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 Le commencement

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Arutha L. Kark
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Messages : 96
Date d'inscription : 28/03/2015

MessageSujet: Le commencement   Mar 20 Fév - 19:58




« Hey ! Dominic ! »

Le petit brun tourna la tête vers le groupe d'enfants qui lui faisaient signe de la main ; trois garçons et deux filles. La plus jolie des deux - une grande blonde aux yeux clairs - se leva de table pour venir à sa rencontre.  

« C'est bien Dominic que tu t'appelles ? »

Dom hocha timidement de la tête en attendant une invitation formelle... qui ne tarda pas à arriver.

« Tu viens manger avec nous ? »

« Ouai viens ! »

« Viens ! »

« T'es nouveau en ville non ? » demanda l'autre fillette en déplaçant son plateau pour faire de la place au nouveau venu.

« T'es là depuis quand ? » renchérit le garçon à côté d'elle.

« T'étais où avant ? » questionna le blond en bout de table.

« A Oxford. » répondit timidement Dominic en s'asseyant.

« Trop coooool ! »

« Et pourquoi t'es venu ici ? »

« Mon père a été muté et il dit que c'est une bonne école. »

« La meilleure ! » s'exclama la blonde en relevant subtilement le menton. « Il n'y a que l'élite ici. »

L'élite. C'était bien ce qu'il y avait écrit sur les brochures de l'école que son père lui avait donné. Même si en réalité il ignorait la signification de ce mot jusqu'au mois dernier. Flatté, Dominic reprit légèrement confiance en lui :

« Il paraît qu'il y a même le fils de Mervyn Ka... »

« Chhhhhhhh !! »

« Tais-toi ! » siffla la fillette aux tresses noires.

« Ne parle pas de lui. »

« Jamais ! »

« Mais... pourquoi ? » s'étonna le petit nouveau d'une voix inquiète.

Les cinq gamin.e.s pivotèrent la tête de gauche à droite en semblant chercher quelqu'un. Leurs regards balayèrent la luxueuse cafétéria jusqu'au moindre petit recoin, mais pas un.e ne pensa à regarder par la fenêtre grande ouverte à côté de laquelle était située leur table. Grave erreur... accroupi contre le mur extérieur, Arutha Kark tendit l'oreille pour ne rien perde de la réponse qu'on offrit à Dominic :

« On peut rien dire contre lui parce que c'est le fils de Mervyn Kark mais il est trop bizarre. »

« Genre des fois il parle tout seul ou il se met à regarder dans le vide avec une tête bizarre ou... »

« ... il part en courant comme s'il avait peur d'un truc alors qu'il y a rien. »

« Je pense qu'il est fou. »

« C'est sûr qu'il est fou ! Complètement taré ! »

« Chhhh ! Moins fort Joe ! Si un jour il te parle répond lui poliment et trouve vite une excuse pour partir. »

« Mais lui parle pas trop longtemps, je suis sûr qu'il est dangereux. »

« Ouai, même si son père est Mervyn Kark méfie toi. Il est trop bizarre ou maudit ou un truc comme ça. »

Un truc comme ça.... Arutha fit disparaître d'un poing rageur les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Si on lui avait dit qu'il surprendrait une telle conversation en se réfugiant là, derrière le laurier où personne ne pouvait le voir et lui adresser des regards hostiles, il serait allé ailleurs. Dans le grand chêne où il était interdit de grimper par exemple... mais il était Arutha Kark et rien ne lui était interdit. Rien sauf être entouré d'amis. Parce qu'il voyait des esprits. Des fantômes, des revenants, des spectres, des monstres ; toutes ces choses qu'il était le seul à voir depuis son plus jeune âge et aux quelles il n'avait jamais réussit à s'habituer. Il avait essayé pourtant... essayé de ne pas crier, de ne pas pleurer, de ne pas trembler lorsqu'il voyait leurs mains difformes et translucides se tendre vers lui. Mais aussi longue et déterminée que puisse être sa résistance, la peur finissait toujours par l'emporter. Toujours. Elle était plus dévastatrice et plus puissante que tout. Plus puissante même que la menace de son père furieux, qui ne manquait pas de l'enfermer dans le noir à chaque fois qu'il avait vent d'un incident de ce genre pour endurcir sa "mauviette de fils". Par bonheur, le grenier du manoir Kark n'était pas hanté... ou du moins ne l'était plus. Il y avait bien eu l'esprit de son arrière-arrière-grand-mère, fermement attachée à ses vielles reliques jusqu'à dans la mort, mais elle avait finit par partir, à la fois lassée par les pleurs de son descendant et convaincue, après une discussion avec lui, qu'il saurait prendre soin de ses biens. Il avait promit de les préserver. Mais que n'aurait-il pas promit pour se débarrasser d'un fantôme ? Ou pour être un garçon normal, attablé dans la cafétéria avec les autres enfants de son âge. Il aurait pu leur imposer sa présence... comme il aurait pu surgir à l'instant derrière la fenêtre pour hurler qu'il avait tout entendu et que leurs familles le paierait chèrement, juste pour leur insuffler un peu de peur à son tour. Il aurait pu oui... s'il n'avait pas été aussi fier. Admettre devant toutes les oreilles attentives de la cafétéria qu'il avait entendu et qu'il se savait la risée de tous était beaucoup trop humiliant. En plus on ne parlerait plus que de lui, le gamin bizarre, pendant les deux prochaines semaines au moins. Cela aurait été idiot. Il ravala donc larmes et fureur et glissa hors de sa cachette à quatre pattes.

Qu'ils soient maudits. Qu'ils soient tous maudits ! Il irait ailleurs. Et tant pis pour les interdictions ! Tant pis pour les cours aussi... et la raclée qui s'en suivrait. Longeant judicieusement le mur, il rejoint le parc puis le grillage dans lequel il avait lui-même fait un trou des mois plus tôt, bien caché derrière un arbre. Son seul échappatoire lors des journées insupportables comme celle-ci.  Il traversa le pré qui se trouvait de l'autre côté pour rejoindre la route. Il songea d'abord à aller s'installer près du ruisseau qui coulait un peu plus loin et auprès duquel il trouvait régulièrement la paix - à défaut d'amis - mais deux pêcheurs s'étaient  accaparés sa place habituelle. Sans se démonter, Aru s'engouffra dans les bois pour remonter le cours d'eau et aller plus loin. Beaucoup plus loin... plus loin qu'il n'avait jamais été jusqu'à là à vrai dire. Ses jambes ralentirent la cadence lorsqu'il réalisa qu'à part le coulis de l'eau et le bruit de ses pas, tout était silencieux. Trop silencieux. Pas un piaillement, pas un bourdonnement, pas un battement d'ailes... rien. Il ressentit alors tout le poids du silence... et cette étrange atmosphère qui précédait habituellement les rencontres paranormales. Il fallait qu'il fasse demi-tour. Qu'il parte maintenant ! Le cœur battant, Arutha pivota sur ses deux jambes... pour se retrouver face à une jeune femme au teint cadavérique. Trop tard ! Il recula en pâlissant à son tour.

« Mignon. Petit. Garçon. »

« Laissez-moi tranquille ! »

« Tu es... tout seul ? »

« Allez vous-en ! »

« Moi aussi je suis seule... si seule... »

« J'm'en fous ! »

Elle tendit la main dans sa direction tandis qu'il continuait de reculer, toujours à la recherche d'un point de fuite. Son regard fut toutefois attiré par le bras qui s'allongeait vers lui... et s'allongeait encore. Et encore. Jusqu'à ressembler à un long spaghetti moisi. Sans réfléchir une seconde de plus, il déploya le parapluie vert brodé d'arabesques qu'il avait emporté avec lui ce matin en craignant la pluie. Mais loin d'arrêter le spectre, les doigts difformes s'accrochèrent à la toile imperméable.

« Viens avec moi.... avec moi...  »

Arutha hurla de toute la force de ses poumons en se retrouvant acculé contre un arbre. Il fallait que... que.... son regard se porta sur les branches basses du chêne. Jamais il n'y arriverait. Il allait mourir ici, comme un pleutre, les yeux trempés de larmes et ... et... et soudain les doigts disparurent dans un cri strident. Tout comme la voix livide sortie d'outre tombe. Arutha prit plusieurs longues inspirations avant d'oser baisser son pauvre bouclier en toile imperméable. A la place du spectre se tenait à présent un homme qui avait l'air bien vivant. Bizarrement vêtu certes, avec un costume vieillot et une étrange canne à tête de taureau dans la main droite mais vivant.

« Ca va ? » demanda-t-il d'une voix douce.

Aru hocha doucement la tête en continuant à le détailler de la tête aux pieds.

« Elle est partie. » confirma-t-il avec un sourire bienveillant.

« Comment ? »

« Je l'ai chassée. Il se trouve que j'ai quelques ressources particulières. » confia-t-il avec un clin d'oeil en frappant le sol de sa canne. Un souffle d'air s'en échappa, rapidement suivi par une onde transparente qui souleva branches, feuilles et poussière. Sous les yeux ébahis du jeune Kark, l'homme poursuivi : « Un peu comme toi pas vrai ? »

Arutha lui répondit par un nouveau hochement de tête silencieux.

« Je cherchais justement quelqu'un comme toi. Tu veux bien m'aider ? »

L'enfant déglutit bruyamment. Malgré sa récente frayeur et les circonstances actuelles, les instructions de son père lui martelaient le crâne avec violence : ne jamais accepter le moindre échange sans avoir au préalable discuter des conditions. " Tu dois savoir précisément ce que tu y gagnes et ce que tu y perds. " Relevant la tête, il s'efforça d'adopter une voix assurée :

« Vous aider pour quoi ? »

« J'ai besoin d'un objet mais il est quelque part où je ne peux pas aller. Il n'y a que les petits garçons comme toi qui peuvent y entrer. Tout ce que tu auras à faire c'est aller le chercher, revenir et me le donner. »

« Et qu'est ce que j'y gagnerai ? »

Son sauveur laissa échapper un rire franc.

« Ha ! Qu'est ce que tu y gagneras  ? Je viens juste de te débarrasser d'un fantôme. »

« Mais.... mais je ne vous l'ai pas demandé. » osa répondre Arutha d'un ton incertain. « Nous n'avons pas discuté des conditions avant. »

« Des conditions ? Ha ha ! Petit malin. Très bien, très bien. Qu'est ce que tu veux ? Un paquet de bonbons ? Trois tablettes de chocolat ? Un petit chien ? Donne moi ton prix. »

Aussi facilement ? C'était louche. Et puis d'abord, qu'est ce qu'il ferait de tout ça ? Bonbons, chocolat, animaux de compagnie... il pouvait tout avoir à condition d'obtenir des bonnes notes et de demander poliment à son père. Et les bonnes notes, il les avait. Les seuls fois où il avait ramené des C sur son bulletin scolaire c'était lorsque des spectres étaient venus le déranger en plein contrôle. Les spectres.... son regard se reposa sur la tête de taureau.

« Votre canne. »

« Tu veux ma canne ?! »

Etait-ce trop demandé ? Elle était sacrément belle, en plus d'être magique, et s'il ne s'agissait vraiment que d'aller chercher un objet, peut-être était-ce un trop grand prix à payer ? " Et si tu n'arrives pas à obtenir ce que tu veux, marchandes. " disait son père.

« Je vous donnerai mon parapluie en échange. » proposa-t-il en tendant l'objet devant lui.

L'homme s'esclaffa à nouveau puis tendit la main.

« Très bien. Si tu me ramènes l'objet, je considérerai cet échange. Marché conclu ? »

Arutha serra la main qu'on lui tendait avec un soulagement apparent.

« Où est l'objet que je dois aller chercher ? »

« Dans une grotte non loin d'ici. Je te garantis que tu ne trouveras ni spectre ni fantôme à l'intérieur. » Il esquissa un petit sourire en coin mais poursuivit aussitôt : « Tout ce que tu dois faire c'est aller dans cette grotte, trouver la porte et entrer. Il y aura quelque part à l'intérieur un petit miroir de poche dans un cade doré. Il faut que tu trouves ce miroir, que tu ressortes et que tu me le rapportes. »

« Et c'est tout ?  »

« Et c'est tout. Tu le prends, tu ressors et tu me le donnes. Surtout, tu ne t'arrêtes pas. Si tu entends le moindre bruit, la moindre voix, si tu vois qui ou quoi que ce soit qui essaie de te retenir, tu l'ignores. C'est très important ; ne parles à personne, ne touche à rien d'autre et ressors immédiatement. C'est bien compris ? »

« Compris. »

« Alors par ici. »

Il le guida jusqu'à la route à travers les bois. Lorsque l'homme ouvrit la portière de sa voiture, Arutha eu un nouveau moment d'hésitation.

« Ce sera plus rapide en voiture mais ça ne prendra qu'une dizaine de minutes. » promit l'inconnu.

Aru hocha du chef. Après tout, s'il avait vraiment voulu lui faire le moindre mal, il en aurait eu cent fois l'occasion depuis leur rencontre. Il grimpa dans le véhicule noir conduit par un chauffeur en costume. Comme la voiture de son père... encore un signe qu'il pouvait lui faire confiance, non ? Le trajet se déroula dans un silence presque inquiétant et le véhicule s'arrêta une dizaine de minutes plus tard comme annoncé. Lorsqu'il ouvrit la portière, Arutha se trouva face à un nouveau bois, plus sombre et plus feuillu. Dire qu'il n'éprouvait pas la moindre peur aurait été un mensonge éhonté mais il était trop tard pour reculer. Suivant l'inconnu, il se faufila entre les arbres pendant de longues minutes. Puis, l'homme s'arrêta.

« C'est là. » déclara-t-il en désignant un étroit chemin qui menait à un mur de pierre. En s'avançant, Arutha découvrit tout en bas un passage en forme d'arche, creusé à même la roche, qui semblait conduire à l'intérieur du sol. Il déglutit bruyamment en reculant. L'inconnu choisit cet instant pour faire tournoyer son précieux artefact.

« Ma canne et moi t'attendons sagement ici. N'oublie pas : tu dois ramener le petit miroir au cadre doré et ne parler à personne. »

« J'ai compris. » rétorqua fièrement le garçon de huit ans d'un ton agacé.

Cramponné à son fidèle parapluie, il prit le chemin qui menait à la grotte. Ce miroir, il allait le ramener. Et cette canne, il allait l'obtenir. Ensuite, il chasserait les spectres qui le poursuivaient. Plus rien ni personne ne le hanterait. Plus rien ni personne ne lui ferait peur. Ni se moquerait de lui. Car il n'y aurait plus de spectres, plus de fantômes et plus d'esprits. Non, plus de spectres.  " Plus jamais de spectres. " se répéta-t-il une dernière fois avant de franchir l'arche de pierre. Pendant quelques mètres, il avança dans l'obscurité. Une obscurité inquiétante qui lui donna presque envie de rebrousser chemin en courant.

« Plus de spectres. »  chuchota-t-il en resserrant ses phalanges autour du parapluie.

L'homme avait promis ; pas de fantôme ici. Il n'y avait rien à craindre. Rien à craindre du tout ! D'ailleurs, il y voyait déjà beaucoup mieux. Et pour cause, il y avait une étrange lueur au bout du chemin. Serait-ce le miroir ? Déjà ? Non ; la lumière était beaucoup trop douce pour provenir d'un objet magique. Presque... naturelle. Et soudain, au détour d'un coude, le jour apparu. Le jour avec un grand J, illuminant une clairière de toute beauté. Arutha relâcha la tension autour de son parapluie. Comment un tel miracle était-il possible ? Et comment est-ce qu'une maison, une simple maison de verre et de bois, pouvait se trouver là ? La curiosité l'emportant sur la peur, il s'approcha de l'édifice. Sur certains pans de murs, de larges surfaces reflétaient le paysage alentour... et son propre visage lorsqu'il l'en approcha. Un peu comme les vitres teintées d'une voiture V.I.P. Et comme avec ces vitres là, impossible de voir quoique ce soit au travers. Il fit prudemment le tour de la baraque jusqu'à trouver la porte. Une simple porte en chêne qui n'avait l'air de rien.

« Plus de spectres. » répéta-t-il en posant la main sur la poignée. « Plus de spectres. »

Ses doigts actionnèrent le mécanisme et la maison s'ouvrit sans un bruit. A part une lueur floue, il ne distinguait rien de l'intérieur. Le cœur battant, il se décida à franchir le seuil pour entrer dans la mystérieuse demeure. La porte se referma sans bruit dès qu'il eut relâché la poignée. Pendant une seconde, Arutha faillit faire demi-tour pour se précipiter à l'extérieur mais la raison l'interrompit dans son élan. Le miroir ; il ne devait ressortit qu'avec le miroir ! Serrant à nouveau le poing sur son parapluie, il pivota pour faire face au hall qui s'étalait sous ses yeux. C'était une maison sans meuble, sans lampe et sans la moindre décoration. Seules des bougies blanches trônaient le long des murs, sur chaque recoin, sur chaque marche d'escaliers et partout où l'on pouvait en poser une. Pas une goutte de cire n'était visible nulle part cela dit. " Des bougies magiques. " songea Arutha en s'avançant dans le couloir. Tout comme les escaliers sans doute. Ils étaient blancs, lisses, sans rambardes, incroyablement vides et très hauts. Si hauts qu'on ne voyait pas le sommet de certains. Lequel prendre ? Où aller ? Comme si la maison avait lu dans ses pensées, les bougies posées sur l'escalier à sa droite scintillèrent tout à coup. Par là. Bien. Il compta 66 marches avant d'arriver, légèrement essoufflé, au palier suivant. Et final. Dans la pièce blanche, une seule petite commode occupait l'espace. Et sur la commode...

Arutha s'avança prudemment en lançant des regards alentours. Il ne voyait personne, ni vivant ni mort. L'ennemi apparaîtrait-il au moment où il s'emparerait de l'objet tant convoité ? Le seul moyen de le savoir était de passer à l'action. Sans lâcher son parapluie vert, il avança la main. Plia et déplia les doigts. Enferma sa peur à double tour au fond de ses entrailles. Pria Dieu s'il existait de veiller sur lui. Et soudain, attrapa le miroir à pleine main. Arutha se fit presque mal en tournant brusquement la tête de gauche à droite. Le sang lui battait aux tempes, son cœur tambourinait contre sa cage thoracique mais il n'y avait rien. Rien et personne. " Ressors. " lui ordonna sa raison. Il avait le miroir, il était seul et rien ne l'empêchait de partir. Il ne pouvait que réussir désormais. Un peu plus confiant, il entreprit de redescendre les escaliers.


Dernière édition par Arutha L. Kark le Mer 28 Fév - 22:54, édité 1 fois
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Corvus Hunter
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MessageSujet: Re: Le commencement   Mer 21 Fév - 19:02

La balle rebondit sur les marches, sautant d'un vide à l'autre avant de taper dans le mur, ricocher de manière presque improbable sur différentes surfaces pour finalement finir une nouvelle fois dans la main qui l'avait lancée quelques instants auparavant. Pour repartir immédiatement dans un nouveau cycle de bonds et rebonds infini, sous le regard vide de son propriétaire. Combien de fois avait-il lancé cette misérable balle? Observé ses sauts aussi pathétiques que prévisibles? Un nombre incalculable de fois. 102689 fois pour être exact en fait. Puisque son esprit extraordinaire ne pouvait s'empêcher de savoir cela exactement. Un agacement de plus. Un goutte d'eau dans l'océan qui le retenait prisonnier. Dont il n'avait plus rien à faire depuis longtemps.

Un froissement dans l'air. La course de la balle s'arrêta net tandis qu'il fronçait les sourcils. Non impossible, c'était juste...impossible.

Et pourtant, irrémédiablement son cœur s'affola.

"Houla doucement. Ce n'est probablement rien. Un piaf tout au plus..."

Ce n'était pas comme si en presque 500 ans, pas même un oiseau n'avait pu pénétrer sa cage. Mais l'espoir n'était-elle pas la pire des tortures? Presque autant que cet ennui infini qui le rongeait depuis trop de temps.

Oscillant entre peur de la déception et stress de l'expectation, l'homme disparu en ne laissant qu'une fumée flottant à sa place. Pour réapparaître ailleurs dans la battisse. Observant son curieux petit visiteur. Avant de parler.

"Ça alors.. Hey gamin! Bienvenue chez moi, c'est sympa, non?!"

Un gosse. Un humain. Avec un sac à dos et un parapluie vert. Chez lui. Visiblement flippé. Le coin de ses lèvres se retroussèrent en un sourire carnassier. Facile, ce serait facile. Sa chance, probablement la seule avant plusieurs centaines d'années. La question n'était pas de savoir ce qu'il faisait ici, il en avait fichtrement rien à foutre en cet instant, mais bien de ne pas le laisser s'échapper. D'être certain qu'il s'agissait de la réalité et pas d'une de leurs fichues illusions à la con.

"Tu sais, c'est fort agréable de voir enfin quelqu'un par ici, je commençais sérieusement à m'ennuyer. Pour tout t'avouer je ne m'attendais pas à cette visite..." Il s'était rapproché de l'enfant, se courbant pour l'étudier de plus près, curieux malgré tout. Méfiant. "Qui es-tu? Comment es-tu entré?"

Le silence seul leur répondit, leurs deux silhouettes oscillants sous les lumières des bougies. Avant que le garçon ne se pince légèrement les lèvres, ne croisant pas une seule fois le regard de l'homme trop proche de lui et..continue son chemin en le frôlant presque. Presque. Faisant froncer les sourcils à l'ange déchu. Merde. Ne l'entendait-il pas? Ce serait bien sa veine...

"Hey le môme, tu as perdu ta langue?" Son ton s'était fait plus menaçant, rattrapant l'humain de quelques pas, l'empêchant de continuer en faisant tomber le mobilier juste devant lui. Au moins le gosse eu la bonté de sursauter. Sans pour autant lever le regard sur lui. Par Merlin.

Attrapant l'enfant par l'anse de son sac, il le souleva à hauteur d'yeux comme s'il n'était qu'un simple fétu de paille.

"Personne ne t'as assez bien élevé pour t'apprendre qu'entrer chez des inconnus étaient une mauvaise chose? Plus encore venir les mains vides? Une petite bouteille d'alcool par exemple, aurait pu apaiser mon courroux.."

Oh oui, de l'alcool. Du putain d'alcool doucereux et enivrant. Âpre. Liquoreux. Il soupira, réellement ennuyé.

"Si seulement il y avait de l'alcool au moins...J'aurais pu supporter un peu plus tout ça avec une bouteille, même de la plus mauvaise liqueur au point où j'en suis. Mais il n'y a que ce gamin sans intérêt...Tout juste un snack pour passer le temps."

Clairement déçu, tenant toujours l'enfant gigotant vaguement au bout de son bras, il observa ce dernier quelques instants avant de pester. Il avait légèrement changé de couleur lorsqu'il avait parlé de le rajouter à son dîner non? Pouvait-il l'espérer ou n'était-ce qu'un sursaut d'un être inférieur en situation incompréhensible pour lui?

"En même temps, pourquoi un simple petit humain pourrait me voir ou m'entendre hein?"

Les pieds d'Arutha retouchèrent alors le sol, le laissant légèrement dans le doute avant qu'il ne décide de reprendre sa marche vers la sortie. Laissant le propriétaire des lieux dubitatif. Cette chance devait-elle vraiment lui échapper aussi facilement? Ne devait-ce être véritablement que de quoi s'amuser quelques temps avant de s'en lasser, comme un chat avec sa souris?

De la main, il attrapa le parapluie qui dépassait du sac du gamin, l'en fit glisser en silence, le faisait tournoyer doucement.

"Il est possible que tu aies perdu ton parapluie, gamin..." susurra l'homme doucement. S'il ne l'entendait réellement pas, il ne se rendrait jamais compte de cette perte et cela scellerait son destin. Leurs destins. Par contre s'il y avait la moindre chance... Il se retournerait. L'aura de l'objet brillait clairement trop, témoignant de l'importance pour l'humain.

"Oh...oh..Mais quel petit comédien. Fourbe qui plus est."

L'enfant avait stoppé presque aussitôt sa marche, clairement hésité. Pour se retourner, poser son regard sur l'objet dans les mains de l'homme. Qui affichait un sourire satisfait. Il se rapprocha d'un pas leste, posant sa main sur l'épaule du garçon tout en le contournant pour se placer face à lui, claquant de la langue. Il était clair que le gamin n'en menait pas large. A raison probablement. Il était normal que sa puissance et son aura perturbe les sens de l'humain.

"Rien ne sert de le nier, tu m'entends clairement. A moins que je doive passer par d'autres méthodes? Humm? Non je ne pense pas..Alors..Au risque de me répéter..Pourquoi es-tu venu ici?"

L'enfant osa enfin lever les yeux, osant croiser son regard. Le faisant sourire d'une façon qui poussa Arutha a baisser aussitôt ses prunelles.

"Humm.." D'un bâton noueux dans la main, il ouvrit la veste de l'enfant, en révélant le petit miroir qui dépassait d'une poche intérieure. "Et voleur avec cela. Quelle éducation déplorable. On ne t'as jamais appris que voler le bien d'autrui était une mauvaise chose?"

"Je.."

"Oui? Tu as donc bien une langue..Comme quoi.."

"C'est une..fée..qui m'a demandé de venir. De lui rendre service. Je..ne savais pas que vous étiez là, sinon je n'aurais jamais agit ainsi!"

"Une fée?" L'homme arqua un sourcil. Quel être magique avait pu l'envoyer ici? Juste pour le miroir, ou pour l'aider? Ou le torturer davantage? Les possibilités étaient aussi multiples que limitées. "Et tu suis donc des fées aveuglement comme cela? Pour entrer chez les gens sur la pointe des pieds et leurs voler leurs maigres biens?"

"Je ne savais pas je ..." Reprit l'enfant dont le coeur battait férocement la chamade dans sa poitrine mais qui essayait de rester aussi calme que possible. Ne lui avait-on pas toujours apprit que l'insolence ne résolvait rien face à quelqu'un de plus puissant? Et puis l'homme en face de lui n'avait pas entièrement tort pour le coup.
D'un geste de la main, l'ange déchu lui intima le silence, pensif.

"A quoi ressemblait cette fameuse personne qui t'a envoyé ici?" Finalement, son plan continuait de se dessiner. Le piège ne pouvait que se refermer sur son innocente proie, non? Quelques mots du gamin suffirent à lui confirmer l'identité de cette fameuse..fée. Il en riait presque. En sourit au moins. Une fée, lui. La blague était presque assez bonne pour l'occuper plusieurs mois dans le vide de sa prison, s'il n'avait pas exactement la clef qu'il lui fallait pour en sortir.

"Et donc un gamin comme toi s'occupe de son sale travail... Il a toujours su s'entourer d'imbéciles sous-fifres."

"Je ne suis pas un sous-fifre! Au pire un collaborateur. Je travaille pas pour lui!"

"Ah bon?" S'inquiéta t-il faussement.

"Nous avons passé un marché." Affirma l'enfant en bombant le torse, visiblement fier de lui et d'exposer ce point à l'inconnu inquiétant, chassant ainsi un instant sa propre peur.

"Oh...un contrat. Je vois. Futé. Dans ce cas effectivement, si tu as écris un contrat avec cette fée, tu as bien fait petit."

"Un..un contrat?" Arutha était embrouillé. De quoi parlait-il? C'était..pareil non? Pourtant à ce instant, il revoyait son père crier au scandale pour des histoires de petites lignes dans des..contrats. Il...s'était fait avoir?

"Quoi? Pas de contrat en bonne et due forme? Humm...C'est dommage alors." Malgré le fin sourire de l'homme, sa sollicitude transpirait. Du moins l'enfant le crut-il aisément du haut de ses huit printemps.

"Vraiment? Il...avait l'air très sérieux pourtant..." L'inquiétude perçait clairement l'esprit du petit Kark qui se mit involontairement à se dandiner d'un pied à l'autre. Il avait fait un erreur? Pourtant il avait l'air puissant, et gentil. Et il avait accepté l'échange. Il avait fait fuir...le spectre. Si facilement. Arutha déglutit, posant un regard apeuré sur l'homme en face de lui, oubliant presque un instant qu'il avait violé sa demeure. Oubliant un instant la tenue sortie d'un autre temps qu'il arborait, l'étrange bâton digne d'un roman de fantasy, et le regard dérangeant. Le doute le rongeait, teintée d'une étincelle de colère que l'injustice faisait naître.

"Tu vas avoir de gros ennuis petit." Oh ça oui. Ce petit humain s'était fait avoir sur toute la ligne dès qu'il avait croisé la route de Nimrod. Et ne faisait bien sûr que continuer d'emprunter le même chemin.

"..Des..ennuis?"

"Hum hum..Dès que tu sortira d'ici, tu risques de ne pas aller très loin. Peut-être aura tu la chance d'entendre encore un oiseau chanter? Avant..que quelque chose d'autre ne te réduise au silence? Si jeune....Et si foutu. Pas de chance, hein?"

Penché sur l'enfant, parlant sur le ton de la confidence, il avait l'air réellement accaparé par le sort qui attendait l'humain.

"Le seul moyen de t'en sortir serait que je t'aide. Mais étant donné la situation, je ne suis pas sur que tu le mérites. Qui veut donner sa confiance à celui qui viole son intimité aussi impunément?"

Se redressant, croisant les bras sur son torse en une moue aussi amusée que faussement outrée, il fut ravit de voir sa petite proie mordre aussi rapidement à l'hameçon. La main de l'enfant attrapant l'étoffe de sa chemise de soie.

"Je..suis vraiment désolé Monsieur, je vous pris de me croire." Les yeux du gamin étaient noyés sous la peur et la détermination. Un mélange particulièrement détonnant et amusant. "Si vous pouvez vraiment m'aider, je vous en serai éternellement reconnaissant et..mon père..pourrait même vous remercier grassement." L'homme arqua un sourcil, faisant à peine mine de réfléchir à la situation.

"Rhaa..je n'ai jamais su résister à l'appel de l'innocence." Faux, il n'en avait absolument rien à faire."Bon allez, je suis d'humeur généreuse aujourd'hui et je n'avais de toute manière rien de bien extraordinaire de prévu." L'ironie le fit sourire et il gratifia le gamin d'un ébouriffage de cheveux faussement amical. L'espoir qui venait de poindre dans le regard presque rougit de l'enfant était d'un pathétique.."Par contre je ne vais clairement pas sortir ainsi...Le temps que je me change, éteins donc les bougies, que rien ne brûle pendant mon absence!" Et virevoltant sur place dans un mouvement de tissus, il s'éloigna du gamin. Parfait, tout était parfait. Juste quelques instants de plus et...

"Non."

Pardon? Était-ce parce qu'il n'avait pu s'empêcher de jeter un regard au gamin pour profiter de l'instant où ces foutues flammes mourraient enfin dans leur cire à la con? Un frisson lui parcouru l'échine.

"Comment ça non? Un gamin de ton âge doit être capable de faire ce genre de choses aussi simples non? Ou tu ne saurais qu'entrer discrètement chez les gens et les voler?"

Un peu de provocation, un sourire factice faussement léger sur les lèvres pour tâcher de faire comme si cet imprévu n'était rien, absolument rien.

"Non je sais faire. Mais... Et vous? Pourquoi ne le faites-vous pas vous-même?"

"Parce que je ne veux pas te faire perdre de temps et en profiter pour changer de tenue? Est-ce trop complexe pour ta petite cervelle?"

Merde. Ne pas froncer les sourcils, rester non-chaland. Ces années passées ici avaient-elles affecté sa capacité à se jouer des simples humains? Fichtre, il n'y avait pas pensé.

"Je vais vous attendre alors, vous voulez m'aider, je peux bien attendre un peu non? Et vous laisser éteindre vos bougies..."

Le cœur d'Arutha menaçait de s'enfuir de sa poitrine, il se sentait au bord d'une falaise énorme, et pourtant..pourtant..quelque chose lui disait qu'il avait raison. Le regard mauvais que l'homme magique lui renvoya en cet instant le lui confirma. Qu'il avait vu juste pour les bougies, après..peut-être pas pour sa vie.

"Petit con..Je t'offre la vie et tu refuses une tâche aussi simple?"

"Je...Vous ne pouvez vraiment pas les éteindre? Mais pourquoi, ce ne sont que des bougies!"

Bras croisés sur son torse, l'homme pouffa. Avant de désigner les cinq bougies les plus grosses qui trônaient sur la table.

"Elles me sont liées... Et me retiennent ici. Si tu veux que je sauve ta petite vie..."

Le sourire était éloquent. Tout comme les tatouages étranges représentant nœuds et chaînes sur l'épiderme du l'homme. Arutha les avait bien vus plus tôt, mais difficile d'être accaparé par un détail quand l'entité face à vous toute entière semblait capable de vous rayer de la carte en un claquement de doigt. Un faible petit sourire naquit sur ses lèvres.

"Vous avez besoin de mon aide. De moi."

"Humm..oui c'est possible, tout comme tu as désespérément besoin de ma protection, petit humain. C'est amusant, non?"

Un vague haussement d'épaule un peu plus tendu qu'il ne l'aurait voulu. Allait-il devoir supplier le gamin de l'aider? Un acte pathétique qui ne serait qu'un détail dans cette situation. Si cela lui permettait enfin de quitter cet horrible endroit, il n'en avait que faire.

"Alors éteins ces bougies et n'en parlons plus."

"Non." L'entité roula des yeux, s’apprêtant à parler, coupé par la petite voix fluette mais posée de l'enfant."Faisons un marché..Un contrat." Corrigea t-il avec son enfantine assurance.

"Tss...Tu ne perds pas le Nord toi. Mais j'aime ça."Un sourire amusé étirant ses lèvres fines, l'homme attrapa une chaise non lui et s'y affala. "Alors je t'écoute petit homme, que veux-tu en échange de tes extraordinaires talents d'éteigneur de bougie? Hum?"

Il en était proche. Une simple promesse à ce gosse et pffiouf, il serait dehors. Il lui en serait presque reconnaissant tien, presque.

"Je..Protégez-moi." L'homme arqua un sourcil, invitant l'enfant qui semblait à nouveau mal-à-l'aise à poursuivre. C'était bien l'idée à la base, lui promettre une protection contre Nimrod et sa dernière magouille. Mais le regard du gosse était tout d'un coup plus sérieux encore. "Je..vois des choses. Effrayantes. Souvent. Protégez moi en!"

"Ah. C'est donc pour ça que tu es ici. Tout s'explique." Il croisa les jambes, s'adossant davantage à la chaise. "Le pauvre petit humain voit ce qu'il ne devrait pas voir. Des revenants?" L'enfant acquiesça, même si son regard révélait clairement que le ton faussement empathique et légèrement moqueur de l'homme le vexait. Qu'il s'accrochait à cette promesse extraordinaire de protection à venir. "Des spectres. Des démons sûrement aussi..."

S'étirant avec délectation, il se pencha à nouveau vers le petit Kark.

"La vie n'est pas tendre avec toi, petit humain..."

L'enfant secoua la tête en silence, incapable d'en dire plus, ses souvenirs remontant. Toutes ces fois, tous ces monstres...

"Quel est ton nom, gamin?"

"Arutha Liam Kark..." Murmura t-il d'un petite voix un peu trop éraillée à son goût. Il s'était sentit obligé de déclamé son nom en entier.

"Arutha Liam Kark.." répéta l'homme face à lui d'un air pensif. "Je suis le Grand Sage, celui dont les murmures courent au Paradis, Corvus Hunter" Annonça t-il avec sérieux et fierté. Une phrase qui s'inscrirait avec force dans l'esprit du jeune humain.

"Lorsque tu sera en danger, que tu sentira ton cœur te serrer d'effroi, si tu appelles mon nom, je serai là et je te protégerai."

Se passant la langue sur les lèvres, Arutha se retint de sourire bêtement, ne pouvant croire la chance qu'il avait enfin après tant d'années d'horreur. Un être comme ça accourant à sa rescousse dès qu'il en avait besoin! Un peu plus et il en pleurerait de joie. Mais il avait huit ans et il était face à...Quelque chose de puissant. Il devait se contenir.

"Alors nous avons un contrat." confirma t-il malgré tout d'une petite voix, avisant la paume tendue du fameux Corvus. Et y glissant la sienne, si petite, dessus.

Un léger éclat lumineux se dessina tandis que les deux épidermes se frôlaient, une sensation de chaleur indescriptible gagna la main de l'enfant, avant qu'une bulle étrange ne naisse du creux de la main de l'entité magique, symbole du contrat passé.

D'un geste, l'homme renferma la promesse ainsi faite dans sa main et se redressa de toute sa taille. Les promesses faites aux humains n'étaient jamais anodines, mais là question n'était actuellement pas là.

"Maintenant que nous sommes d'accord...Éteins moi ces satanées bougies...Éloignes ces fichues Montagnes de Marbre de moi et allons nous-en."

A quelques secondes de sa liberté tant souhaitée, Corvus se sentait bouillir d'impatience. De peur aussi. Chaque instant comptait dorénavant. Chaque instant pouvait se retourner contre lui et empêcher le gamin d'agir. De le libérer. Rester calme était une torture.

Et pourtant la première flamme fut enfin soufflée par l'enfant, entraînant un picotement aussi douloureux qu'incroyablement salvateur sur la peau de l'ange déchu. Le premier tatouage disparaissait en même temps que la fumée.

"Oui...Continue."

Une deuxième flamme fut réduite à néant, une autre chaîne quitta son épiderme. Il avait d'ores et déja l'impression de sentir à nouveau le vent courir sur sa peau, l'odeur du monde extérieur.

"Ce..n'est pas dangereux?" s'arrêtant dans sa mission, le petit Kark observa l'homme et son sourire aussi carnassier qu'éreinté. Semblant s'enquérir enfin des conséquences de ce qu'il faisait.

"Non non non...Fais-moi confiance, petit Kark... Sauf si tu veux annuler ton contrat?"

"Non." Clairement pas. L'enfant se déplaça pour atteindre la bougie suivant et la souffler à son tour. Un autre tatouage disparu dans une petite fumée noire et dorée. Le suivant se désagrégea juste après. Ne restait plus que celui entourant son cou, le plus puissant, le dernier rempart...

Le soupire de soulagement presque extatique de Corvus s'étira quelques instants avant qu'un sourire assuré et carnassier ne le remplace. Rapidement transformé en rire satisfait tandis qu'il se mouvait avec une aisance nouvelle, libéré du poids de ses chaînes. D'un geste il fit glisser le bâton vers l'avant de sa main, l'objet tournoyant et brassant tout ce qui se trouvait sur son chemin, sans jamais rien briser. Les bougies, les chandeliers, les bibelots disparurent, les murs et la maison entière suivirent leur chemin vers le néant à chaque mouvement de l'homme, riant toujours.

Jusqu'à ce que plus rien n'existe du lieu qui le retenait prisonnier quelques secondes encore auparavant.

Les deux silhouettes se tenaient dorénavant seules dans une immense clairière aussi verte qu’ensoleillée.

L'homme écarta les bras, fermant les yeux comme pour en savourer l'extase qui lui avait tant manqué.

"Libre...je suis libre..Ah ah ah! Enfin! Le grand, le seul et unique Corvus Hunter est libre! Cette fichue prison à la con ne me retiendra plus!"

Même l'herbe, cette pathétique paillasse sans importance lui avait manqué et il en savourait le moelleux sous ses pieds, se pencha pour en caresser les bruns, sentir la vie et l'humidité sous ses doigts. Enfin.

Il lui fallait fêter ça. Avec de l'alcool. Beaucoup d'alcool. Et des corps aussi flous qu'échauffés.

Se sentant revivre, il reposa son regard sur l'enfant qui semblait presque plus étonné que lui de la disparition de cette fichue baraque et gloussa. Il aurait presque eu pitié du gamin, presque...

"Je t'aurais bien proposé de m'accompagner pour boire et baiser, mais même pour ma propre éthique, tu es trop jeune. Dommage hein?"

Un grand sourire sur le visage, il papata l'enfant une dernière fois et s'apprêta à partir sur ces bons mots. Il n'avait déja que trop perdu de temps...

La sensation d'une main sur son poignet le retint, lui arrachant un grognement agacé.

"Quoi?!"

"Vous..Vous ne pouvez pas partir comme ça, vous n'avez pas le droit!"

"Ah, et pourquoi donc?" Mains sur les hanches, sourcil arqué en une moue aussi provocante que moqueuse, l'homme toisa l'enfant de toute sa hauteur. Mais Arutha ne se débina pas, reprenant la parole d'une petite voix rauque.

"Nous avons un contrat! Vous...vous devez me protéger."

"Hum..C'est vrai. Le contrat. J'ai passé un contrat avec toi..." Ce détail gênant avait presque été oublié par l'entité. Mais au final, c'était mieux que le gosse le lui rappel à temps, non? Brave petit humain naïf.

" Vous.." Le doute s'instillait dans l'esprit d'Arutha. Vu la puissance de cet..homme..Peut-être pouvait-il juste rire à nouveau et ne jamais répondre? Il n'y connaissait rien à ce genre de chose lui! Juste aux spectres ricanants qui lui fichaient la frousse, mais rien de plus! Ce Corvus Hunter n'était absolument pas comparable! "Emmenez-moi dans un lieu sûr. Puis nous irons chez ma tante, je...je vous la présenterai, je pense qu'il le faut." Continua t-il, s'engouffrant dans le maigre silence de l'autre, se forçant à l'assurance pour écraser le doute et la peur. Son père disait toujours que plus on se montrait fort, plus les autres nous croyaient fort et ne pouvaient qu'obéir.
D'ailleurs il devrait aussi composer avec lui. Mais avant, il serait sûrement aisé de convaincre sa chère Tante de le garder quelques jours avec lui, elle, elle l'aiderait à trouver quoi faire ensuite. Tout irait mieux maintenant de toute manière, avec un protecteur comme cette ..personne. Forcément.

Pourtant lorsque l'homme détacha la main d'Arutha de son poignet, doigt après doigt, avec un sourire mauvais, il eut un pressentiment.

"Vous..vous défilez?"

"J'ai cru voir que tu étais un gamin plutôt intelligent..."

Un bref ricanement, un sourire dévoilant ses dents, en face, Arutha dégluti.

"Tu dois savoir ce qu'est une prison..Le type de personne qui y sont envoyées, non?"

"Oui... Des méchants."

"Tout à fait. Penses-tu que je suis quoi de mon côté, pour avoir subit ce type d'emprisonnement? Humm?"

Son rictus s'agrandit, plus sombre et mauvais.

"Je..Quelqu'un d'innocent victime d'un mauvais avocat?" Tenta le gamin, ayant déja entendu ça à la télé et dans la bouche de certains proches. Ce qui eu le mérite de faire rire l'homme en face de lui.

"Tu es mignon... Mais je n'ai pas eu d'avocat à par moi-même, puisque ceux qui m'ont jugé et décidé de ma sentence valent bien plus que tes petits juges. Et je ne suis clairement pas innocent, petit." Croisant les bras, il se redressa et reprit la parole. " Je suis une très très mauvaise personne. Extreeemement mauvais même."

Qui n'aurait aucun scrupule à laisser pourrir ce gosse dans sa petite vie humaine limitée et sans intérêt.

"Du coup... Vous n'allez pas respecter le contrat?"

"Humm..Malheureusement un contrat avec un humain est quelque chose de relativement chiant et puissant. Le genre de truc vraiment difficile à rompre."

De belles paroles qui étrangement, ne soulagèrent pas le Kark qui préféra se contenter d'attendre la suite avant de se réjouir.

"D'après le notre, si tu m'appelles il me faudra venir ton protéger..Mais..Petit Arutha Liam Kark, t'en souviens tu?"

"Évidemment!" Son petit cœur tambourinait à nouveau dans sa cage thoracique, percevant l'importance de l'instant. "Vous êtes.."

Un claquement de doigt, une pâle lumière et un vide aussi doucereux qu'étrange. L'enfant fut incapable de finir sa phrase, ouvrant grands les yeux d'étonnement. Comment..Comment pouvait-il oublier ça?
La gorge sèche, il observa une petite perle de lumière dorée quitter sa tempe pour flotter doucement, passer devant ses yeux bruns, devant le visage amusé de Corvus avant que ce dernier ne l'attrape entre ses doigts.

"Je..vous êtes..vous êtes.. C'est de votre faute ?!" Une question autant qu'un appel au secours. Il ne devait pas pleurer, il..

"Tss... Chouiner ne changera rien, petit humain. Tu ne te souviens effectivement pas de mon nom puisque je l'ai pris.."

D'un geste, Arutha essaya d'attraper la petite sphère, sentant qu'il devait tenter le tout pour le tout, pour n'attraper que le vide, récoltant un ricanement de la part de l'homme qui avait esquivé sans soucis. Pour faire un clin d'oeil au gamin juste avant de souffler sur la bulle, la faisant s'élever, flotter, vers le haut. Plus haut. Trop haut malgré les bonds désespérés de l'enfant.

"Pffiou, disparus! Dis-leur au revoir, gamin."

"Con..Connard..Vous n'êtes qu'un sale conn.."

"Chuuut.. Ce genre de mots est très vilain dans la bouche d'un enfant. Je t'ai assez entendu piailler à mes oreilles." Et Arutha ne put plus dire un mot de plus, ouvrant la bouche comme une carpe hors de son étang.

"Je t'avais prévenu..Un peu tard, je l'avoue, mais je t'avais prévenu.."

Il lui ébouriffa les cheveux avant de se pencher, sur le ton de la confidence.

"Et puis j'ai une autre mauvaise pour toi dans la foulée... Tu sera puni pour m'avoir libéré."

Un haussement d'épaules. C'était pas cool pour le gosse, mais était-ce sa faute si la haut ils n'avaient aucun problème à punir d'innocents enfants pour une erreur aussi normale?

"Oh rien de trop grave..je pense. Tu devrais survivre..probablement." rajouta t-il avec nonchalance sous le regard horrifié de l'humain."Bon sur ce... Je vais y aller, j'ai à faire, j'ai manqué à ce monde autant qu'il m'a manqué!"

Si le petit Kark esquissa un pas en arrière alors que Corvus Hunter avançait sa main vers lui, ce ne fut pas suffisant pour l'empêcher d'ouvrir sa veste et d'y prendre le miroir. Le fameux miroir à l'origine de cette rencontre. Refermant la veste de l'enfant avec un petit sourire presque bienveillant.

"Allez, tâche de survivre, on ne sait jamais! Et puis nous avons une promesse tous les deux, si tu m'appelles, je viendrais..Dommage que tu en sois incapable, non?" Termina t-il d'un clin d’œil, avant de tourner le dos à l'enfant, d'ouvrir le miroir et de se dématérialiser dans un étrange jeu de lumière.

Laissant un Arutha Kark qui semblait fait de marbre, les poings serrés, tremblant de tout son corps, les larmes commençant à apparaître au coin de ses yeux.

Quelques instant de plus le firent s'écrouler dans l'herbe, tâchant son pantalon dont il n'avait en cet instant que faire. Il tapa rageusement dans le sol, jusqu'à s'en abîmer la peau, les larmes coulant abondamment sur ses joues rebondies, accompagnant ses geignements.

Difficilement de savoir qui de la peur ou de la colère était la plus forte en cet instant.

Il se relèverait plus tard oui..Juste un peu plus tard.

L'autre lui avait dit qu'il avait une chance de survivre, non? Peut-être pourrait-il même réussir à retrouver son nom. Il était un garçon intelligent et plein de ressources. Il devait le croire. Oui il voulait le croire.
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