une soudaine pensée pour Aquila. Heureusement qu'il ne l'avait pas mis au courant de cette difficulté : son petit frère serait beaucoup trop fier de le voir agir responsablement....

Vaneet regarda Corvus sortir de l'immeuble avant de transplaner au coin de la rue. Elle tira les rideaux d'un geste fatigué, incapable de savoir si elle devait se sentir agacée ou soulagée. L'avenir qui l'attendait si elle choisissait de garder l'enfant la terrorisait mais au moins, elle n'était plus seule pour prendre ou non cette décision. Et puis.... elle ne pouvait s'empêcher de se sentir flattée par la réaction de Corvus. Oui, il avait mit six jours.... mais il était venu. Il ne l'avait pas fuit pendant des semaines ou des mois. Mieux : il acceptait d'envisager qu'elle porte son enfant. Elle. Qu'elle soit la mère du gamin qu'il aurait choisit d'avoir. Merlin ! Corvus Hunter réfléchissant à avoir un gosse....

« Quel chieur ! »

Il ne pouvait pas se contenter d'être prévisible comme tout le monde ?! Elle partit se coucher le coeur lourd mais aussi, étrangement rassurée de savoir que Corvus reviendrait. Demain et tous les jours suivants jusqu'à ce qu'ils aient pris une décision raisonnée. Penser à Corvus et à " raisonnée " dans la même phrase la fit doucement rire. Mais contrairement à ce qu'il avait prétendu, elle avait confiance en sa parole. De tous ses amants, c'était peut-être d'ailleurs le seul en qui elle aurait eu confiance. Le seul avec qui elle accepterait jamais de se lancer dans cette aventure folle... Et c'est sur cette pensée qu'elle sombra dans les bras de Morphée.



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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Mar 4 Juil - 0:08



Janvier 2023



« Vous ici ? »

Corvus Hunter se retourna tranquillement avec son habituel verre à la main et son sourire narquois. Vaneet Shafiq. Evidemment. La jeune femme feignait une surprise qui ne pouvait pas être naturelle. Cela faisait huit jours qu'il était de retour à Budapest et, en toute modestie, elle avait forcément eu vent de son arrivée. Il était d'ailleurs surpris de ne pas l'avoir croisée avant. La capitale hongroise était loin d'être aussi grande que Londres et si ses souvenirs étaient bons, ce pub était l'un des préférés de l'indienne. C'était d'ailleurs l'une des multiples raisons pour les quelles il avait choisit de passer sa soirée ici mais ça, il ne l'avouerait même pas sous la délicieuse torture de ses mains.

« Shafiq. Quelle surprise n'est-ce pas ? J'en suis presque aussi étonné que toi. » railla le magistrat.

« Vraiment ? Allons ! Nous savons tous les deux que les beautés hongroises finiraient par te manquer. » affirma-t-elle le plus sérieusement du monde en rejetant ses longs cheveux noirs en arrière.

La répartie eu le mérite d'arracher un sourire amusé au Hunter.

« Terriblement. » confessa-t-il en lui offrant un baise-main exagéré. « Mais mon sens du devoir m'empêchait de priver les femmes anglaises de ma compagnie. »  

« Oui, bien sûr. » répliqua-t-elle du même ton qu'une personne à qui l'on venait d'énoncer les lois fondamentales de la magie. « Puis-je quand même avoir l'audace de réclamer ta compagnie ce soir ? »

« Tu peux. » répondit le sang-pur avant de boire une gorgée de vin.

Vaneet sourit, attendit.... puis roula des yeux en esquissant une moue mi-blasée, mi-amusée.

« Alors je la réclame. » céda-t-elle de bon coeur.

Il lui offrit un sourire satisfait puis l'accompagna à la table où elle avait déjà posé ses affaires. Le regard du Hunter s'arrêta sur le parchemin sur lequel finissaient de sécher quelques mots à l'encre noire.

« Je suis toujours plus inspirée avec un verre à la main. » expliqua Vaneet. « Je suis sûre que tu peux comprendre. » ironisa-t-elle.

Il haussa les épaules en reprenant une lichée de vin slave.

« Je ne m'attendais pas à te revoir par ici de sitôt. » avoua-t-elle en rangeant plume et parchemin.

« Il ne manquerait plus que je devienne prévisible ! »

Il reconnaissait cependant que l'étonnement de l'indienne était justifié.... Cela faisait plusieurs jours que son appartement hongrois était délaissé, le Hunter n'y séjournant qu'une nuit ou deux lors de ses courtes excursions à Budapest. Depuis le retour de Mervyn Kark, les mangemorts croulaient sous les projets et sa présence était plus souvent requise au Royaume-Uni qu'à l'étranger. Lorsqu'il se déplaçait, c'était généralement pour transmettre des messages aux pays de l'est européen et habituellement, on le renvoyait aussitôt avec une réponse. La politique bouillonnait et les accords se multipliaient à mesure que les choses se précisaient. Tout, ou presque, venait et passait désormais par l'Angleterre et Mervyn Kark. C'était là-bas qu'il fallait être pour se trouver au centre de l'action. Là-bas que la plupart des gens s'attendaient à le trouver. Et pourtant, il était partit.

Quelles que soient les raisons derrière lesquelles il s'était caché, la vérité était que Corvus n'avait pas eu le courage de rester. Pas après que son amante lui ait annoncé être enceinte de son... ami ? Pouvait-il encore lui donner ce nom après la conversation houleuse qu'ils avaient eu au sujet de la nouvelle Kark-Selwyn ?
Le souvenir de cet après-midi transparut sur son visage brusquement fermé. Comprenant sans difficulté qu'il n'évoquerait pas la raison de son retour inattendu, Vaneet détourna judicieusement la conversation.

« Si j'avais su que tu venais, j'aurais rejoins le bar avant toi pour t'empêcher de commander cette piquette. »

Corvus lança un regard surprit à l'indienne puis au verre qu'il vidait consciencieusement. Ca ? De la piquette ? Quelle substance hallucinogène avait-elle bien pu prendre ?

« Oh bien sûr, si tu compares ça aux dernières cuvées c'est un millésime mais ça ne vaut pas grand chose à côté du...  »

« .... dernier vörös tölgyek ? » compléta Corvus. Il fut amusé de voir ses lèvres former un O d'incompréhension. Il pouvait presque lire dans ses pensées : Comment par Merlin avait-il réussit à obtenir une bouteille de vin primé, révélé la semaine dernière, en série limitée et vendu exclusivement à une enchère où il n'était pas ? Ou du moins où elle ne l'avait pas vu. Mais il n'était pas prêt à révéler ses petits secrets aussi facilement et il se contenta donc d'un :

« Trop anglais pour moi. »

Elle hocha la tête en signe de compréhension. Si pour beaucoup de gens il était aberrant de comparer une production magyar à un vin britannique, elle comprenait néanmoins ce qu'il voulait dire. Sa robe pâle et sa douceur évoquait la boisson produite au Royaume-Uni, généralement décrite comme sobre voir banale. Mais la simplicité allait très bien à Vaneet. Elle préférait les breuvages légers à ceux qui laissaient un goût trop fort en bouche. D'ailleurs les vins anglais étaient peut-être la seule chose qu'elle regrettait de son pays natal. Comme s'il avait lu dans ses pensées, Corvus se gaussa :

« Mais je suis impressionné que tu fasses autant de kilomètres pour dépenser des dizaines de gallions dans un breuvage aussi fade que celui du Sussex. T'aurais pas le mal du pays par hasard ? »

Cette fois, ce fut le visage de Vaneet qui se durcit. Dire que Corvus ignorait dans quoi il mettait les pieds aurait été un mensonge éhonté. Il connaissait parfaitement le passé de la jeune femme et ses réticences à en parler. Mais sa spontanéité l'empêchait d'éviter soigneusement le sujet. Il n'insisterait toutefois pas si elle se défilait. De toute façon, il était presque certain de connaître la réponse à cette question. Si Vaneet c'était reconciliée avec ses parents, elle ne serait probablement plus là. Quoique.... avec les années, l'indienne avait appris à aimer la Hongrie. Pourtant, à son arrivée, ce n'était pas gagné.

Adolescente, elle clamait haut et fort qu'elle vivrait, mourrait et ferait naître tous ses enfants en Angleterre, le plus beau pays du monde. Puis elle s'était fiancée... et les choses avaient tournées au pus de bubobulb. Son promis était jeune, séduisant et respectable. On le disait honnête, gentil, sincère.... Tant de qualités qui, associées à de tendres sourires, l'avaient convaincue de lui offrir son honneur. Elle était persuadée qu'il lui resterait fidèle et peut-être aurait-ce été le cas si tout c'était bien passé. Mais il avait fallut qu'ils soient imprudent et que madame Shafiq rentre dans la pièce.
Soudain, son honneur était devenu son déshonneur. Son fiancé, son bourreau. Et sa mère, sa pire ennemie. Elle avait chassé le jeune homme à coup de sortilèges puis regretté son geste lorsque, deux jours plus tard, la famille du futur marié avait rompu les fiançailles. Mis à part Vaneet et sa mère, personne ne comprit. Famille et amis commencèrent donc à spéculer plus ou moins discrètement sur les raisons de ce retournement de situation. Craignant pour la réputation de leur fils, les parents du jeune homme s'empressèrent d'accabler l'indienne de ragots inventés de toute pièce. Vaneet avait alors essayé de se racheter une image en se plongeant à corps perdu dans le travail. Elle se fit un devoir d'être brillante, appliquée, irréprochable ! Et ses efforts furent rapidement remarqués : à tous les autres défauts que lui attribuaient les mauvaises langues s'ajouta celui de carriériste. Dans les yeux du public, elle était devenue une femme audacieuse, qui écraserait son époux de ses ambitions et refuserait d'être une maîtresse de maison docile.

Cette année-là, la liste d'amis de Vaneet se réduisit considérablement. A moitié parce qu'on l'évitait, à moitié parce qu'elle fuyait les autres d'elle-même. Terrassée par les médisances, les regards réprobateurs qui la suivaient partout et les insultes dont la couvrait sa mère, elle avait faillit sombrer au fond du gouffre. Faillit.... Heureusement, son instinct de survie et son esprit rebelle l'avait sauvée d'une fin dramatique. Face à son miroir, elle s'était répété qu'elle n'avait rien fait pour mériter ça jusqu'à s'en convaincre. Rien de plus que son ex-fiancé qui s'en sortait très bien en tout cas. Alors non, elle n'allait pas se laisser punir toute sa vie pour une erreur de vingt minutes qui ne regardait qu'elle. Ce n'était pas juste ! Et c'est ainsi qu'elle s'était mise à vivre. A boire, à sortir, à travailler par passion et non par obligation et à prendre des amants.

Corvus ne fut ni le premier ni le dernier mais devint tout de même l'un de ses préférés. Sans mentionner ses compétences sexuelles, elle aimait son cynisme, sa conversation et cette habitude qu'il avait de ne jamais la juger. Ou en tout cas de très bien le cacher. C'était un peu grâce à lui qu'elle était là.... A force de l'entendre parler de la Hongrie, elle s'était promis de visiter Budapest un jour. En tant que simple touriste. Jamais elle ne se serait imaginé y habiter ! Mais quand elle avait apprit que le ministère souhaitait y envoyer quelqu'un pour une mission de longue durée, elle avait eu le déclic. Il fallait qu'elle s'en aille, loin de ce pays de langues fourchues et de sa mère qui continuait à la harceler avec des termes de moins en moins acceptables.
Son sang pur et son admirable carrière l'avaient évidemment aidée à obtenir satisfaction. Ainsi était-elle partie, sans préavis et sans regrets. Les débuts avaient été difficiles bien sûrs ; elle ne parlait pas un mot de Hongrois et n'avait pratiquement aucun contacts sur place. Mais elle avait tenu bon et apprit la langue. Elle s'était adaptée au pays, à ses coutumes et ses habitants et avait fait des pieds et des mains pour rester à la fin de sa mission. Corvus s'en était amusé.... un peu comme un troisième année qui regarde un jeune niffleur déterrer son premier trésor. Comme tout le monde à l'époque, il avait entendu parler de cette fille à la réputation douteuse et l'avait cherchée des yeux pour poser sur elle un regard narquois. Curieux mais narquois. Aujourd'hui, il devait avouer qu'il était agréablement surpris par la manière dont elle avait reprit sa vie en main, la changeant du jour au lendemain.... même si les vestiges de l'ancienne était encore visibles et toujours un peu blessants.
Il savait que les paysages anglais, la musique irlandaise et sa seule amie britannique lui manquaient... mais qu'elle ne retournerait jamais là-bas, étant finalement satisfaite de sa vie au pays magyar. Le sujet restait toutefois sensible.

Elle lui adressa un sourire forcé et répliqua d'une voix faussement songeuse :

« Le mal du pays.... oui ! Ca me dit quelque chose. Comme une impression de déjà vécu.... Si on pense bien au même mal. Tu veux qu'on en parle ? »

Une partie de lui-même eut envie de répondre par la positive, par pur esprit de contradiction. Mais s'il s'aventurait sur ce terrain-là, Vaneet ne se gênerait pas pour lui poser des questions en retour et il n'avait aucune envie de repenser à Esmé, Arutha, leur vie de couple merdique et leur héritier en devenir. Il opta donc pour une autre tactique.

« Quel individu étrange a pu te faire croire que la conversation était plus efficace que l'alcool ? »

Vaneet se détendit aussitôt, s'autorisant même à rire.

« Certainement pas toi. Très bien monsieur le borász*. Qu'est ce que je devrais prendre ? »

Corvus se fit un plaisir de lui conseiller un breuvage aux antipodes de ce qu'elle avait l'habitude de consommer. Peu convaincue par son choix, elle fut obligée de commander autre chose, après avoir terminé son verre bien entendu, et insista pour qu'il la suive. La conversation devint de plus en plus animée au rythme des boissons qui défilaient sur leur table et des aiguilles de l'horloge qui continuaient inlassablement leur course. Sans surprise, Vaneet finit la nuit dans le lit de son amant. Merlin seul savait combien de temps il resterait cette fois-ci alors autant en profiter. La seule certitude qu'elle avait c'est qu'il finirait par repartir.... comme à chaque fois.



* oenologue


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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Dim 16 Juil - 19:38



Juillet 2046


Voilà. Ils étaient partis, entraînés par leur portoloin de l'autre côté de l'Europe. Corvus referma la montre qui indiquait dix heures pile et la rangea dans sa poche intérieure. Contrairement à Vaneet, il n'avait pas voulu accompagner ses deux fils au ministère hongrois, considérant qu'ils n'avaient pas besoin de lui pour prendre leur moyen de transport. Et puis c'était leur décision, leur voyage, leur responsabilité.... il s'était donc contenté de se lever un peu plus tôt pour saluer leur départ de quelques piques sarcastiques, les prévenants que leurs chambres seraient déjà reconverties en grenier lorsqu'ils reviendraient la baguette entre les jambes dans un mois. Vaneet avait dû mettre fin à l'échange cynique qui s'en était suivi pour qu'ils ne ratent pas leur moyen de transport. Et Corvus s'était réfugié dans la bibliothèque comme si de rien n'était. Jusqu'à ce que le pendule sonne l'heure fatidique.

Il quitta son fauteuil en entendant la porte claquer, devinant que sa compagne venait de rentrer, mais ne la trouva pas dans l'entrée. Ni dans le salon. Il glissa la tête par la porte de la salle à manger - vide aussi - avant de se laisser guider par le bruit qui provenait de son bureau. Il lui semblait avoir reconnu le son d'une bouteille qu'on débouche mais ça ne pouvait pas.... et pourtant si. Elle était là, penchée au-dessus du bar dissimulé dans son globe terrestre magique - une prévention qui avait été plus pensée contre leur deux enfants que contre elle. Sans prendre la peine de le refermer, elle fit volteface et but une gorgée de liquide ambrée en lui adressant un regard de défi. " Tu as quelque chose à redire ? " demandaient ses prunelles brunes. Non. Bien sûr que non. Ils savaient tous deux que cela aurait été hautement hypocrite. Et pas son genre. Il haussa les épaules et se servit à son tour.... puis céda quand-même à la provocation :

« Ca signifie que l'amendement de onze heures est révolu ? » demanda-t-il en référence à l'interdiction de boire avant onze heures du matin qu'elle avait décrété - sans trop y croire - après qu'il ait tenté de soigner une gueule de bois par un verre de vodka matinal quelques années plus tôt. Elle soupira avec agacement :

« Tu pourrais pas être plus.... »

« Oui ? »

Pendant un instant il crut qu'elle allait lui reprocher d'avoir laissé partir ses deux fils si loin, dans un pays en guerre civile, où ils seraient accueillis comme les deux bâtards qu'ils étaient et où personne d'autres que quelques cousins et des grands parents âgés ne veilleraient sur eux. Il devinait qu'elle aurait aimé qu'il trouve des arguments pour les retenir. Qu'il fasse son devoir de père protecteur. Que pour une fois, il n'agisse pas avec cette fausse désinvolture dont il jouait à outrance. Et il était prêt à répondre avec amertume à chacune de ces accusations s'il le fallait. Il se figea en la voyant poser brusquement son verre et foncer sur lui.... pour passer ses bras autour de sa taille et appuyer sa tête contre son épaule. Sous l'effet de la surprise, il eut trois secondes d'hésitation avant de rendre son étreinte à Vaneet. Sa main caressa les cheveux bruns de l'indienne, comme il savait qu'elle en avait besoin. Et comme lui même en avait besoin aussi.


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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Jeu 14 Sep - 11:29



Février 2033


« Alors ? »

Nimrod leva un regard interrogateur sur son amante.

« Tu vois la vie sous un nouveau jour ? » ajouta-t-elle d'un ton moqueur.

L'hongrois haussa les épaules d'un air vexé avant de piquer un morceau de viande du bout de sa fourchette. L'indienne laissa échapper un petit rire amusé en l'imitant.

« Tu verras quand tu y seras. Tes trente six ans ne sont pas si loin. »

« Non, juste quelques semaines. » confirma-t-elle. « Mais contrairement à toi ça ne me fait ni chaud ni froid. »

« Tu dis ça maintenant. » contra-t-il fièrement. « Et puis la veille de ton anniversaire, tu te mettra à y réfléchir malgré toi. »

« C'est ce qui s'est passé pour toi ? » demanda-t-elle avec un sourire taquin. « Tu as eu une révélation révolutionnaire hier soir avant d'aller te coucher ? »

Imaginer son amant plongé dans des réflexions philosophiques sur son "grand" âge et le sens de sa vie amusait beaucoup Vaneet. Elle ne se retenait d'ailleurs de rire que pour ne pas heurter son orgueil. Nimrod avait généralement beaucoup d'humour pour tout mais elle voyait bien que ce sujet là en particulier le travaillait. Pourtant, même en le sachant, elle ne put retenir un froncement de sourcil lorsqu'il déclara le plus sérieusement du monde :

« En fait oui. »

« Oh... »

Ils reposèrent leur fourchette en même temps, elle tentant de dissimuler un sourire amusé, lui essayant de trouver les mots justes.

« J'aime ma vie comme elle est et il y a peu de choses que je changerai. Quand on y pense je suis en parfaite santé, toujours aussi bien, si tu peux me permettre, j'ai l'appartement dont rêve tous les Budapestois, le poste le plus en vu au ministère et ..... »

« Oui, oui, je vois le tableau. » l'interrompit Vaneet, habituée mais toujours aussi blasée par ce petit côté vantard.

« Évidemment, tu me connais bien. On se côtoie depuis tellement longtemps ! »

Il attrapa son verre de vin et le vida presque sous le regard dépaysé de son amante. Lorsqu'il le reposa, il se racla la gorge puis plongea ses yeux dans les siens d'un air grave. Vaneet recula légèrement en se demandant quelle étrange idée pouvait bien lui être passée par la tête. Nimrod était un homme posé, réfléchit, qui calculait chaque coup précautionneusement avant de passer à l'action. Il détestait prendre des décisions à la légère et il était fort étonnant qu'il se soit décidé du jour au lendemain sur quelque chose d'aussi sérieux, visiblement. Qu'est ce que ça pouvait bien être ?

« C'est pour ça que j'ai pensé à toi. »

Vaneet ne réagit pas tout de suite, essayant de comprendre le sens de ses mots.

« A moi pour ? ..... »

« Hum.... me marier. »

Elle le fixa longuement avant de brusquement éclater de rire. Nimrod sembla évidemment vexé de cette réaction mais rien n'aurait pu contenir l'hilarité de l'indienne cette fois-ci. Elle laissa libre cours à son amusement avant de retrouver son calme et de prendre une gorgée de vin. Pourtant, lorsque son regard croisa à nouveau celui du hongrois, le doute l'envahit brusquement.

« Mais... tu n'étais pas sérieux ? » demanda-t-elle un sourire aux coins des lèvres.

« Non. » assura froidement l'homme blessé dans son orgueil.

Elle devina sans difficulté que ce n'était pas la vérité et rougit à son tour.

« Je... je suis vraiment désolée Nim. Je voulais pas être vexante. »

« Pourquoi est-ce que tu le serais ? » cracha-t-il d'un ton amer. « Tu m'as juste bien fait savoir ce que tu en pensais. »

« Je ne voulais vraiment pas me moquer de toi. » assura-t-elle. « C'est juste que c'était tellement inattendu. Enfin Nimrod, tu sais bien dans quelle situation je suis ! Pourquoi moi ? Tu as des tas d'amantes ! »

« Parce que de toutes c'est toi que je préfère. Et aux dernières nouvelles il me semblait que tu étais célibataire. A moins que ton presque-mari ne m'ait devancé ? »

Elle ne put retenir une moue agacée face à l'appellation moqueuse que le hongrois utilisait régulièrement pour désigner Corvus.

« Tu sais très bien qu'il n'a rien à voir dans ma réponse. » mentit-elle. « Tout ne tourne pas autour de lui. »

« Alors pourquoi pas ? »

« Pour commencer parce que je suis mère... »

« Zoltán pourrait venir habiter avec nous. » assura-t-il d'un ton pédant.

« Et bien sûr son père va me laisser partir avec son fils sous le bras sans broncher. »

« Rien ne l'empêchera de le voir de temps en temps. Et je l'élèverai comme mon enfant. »

« Mais tu n'es pas son père ! » s'énerva-t-elle. « Et Anastáz ? Il est autant mon fils que Zoltán. »

Nimrod esquissa une moue gênée et choisit un autre angle d'attaque, plus stratégique.

« Et si tu pensais un peu à toi avant de penser à tes enfants ? »

« Je vais très bien, merci. »

« Je te propose la même vie mais en mieux. On sera libres d'aller où on veut, quand on veut et avec qui veut. On vivra dans mon appartement ou même dans un manoir si tu y tiens. On aura notre petit confort, tout sera pareil ! La seule différence c'est que tu seras une femme mariée, respectable et que plus personne n'osera te regarder de travers. Surtout pas si tu portes mon nom. » conclut-il avec un certain orgueil.

« Merci de ta charité... » répliqua-t-elle d'un ton acerbe « ... mais ça fait longtemps que je me cogne de ma réputation. »

« Tu crois vraiment que je fais ça par charité ? » s'offusqua-t-il. « Je te l'ai dis, tu es de loin celle que je préfère et je sais que tu aimes ma compagnie aussi. Je suis celui que tu vois le plus après lui, je me trompe ? Je sais que tu l'aimes beaucoup... »

« C'est juste le père de mes enfants. » nia-t-elle de mauvaise humeur.

« ... mais je suis sûr que je peux te rendre heureuse aussi et je t'offre ce qu'il ne t'a jamais offert. Ca ne te tente vraiment pas ? Obtenir enfin ce qui t'a valu tant de moqueries et triompher ? »

« J'ai grandis Nimrod. » dit-elle en se levant.

« Très bien. Je t'aurais accueillie avec ton enfant, rendue heureuse et donné un rang mais et je comprends. Tu préfères rester avec ton presque-mari. »

« Arrête de l'appeler comme ça ! » s'énerva-t-elle en attrapant sa cape.

« Je t'aurais aimée plus que lui. » assura-t-il plein de mauvaise foi.

« Encore bon anniversaire Nimrod ! »

Elle s'éloigna furieusement, ouvrit la porte du restaurant et disparut dans le noir... avant de brusquement réapparaître à l'entrée. Nimrod fronça les sourcils en la voyant approcher à pas pressés. Aurait-elle déjà changé d'avis ?

« Oh et : j'ai DEUX enfants. Deux ! »

Elle repartit aussitôt sans lui accorder un regard de plus. Mais quel con ! Comment avait-il pu seulement imaginer qu'elle accepterait ? Quitter ses fils et Corvus ? Sa seule vraie famille au monde ? Il avait tort, elle n'était pas prisonnière : elle les aimait voilà tout. Et elle n'avait aucune envie d'une vie respectable de femme rangée. Pas maintenant qu'elle s'était habituée aux regards, aux remarques et qu'elle tirait une certaine fierté de savoir y répondre sans rougir. Il y a quelques années cette idée aurait effectivement pu lui plaire.... et la perspective d'être en couple avec Nimrod aussi. Il était beau gosse, plutôt doué au lit, il ne manquait pas d'intelligence et il était assez drôle quand il ne se vantait pas. Peut-être y aurait-elle songé plus sérieusement s'il lui avait fait cette proposition en octobre dernier, lorsqu'elle avait quitté le manoir plusieurs jours suite au discours blessant de son amant alcoolisé. Peut-être que si Corvus n'était pas venue la chercher... mais il était venu.

Elle transplana sur le perron de sa maison et rentra chez elle, à la fois énervée et pensive; " Je t'aurais aimée plus. ". Non mais franchement ! Si le mariage était synonyme d'amour ça se saurait ! Cela ne voulait absolument rien dire et Corvus n'était juste pas fait pour ça. Elle non plus d'ailleurs.

« Vous avez sauté le dessert ? »

Vaneet surtsauta et en laissa tomber sa cape. Son presque-mari... non, amant, s'avançait avec un sourire en coin.

« Visiblement toi tu n'as rien sauté du tout. » rétorqua-t-elle un peu sèchement en accrochant son vêtement au porte-manteau.

Le magistrat haussa les épaules d'un air blasé. Elle supposa que son amante lui avait posé un lapin, à moins que ce ne soit le contraire. Pic de flemme peut-être ? Monsieur était tellement imprévisible. Tellement.... opposé à ce que Nimrod était. Il était vrai qu'avec lui il n'aurait jamais eu de surprises. Un long fleuve tranquille sur lequel elle n'aurait jamais eu à s'inquiéter. Et qui l'aurait effectivement conduite vers des terres plus respectables. Mais aimée ? Oui, il l'aimait probablement mais...

« Combien de doigts ? »

Vaneet réalisa soudain qu'elle fixait son compagnon d'un regard très lointain depuis un petit moment. Il avait levé la main avec un sourire amusé. Elle soupira.

« Je suis parfaitement sobre. »

« Quelle triste soirée. » commenta-t-il.

Le visage de l'indienne se fendit en un sourire.

« Parle pour toi. »

« Elle est loin d'être terminée et elle est très à mon goût jusqu'à là. » grommela-t-il.

« J'ai reçu une demande en mariage. »

La phrase était sortie toute seule. Sans prévenir. Sans qu'elle même n'y ait vraiment réfléchis. Corvus se figea brusquement, s'autorisant juste à poser un regard mi-intrigué mi-inquiet sur Vaneet. Il n'avait aucun doute sur son sérieux : il lisait dans son regard, son sourire et son expression que c'était la vérité. Son sourire.... est-ce qu'elle avait l'air heureuse ? Soulagée ? Leur relation avait des hauts et des bas, ils avaient même traversée une petite crise en octobre, mais de là à tout plaquer pour se marier avec Nimrod ? Qui était l'amant qu'elle fréquentait le plus après lui, certes.... mais le hongrois passait quand-même après lui non ?

« Alors je dois te féliciter ? » demanda-t-il enfin avec un sourire moqueur. Forcé. Dissimulant une toute petite crainte.

Elle demeura silencieuse quelques secondes, sourit puis rétorqua d'un ton guilleret :

« Oui. »

Elle rit doucement en voyant l'expression de son amant se transformer malgré tous les efforts qu'il fournissait pour rester calme.

« Tu peux me féliciter d'être devenue une grande fille qui n'a pas besoin d'un mari pour vivre sa vie comme elle l'entend. Merci chéri. » conclut-elle en plantant tout à coup un baiser sur sa joue. « Et puis.... qu'est ça me ferait chier de porter une bague au doigt jusqu'à la fin de mes jours. » grogna-t-elle en montant les escaliers.

Elle devina que sa courte blague ferait bouder l'homme de sa vie un petit moment mais... quelle importance ? C'était leur vie. Pas un fleuve tranquille. Mais en même temps, elle s'emmerderait sacrément sur un fleuve !
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MessageSujet: Re: Chroniques de libertains solitaires   Mer 11 Oct - 22:31



20 juin 2025


« Hunter ! »

Corvus quitta des yeux le magistrat qui lui tenait la jambe depuis dix bonnes minutes pour orienter son regard vers la droite. Juste à côté du buffet se tenait Ágoston, s'évertuant à faire de grands gestes de la main pour l'inviter à les rejoindre lui et.... Vaneet. La Shafiq ne semblait pas ravie de son attention soudaine pour le duo qu'elle formait avec son supérieur et par conséquent, il esquissa un grand sourire enchanté en s'approchant d'eux.

« Ágoston. So nice to see you here tonight.  »

« You must know Miss Shafiq of course ? She's one of your compatriots. »

Corvus inclina la tête en direction de l'indienne qui se forçait à esquisser un sourire poli. Sa main glissa instinctivement sur le ventre parfaitement plat qui renfermait leur secret, avant de disparaître subitement dans son dos quand elle réalisa son geste. Comme si ce simple mouvement avait pu révéler la petite bosse soigneusement dissimulée par la magie.  

« We have already met. » confirma l'indienne en tentant difficilement de ne pas rougir.

« Several times. » précisa Corvus avec un large sourire.

« Only for a foreign legal case. » rétorqua-t-elle en le fusillant du regard, sans se départir toutefois de son sourire radieux.

« What was it all about again ? I hardly remember. »

« Come on Hunter ! Let's not spill all our little secrets in public ! » L'indienne adressa un regard complice au hongrois en laissant échapper un rire clair qui sonnait terriblement faux aux oreilles de l'anglais. Mais c'était uniquement parce qu'il la connaissait bien. « Ágoston forbade me to discuss about work anyway. »

« And I still do ! Tonight is about having fun. »

« Of course. Shall we talk about vacations then ? Are you planning to go somewhere this summer ? »

« Oh yes ! I'm spending two weeks in Spain with my kids in August. Have you ever been to Barcelona ? It's a funny city really ! Did you knew...  »

Corvus hocha la tête sans quitter son amante du regard. La belle indienne lui rendit la faveur, sans se départir de son sourire cordial. Du moins jusqu'au moment où sa concentration se relâcha et où une moue mi-agacée mi-amusée lui échappa. Elle regretta aussitôt cette seconde de relâchement, consciente qu'elle n'avait pas échappé à son amant, mais il était trop tard.

« .... and then we are all coming back by portkey. What about you Hunter ? »

« I'm staying in Budapest this year. I promised to someone to take care of a tiny little thing and I'm afraid it will keep me occupied all summer. »

« How nice of you ! But this person would surely understand if you wish to spend some time with your family in England ? » s'enquit Vaneet avec un sourcillement faussement soucieux.

« I'm sure she would but I like to think that I'm a man of word. »

« Of course you are ! A man of law IS a man of word. »

« And so : are you going somewhere Miss Shafiq ? »

Cette fois encore le regard meurtrier de Vaneet fut teinté d'un demi-sourire amusé qui ne dura qu'une seconde.

« Yes actually. I'm taking a three months break starting from August, both to take distance with a childish case I had to face and for parental reasons. »

« I see what case you're speaking of. » murmura l'hongrois sur le ton de la confidence. « I admit your holidays are well deserved. As for your parents, I hope it's nothing too serious ? »

Vaneet poussa un petit soupir las en quittant enfin Corvus des yeux pour accorder un regard triste à Ágoston.

« Well... we can't be sure for now. We're still waiting for good news and to be honest, I'm a little bit worried. Actually, speaking of it makes me feel bad. Will you excuse me ? » demanda-t-elle d'une petite voix en baissant les yeux.

« Of course my dear ! Please accept my apologizes for bringing it up. »

L'indienne secoua la tête d'un air gêné puis s'éloigna. D'un pas lent et humble d'abord.... puis dans un parfait déhanché lorsqu'elle estima qu'Ágoston devait l'avoir quittée des yeux pour reporter son attention sur Corvus. Quant à son amant.... elle ne doutait pas un seul instant qu'il la suivait du regard. Elle s'engouffra dans les toilettes pour femmes en laissant naître un sourire victorieux sur son visage. Elle rajusta son rouge à lèvre, replaça sa mèche de cheveux devant l'oreille puis compta jusqu'à vingt. C'était tout ce qu'il lui faudrait, à coup sûr. D'un claquement sec elle referma son sac à main puis ressortit lentement de la pièce.

Bingo. Corvus Hunter était à seulement quelques pas de l'entrée, l'air aussi innocent qu'un élève de onze ans découvrant Poudlard.

« Are you waiting for someone ? » demanda-t-elle d'une voix candide.

Pour seule réponse il attrapa son poignet, l'attira dans l'ombre et entreprit de l'embrasser langoureusement.

« Not here ! » protesta Vaneet d'une voix où perçait la peur.

Elle tenta de pivoter la tête pour s'assurer que personne ne venait dans leur direction mais Corvus retint son menton de l'index.  

« Shall we go on vacation together Miss Shafiq ? »

Elle fronça des sourcils, poussa un soupir agacé puis l'embrassa à son tour.

« Shut up and take me home moron ! »

Le Hunter ne se le fit pas dire deux fois et bientôt, ils s'évadèrent sur la terrasse pour transplaner dans l'appartement du magistrat, où la soirée s’avérerait beaucoup plus passionnante...


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