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 Where were you ? Just a litte late....

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Arutha L. Kark
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Messages : 96
Date d'inscription : 28/03/2015

MessageSujet: Where were you ? Just a litte late....   Mer 28 Fév - 23:51


« Monsieur Kark ? »

Le jeune agent immobilier s'avança vers la silhouette parfaitement immobile de son patron. Immobile et muette... depuis plusieurs longues minutes.

« Nous n'avons qu'une dizaine de minutes d'avance. » reprit prudemment l'employé. « Non pas que ce soit un problème, bien au contraire ! C'est toujours aussi admirable ! La preuve irréfutable de votre irréprochable professionnalisme en toutes circonstances, quel que soit le client, le dossier ou l'enjeu. Personne ne vous égalera jamais sur ce point-là, c'est sûr ! Même si c'est aussi la raison pour laquelle tout le monde vous attend au tournant. Vous savez comment sont les gens, surtout dans ce milieu professionnel. Enfin sauf vous bien sûr ! Vous n'iriez pas vous moquer d'un concurrent qui a eu le malheur de n'arriver qu'avec cinq petites minutes d'avance à son rendez-vous alors qu'habituellement il se présente systématiquement vingt minutes plus tôt pour inspec... »

« Ça ira Basil.»

Arutha reprit brusquement vie sous le regard inquiet de son employé. Qu'est-ce qui avait bien pu retenir si fermement son attention pendant cinq longues minutes ? L'intéressé lui-même n'aurait su le dire avec exactitude. Et pour cause, cela tenait plus de la sensation que du visuel... ou même de l'auditif. Un inexplicable sentiment qui confirmait ce qu'il pressentait déjà ; l'immeuble nécessitait son intervention. Pas en tant qu'expert ou en tant que vendeur de biens immobiliers mais bel et bien en tant qu'Arutha Kark. Le tordu. Le maudit. L'homme étrange qui parlait parfois tout seul et sursautait au beau milieu d'une pièce vide. Celui qui pouvait en réalité voir tout ce que les autres ne voyaient pas. Cette capacité ne l'avait jamais quitté, contrairement à beaucoup d'autres choses. A commencer par sa famille.
Ils avaient disparus les uns après les autres. Sa mère d'abord, décédée le jour même de sa naissance. Son père ensuite, emporté par la maladie quelques semaines à peine après que son fils ait soufflé sa dixième bougie. Et ses oncles et tantes finalement, fuyant le gamin démoniaque qui semait la mort partout sur son passage. N'était resté à ses côtés que la petite sœur de sa mère, seule âme assez charitable pour le recueillir lorsqu'il était devenu orphelin. Et seule âme qui s'était soucier de lui après le décès de son père à vrai dire... Mervyn Kark était mort dans la déchéance, désargenté, couvert de dettes et éclaboussé par de multiples scandales plus choquants les uns que les autres. A son fils, il n'avait légué qu'un nom sali et une exécrable réputation. Kark il était et en Kark il devrait vivre... et se reconstruire.

C'était bien sûr sa tante qui lui avait soufflé l'idée d'une carrière dans l'immobilier. Non pas pour ses aptitudes particulières mais bien parce que c'était un secteur professionnel prometteur, et qu'il avait hérité de toute l'intelligence de sa mère. A ses yeux, il avait toujours été parfait. Capable de tout. A la fois débrouillard, perspicace et suffisamment têtu. En deux mots : le meilleur. Et c'était bien son regard confiant qui l'avait porté aux nues. Ça et la chance qui lui avait sourit le jour où Basil Cavendish avait franchit la porte de son bureau. Le jeune agent immobilier avait toute une liste de défauts, certains plus agaçants que d'autres, mais il possédait en contrepartie deux qualités de grande valeur : l'application au travail et surtout la capacité de travailler avec lui malgré toutes les rumeurs, les ragots et les quelques expériences mystérieuses aux quelles il avait assisté. Tout ça valait bien qu'Arutha supporte ses bavardages incessants... la plupart du temps.

D'une main, il fit taire son employé qui commentait insouciamment la raison pour laquelle ces étranges promoteurs-pas-très-intelligents vendaient un immeuble si bien situé et si luxueux à un prix aussi dérisoire.

« Concentre toi sur la vente. » ordonna le Kark avant de franchir la porte du bâtiment, son habituel parapluie vert à la main. D'un coup d'oeil rapide à son poignet droit, il s'assura qu'ils avaient plusieurs minutes d'avance. Moins pour inspecter les lieux que pour sauvegarder son irréprochable réputation ; dans tous les cas, il achèterait cet immeuble. Et le revendrait le mois suivant au double du prix auquel il l'avait acheté. S'il y avait bien un avantage à sa malédiction, c'était celui-là. Un avantage certes bien maigre mais il avait depuis longtemps apprit à apprécier les moindres miettes de satisfaction qu'il arrivait à arracher à ce monde. Lorsqu'il franchissait la porte d'un bâtiment, c'était moins son nom que sa propre renommée qui aimantait les regards. Il était Arutha, un orphelin au nom entaché qui avait réussit à créer seul un business florissant - pour ne pas dire fabuleusement enrichissant - avant même d'avoir atteint trente ans. Une prouesse que personne ne pouvait lui dénier... pas même le fantôme de son père. Pas même ses plus perfides concurrents et détracteurs. Il s'en était sortit seul et aujourd'hui encore, ce fut la tête haute qu'il franchit la porte de sa prochaine acquisition.

Comme prévu, Basile et lui étaient les premiers arrivés sur les lieux. Ils patientèrent quelques minutes dans le hall d'entrée, l'un s'extasiant sur tous les détails architecturaux à propos desquels on pouvait faire un commentaire - autant dire qu'il aurait pu tenir des heures - et l'autre écoutant d'une oreille en cherchant le moindre indice pouvant trahir la présence d'un phénomène surnaturel. Il ne trouva toutefois pas le moindre spectre et renonça sagement à son inspection lorsque ses clients se présentèrent enfin à l'heure précise.

Les salutations d'usage faites, ils suivirent les actuels propriétaires de l'immeuble au dernier étage, où se trouvait leur bureau. La conclusion du contrat ne prit en soi qu'une quinzaine de minutes, juste le temps d'échanger les banalités habituelles et d'adresser un regard pénétrant au couple lorsqu'ils osèrent affirmer qu'il faisait une affaire. Bien que ce soit effectivement le cas, il était clair que les deux vendeurs étaient persuadés de le rouler.

« Ce bâtiment est systématiquement déserté tous les deux mois. »rappela-t-il d'un ton froid. « Certains de vos locataires ne sont même restés que trois semaines. » Basil, qui était à la source de cette information, osa hocher docilement de la tête. « Une affaire ? Nous verrons bien je suppose. »

Suite à cette intervention, le couple se contenta de signer les derniers papiers en silence. Sans surprise, le jeune et unique employé de la boîte se proposa de leur offrir un café au bistrot du coin pour détendre l'atmosphère. Grand bien lui fasse ! Lui-même se contenterait de siroter son irish coffee en attendant que Basil ait finit de gérer la partie relation clientèle dans laquelle il excellait si bien. Peut-être même qu'il ferait l'effort de placer une ou deux phrases en milieu de conversation. A moins que... Arutha s'arrêta brusquement au beau milieu des escaliers et leva la tête au plafond en resserrant ses doigts sur le manche du parapluie vert. Ce bruit. Cette sensation....

« Monsieur Kark ? »

L'expression de Cavendish ne laissait pas de place au doute : il n'avait rien entendu. Quant au couple qui les accompagnait, il semblait brusquement inquiet et très pressé de sortir d'ici. Probablement de peur qu'Arutha Kark ne tente de revenir sur le contrat qu'ils venaient de conclure. Les imbéciles !

« Je dois vérifier quelque chose. Allez boire un café sans moi. »

Il ne prit pas la peine d'écouter la réponse de son employé, qui était de toute façon bien trop habitué à ce brusque changement d'humeur pour s'en inquiéter. Remontant les marches deux par deux, Arutha revint sur leurs pas et retourna dans le bureau. Non ; ça ne venait pas de là. La pièce était on ne peut plus vide, même pour lui.

Il gagna la salle suivante en dénouant le lien qui retenait la toile de son parapluie. Vide aussi... L'atmosphère y était toutefois plus pesante. L'air plus lourd. Et les bruits de ses pas mystérieusement feutrés. Son doigt glissa doucement vers le bouton permettant de déployer son parapluie tandis qu'il poussait la porte suivante. Elle s'ouvrit dans un grincement qui n'avait rien de naturel. Malgré la faible luminosité, Arutha devina qu'un tapis de poussière recouvrait le sol et les quelques meubles décrépis qu'on avait abandonnés ici. Il y avait entre autre un canapé vomissant des nuages de mousse noire,  une table basse rongée par les mites et .... un placard en parfait état. Sans la moindre fissure ni la moindre petite empreinte laissée par le temps. Arutha se redressa de toute sa stature en tendant son parapluie devant lui. Il prit une longue inspiration avant de donner un coup sec, rapide et anormalement bruyant sur la porte du petit placard en fer. Elle vola aussitôt en éclat, obligeant le Kark à reculer précipitamment en se protégeant le visage. Lorsqu'il estima quelques secondes plus tard qu'il pouvait abaisser son bras sans danger, il découvrit à ses pieds une silhouette translucide à l'apparence cadavérique. Ce n'était pas tant dans son allure ou dans la manière dont il tordait ses membres pour ramper au sol. Non ; c'était dans la façon dont sa tête pendait sinistrement entre ses épaules. Et dans la trace sombre qu'on pouvait distinguer à l'arrière de son cou, entre deux mèches de cheveux graisseux. Un pendu. La longue tignasse noire qui masquait son visage traînait au sol dans un chuintement inquiétant... ou plutôt dans un chuintement qui aurait été inquiétant pour n'importe quelle âme ne pouvant voir le spectre. Et pour le gamin qu'était autrefois Arutha... Mais l'homme de trente trois ans avaient bien appris ses leçons.

« C'est comme ça que tu comptes m'effrayer ?! » cracha-t-il d'un ton méprisant.

La silhouette continua de ramper dans sa direction, de plus en plus vite, de plus en plus bruyamment. Arutha lui céda le peu d'espace qui les séparait... pour l'instant.

« Pathétique ! C'est d'une banalité affligeante. »

Il agrémenta sa remarque d'un reniflement moqueur, sans quitter le spectre des yeux. Et grand bien lui en prit : son doigt pressa le bouton du parapluie à la seconde où l'esprit maléfique bondit sur ses pieds. Arutha eu tout juste le temps de lever son bouclier improvisé, tremblant sous le choc provoqué par la rencontre entre son adversaire et son fidèle parapluie, désormais brodé de runes. Elles étincelèrent dans un murmure indistinct, caressant, comme la voix d'une mère rassurant son enfant. Et c'était presque ça... sa tante avait depuis longtemps reprit le rôle de sa génitrice et en cousant elle-même ces protections magiques, elle avait offert à son neveu la plus puissante des bénédictions.

La créature recula en poussant un grognement aigu et Arutha osa abaisser légèrement son parapluie.

« C'est tout ce que tu sais faire ? »

Dans un nouveau cri furieux, elle chargea une seconde fois en tendant ses bras crochus. Le bouclier fit à nouveau barrage en envoyant une douloureuse vibration au spectre gémissant.

« C'est TOUT ce que tu sais faire ? » rugit à nouveau Aru derrière son arme.

Le parquet se mit à trembler. La table basse à sa droite se fracassa au sol. Du coin de l'oeil, le Kark aperçut la mousse noire jaillir du canapé déchiré. Cloisonnant sa peur au fond de ses entrailles, il demanda une dernière fois :

« Rien d'autre ?! »

L'esprit maléfique rugit à son tour. Arutha déglutit. Il était temps. C'était maintenant ou jamais. Abaissant son arme, il fixa son regard sur les deux fentes qu'il devinait derrière le rideau de cheveux sombres.

« Tu ne vaux vraiment pas mieux que ça ? »

Les murs tremblèrent à leur tour.

« Alors c'est vraiment ce que tu croies hein ?! »

Soudain, la vibration s'arrêta. Si le long râle du spectre ne s'interrompit pas, il cessa toutefois de hurler... et d'avancer. Et sembla presque tendre l'oreille....

« Ce n'est pas convainquant du tout. C'est médiocre ! Tu ne penses pas que tu es capable de mieux ? »

La silhouette translucide s'immobilisa parfaitement. Arutha se mordit l'intérieur des joues pour ne pas se trahir.

« Redresse-toi. » aboya-t-il.

Le bras tendu dans sa direction retomba mollement le long du corps auquel il appartenait. Mais se fut tout....

« Redresse-toi. » ordonna à nouveau le Kark. « Allez ! »

Les secondes s'écoulèrent lentement dans un silence pesant... et tout à coup, les épaules affaissées roulèrent en arrière.

« Vire-moi ces cheveux de devant ton visage. Derrière les oreilles. Et relève le menton. »

L'esprit hésita à nouveau quelques secondes avant d'écarter de ses mains pâles ses longs cheveux, dévoilant ainsi un homme d'une quarantaine d'années au visage émacié. Sous ses yeux noirs, deux énormes poches témoignaient de nombreuses nuits blanches et d'autant d'heures passées à ruminer des idées sombres. Son front parcheminé était aussi marqué par les rides que son cou par la trace de la corde qui avait causé sa mort. Arutha retint difficilement une grimace.

« C'est mieux. Beaucoup mieux. Il faudrait aussi changer ce costume miteux ...  » ... mais il était trop tard pour ça. « Qu'est-ce que tu faisais ? » demanda-t-il d'une voix un poil moins autoritaire.

Le spectre sembla réfléchir un instant avant de joindre les deux mains devant lui, formant ainsi un triangle.

« Politicien ? » La tête dodelina doucement de droite à gauche.
« Professeur ? » Cette fois-ci, il eu droit à un hochement d'épaules. Le triangle lui évoquait un orateur mais... « Journaliste ? ... Non ? ... Présentateur ?... Non plus ? Hum... Conférencier ? »

Le spectre hocha subitement la tête de haut en bas dans un balancement maladroit.

« Conférencier donc. Et chercheur je suppose ? Et tu n'as rien trouvé de mieux que de passer le reste de l'éternité ici parce que personne n'a voulu t'écouter ? »

Le spectre fronça brusquement des sourcils d'un air mécontent. Mais Arutha Kark était persuadé de tenir le bon bout.

« Si ce que tu avais à dire était si important tu aurais dû parler. Le dire. Le crier. Relever la tête et t'imposer. Pas te terrer dans un placard moisi en attendant qu'on veuille bien t'écouter. Enfin... il est trop tard maintenant. Et tu dois disparaître. »

Le spectre recula en poussant un grognement. " A mon tour. " songea le Kark en reconquérant courageusement les mètres qu'il avait cédé.

« C'est finit. Je vais mettre un terme à ton existence post-mortem. » Il leva à nouveau son parapluie en ignorant le hurlement de protestation que lui opposa la créature. « Je regrette, c'est mon devoir... à moins que.... »

Il abaissa à nouveau le parapluie pour replonger son regard dans celui du fantôme.

« Je pourrais t'aider mais... ce que tu désires le plus au monde c'est être écouté n'est-ce pas ? Captiver l'attention de ton public et être au centre des conversations au moins une fois ? Je pense que ce n'est pas irréalisable.... mais je dois avoir ta parole que tu ne reviendras pas ici. Jamais. »

Le spectre hocha à nouveau la tête, les yeux brillants d'espoir. Heureusement que ce crétin de Cavendish passait ses journées à déblatérer sur tout et n'importe quoi... et que lui-même écoutait.

« Il y a une conférence au Waldorf Hilton ce soir. Un évènement public, bondé, bruyant, agité où personne ne remarquera ton intrusion. Si tu veux être sur le devant de la scène, c'est là-bas que tu dois être. C'est bien ce que tu veux non ? Ou bien tu ne t'en crois toujours pas capable ? »

Le fantôme sembla hésiter.

« Tu préfères passer le reste de ta mort à terrifier de pauvres péquenaud en rampant au sol ? »

Sa tête se balança à nouveau de droite à gauche.

« Alors tiens toi droit et vas y. Mais après ça, tu devras partir. Si je te retrouve où que ce soit, ici ou ailleurs, je te ne raterais pas. » assura-t-il en levant à nouveau son parapluie. « Est-ce qu'on a un accord ? »

Le conférencier hocha une dernière fois la tête. La partie était gagnée. Dans un dernier regard sévère, Arutha consentit à s'écarter. Le spectre le frôla en fonçant vers la porte.... et en le suivant des yeux, le regard du Kark tomba sur le visage terrifié de Basile. Eh merde....  

« Je... je... seulement... c'est... »

« Pourquoi est-ce que tu n'es pas avec eux au café ? » gronda l'entrepreneur.

« Ils... partis... de... sans vous ils... »

Arutha poussa un long soupir fatigué en enroulant la toile de son parapluie.

« Va chercher la voiture. »

« Ouiouiouioui ! » couina l'employé trop heureux de prendre congé.

Aru le regarda filer dans les escaliers en tremblant de tous ces membres. Crétin. Il ignorait quand est-ce qu'il était arrivé et ce à quoi il avait assisté mais cela n'avait aucune sorte d'importance. Comme à chaque fois, il s'en remettrait. Et seule la mission finale comptait. A vrai dire, que l'esprit quitte le monde des vivants après avoir possédé le corps d'il ne savait quel conférencier ne lui importait même pas tant que ça.... Il avait son immeuble et la quasi certitude qu'il ne reviendrait pas par ici. Pour le reste... ce ne serait que des dommages collatéraux. Des dommages qui ne le touchaient pas. Bien qu'il se sente inavouablement soulagé par l'idée que le conférencier disparaîtrait aussitôt son vœu accompli....

Il ressortit de l'immeuble le cœur un peu plus léger et s'engouffra dans le véhicule luxueux qui l'attendait dans la rue.

« J'ai saisis l'adresse du bureau. » annonça Basil en désignant le GPS lorsque son patron eu refermé la porte du véhicule. Hum... cool ? Il s'enfonça dans son siège sans répondre... et sans se douter que cette introduction annonçait une nouvelle diarrhée verbale. Pourtant, il aurait pu. « Je commanderai dès que nous serons arrivés. Enfin si ça vous va, bien sûr. A moins que vous ne vouliez profiter de cette sortie pour manger quelque part en extérieur ? Dans un restaurant asiatique ou indien ou... Oh ! On pourrait s'arrêter à la pizzeria chez laquelle vous avez commandé une maxi royale la semaine dernière ! Je suis presque sûr qu'elle est dans le coin. Vous voulez que je vérifie ? » demanda-t-en lâchant le volant d'une main et en se penchant déjà sur le GPS. Arutha adressa à son employé un regard noir qu'il interpréta de travers : « Pardon ! Quand j'ai dis " on pourrait s'arrêter " je ne voulais pas dire que j'avais l'intention de perdre une heure au restaurant à ne rien foutre. Je peux vous déposer et revenir vous chercher plus tard ou bien peut-être... »

« Contente-toi de commander à l'adresse habituelle. » coupa froidement le Kark en détournant la tête " Et pitié, ferme la " supplia-t-il silencieusement en  regardant sans les voir les voitures à sa gauche.

« Très bien, parfait, je vais faire ça. Le menu habituel ? »

Arutha s'apprêta à pivoter à nouveau la tête pour lui répondre lorsque soudain une silhouette sombre attira son regard. Solidement accroché au toit d'une voiture, un esprit maléfique semblait prêt à prendre la vie de son conducteur, somnolant au volant. Le magnat de l'immobilier pinça les lèvres. Triste... mais pas son problème. Il n'était ni un ange, ni un saint ni même un mec bien. Il n'était rien d'autre qu'un homme ayant la capacité de voir les êtres invisibles aux yeux des autres mortels et cela ne l'engageait à rien. Il ne devait rien à personne et ne se mettrait jamais en danger pour la vie d'un inconnu. Juste une vie qui n'avait pas la moindre importance... Non, pas une vie ; deux. Aru déglutit en voyant la tête d'un enfant dépasser de la banquette arrière. Eh merde. " Pas ton problème, pas tes oignions, détourne juste le regard. "

« Monsieur Kark ? »

« Accélère. »

Dès qu'ils l'aurait dépassée, dès que l'autre voiture serait hors de son champs de vision.... la tête du conducteur somnolant s'inclina dangereusement sur le volant. L'accident était imminent. Mais si Cavendish obéissait ils seraient déjà loin. Loin des cris, des pleurs, des blessés, des larmes et .... merde.

« Ralentis. »

Si l'employé adressa un étrange regard interloqué à son patron, il exécuta toutefois l'ordre qu'on venait de lui donner. Il eut cependant un sursaut de surprise lorsque l'autre homme tendit le bras vers lui pour donner un puissant coup de klaxon.

« Mais... que...  »

Arutha baissa la vitre puis se pencha vers l'extérieur pour interpeller l'esprit :

« HEY TOI ! HEY ! HEEEEEEEEEEY ! » La créature grisâtre aux contours flous tourna enfin ce qui semblait être sa tête vers Arutha, libérant ainsi le conducteur somnolant de son emprise. Sans prêter attention à ce dernier - ou au Basil stupéfait qui tentait tant bien que mal de garder les yeux sur la route - il poursuivit son attaque verbale :

«  Ouai, toi là ! Je te vois ! T'as bien entendu : je te vois ! Alors CASSE-TOI !  » beugla-t-il en tendant un poing rageur.

L'autre conducteur lui adressa un regard surpris... qui se transforma rapidement en oeillade furieuse. Baissant la vitre à son tour, il accéléra pour se mettre au niveau d'Arutha Kark et l'abreuver d'insultes. Dans d'autres circonstances, le jeune patron lui aurait probablement adressé un doigt d'honneur éloquent, après un loooong regard méprisant. Mais il n'était pas dans d'autres circonstances ; il était ici, maintenant, et il était hors de question de quitter la créature des yeux.

«  DEGAGE ! Tire-toi ! Je te vois et je peux te détruire ! Je vais te massacrer ! M'oblige pas à descendre, barre-toi !  »

Le vent frais lui arracha une soudaine quinte de toux. « Fuck ! » Et ce putain d'esprit qui restait fermement agrippéé aux barres de toit.

«  Monsieur Kark je....  »

«  Accélère !  C'est un ordre : accélère maintenant ! Dépasse -le... et maintenant donne un coup de volant sur la gauche. Fais-ce que je te dis ! » scanda-t-il en plongeant son regard dans celui du pauvre employé terrorisé. Un pleutre. Un couard. Une chiffe molle qui n'oserait jamais prendre le moindre risque. Attrapant subitement le volant, Arutha le tira vers lui sans douceur, offrant ainsi une dangereuse queue de poisson au véhicule qui les suivait. Le conducteur freina brusquement, déstabilisant l'esprit maléfique qui se retrouva propulsé en avant. Il atterrit juste devant leur roues et n'eut que le temps de s'envoler pour ne pas être écrasé. Aru s'assura dans le rétroviseur que la créature avait prit la poudre d'escampettes avant de faire signe au Basil pétrifié de redémarrer.

L'employa dû s'y reprendre à deux fois pour enclencher la bonne vitesse. Sans un mot. Sans même un regard pour son patron. Au moins cet incident avait-il eu le mérite de le faire taire..... même si en contrepartie il semblait au bord de l'évanouissement.

«  Arrête-toi là. » ordonna le Kark en désignant une place un peu plus loin. « J'ai une course à faire. »

Laquelle ? Lui-même ne le savait pas encore. Mais il trouverait bien quelque chose à acheter le temps que son chauffeur désigné se remette de ses émotions. Il s'extirpa du véhicule dès qu'il fut arrêté et se força à rejoindre le commerce le plus proche d'un pas lent. Il s'agissait en l'occurrence d'un petit supermarché sans prétention... et donc sans la majorité des produits qu'il avait l'habitude de consommer. Tssss ! Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour rentrer au bureau en vie. Il attrapa le café froid le plus cher puis se dirigea - toujours d'un pas délibérément lent -  vers la caisse dont la queue était la moins longue. Sans faire attention à qui s'y trouvait... autrement dit une vieille dame aux mains tremblantes. Eh merde ! Il hésita quelques secondes à changer de caisse mais se laissa finalement convaincre qu'il serait plus judicieux de perdre un peu plus de temps en patientant ici. Posant son café sur le tapis roulant, il tourna son regard vers son assistant, tout juste sortit de la voiture pour respirer un peu d'air frais. Sous ses yeux ébahis, l'employé s'autorisa même à rejoindre le parc qui se trouvait de l'autre côté de la route. Non mais sans blague ! Il l'observa traverser le passage piéton en évitant de justesse un homme pressé. Un homme qui venait dans sa direction. Un homme... qu'il avait déjà vu.

L'air lui manqua soudain. Ce visage.... ce visage le mettait inexplicablement mal à l'aise.Il avait la quasi certitude de l'avoir déjà rencontré mais où ? Quand ? Comment ? Il n'en n'avait pas le moindre souvenir. Juste un étrange sentiment de peur entre-mêlé de tristesse. Cela avait un lien avec son enfance et sa malédiction, il en aurait mit son bras à couper mais.... non. Ce ne pouvait pas être... L'homme tourna subitement la tête vers lui. Planta son regard dans le sien. L'observa sans bouger pendant ce qui lui parut une éternité... puis esquissa un large sourire. CE sourire. Même sous le plus puissant des charmes, même sans sa mémoire, même parmi une foule de dix milles personnes, Arutha Kark aurait reconnut ce sourire. Ce sourire glaçant. Ce sourire maléfique. Ce sourire sournois. Et si provoquant. L'homme leva le bras pour lui faire signe. Un simple geste de la main, comme ceux qu'on adresse à de vieux amis perdus de vue depuis longtemps. Juste un signe... avant de poursuivre sa route. Et de disparaître. Comme l'autre fois.

Arutha demeura figé de longues secondes. Le magicien ! Il avait retrouvé le magicien. Et reperdu le magicien.... Non, pas le magicien ; SON magicien. Celui avec lequel il avait passé un contrat. Le tout premier contrat de sa courte existence. Un contrat qu'il avait payé de sa mémoire. Et de nombreuses années passées à essayer de retrouver son nom. Son putain de nom. Son foutu nom !

D'un bond, Arutha sortit de la file et fonça vers la sortie.

« Monsieur ! Votre café ! »

Il sentit la panique lui obstruer la gorge en constatant que le magicien n'était visible nulle part. Non ! Non, non non, non ! Pas encore ! Par où était-il partit ? Par où allait-il ? " Par là ! " lui souffla une voix de son cerveau. Oui, par là. Il marchait dans cette direction. Bousculant violemment les gens sur son passage, Arutha courut devant lui sans réfléchir. Il évita de justesse un cycliste qui l'injuria copieusement puis traversa entre les voitures. Ne pas le perdre ! Surtout ne pas le perdre. PAS ENCORE ! Le souffle court, il tourna la tête de gauche à droite, puis de droite à gauche, risquant un torticolis en tentant de retrouver celui qui fit soudain entendre sans voix moqueuse du haut de l'escalier sur lequel il avait trouvé refuge :

« Tu cherches quelque chose ? »

Son coeur. Son cerveau. Ses entrailles. Sa gorge. Tout semblait soudain au bord de l'explosion. De l'implosion. Des deux sûrement. Ses yeux lui brûlaient mais ne le trompaient pas : le magicien était là. Bel et bien là. Parfaitement réel.

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