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 Pour un cliché de trop

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Arutha L. Kark
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Date d'inscription : 28/03/2015

MessageSujet: Pour un cliché de trop   Jeu 12 Mai - 13:31


Qu'on soit clair : je ne suis pas le genre d'homme à angoisser à la vue d'un cadavre. Après le "décès" de mon père, j'ai appris à me méfier de ce qui avait l'air d'être mort. Et de tout ce qui a l'air grave de manière générale. Par exemple, la chute en balai d'Amaranth la semaine dernière m'a tout juste arraché un soupir agacé. C'est à se demander de qui il tient ça... pas de moi en tout cas. Jamais je ne suis tombé de mon balai ! Enfin, jamais aussi bêtement. Encore moins suivi d'un séjour forcé à Ste Mangouste. Evidemment, ce n'était rien de grave mais sa mère tenait à ce qu'il soit observé par les meilleurs médicomages. Merlin, je n'imagine pas sa réaction si notre fils finissait dans cet état....
Son visage est couvert ecchymoses et je devine à l'état de ses vêtements que le reste de son corps ne doit pas être dans un meilleur état. J'imagine qu'il a encore manqué une occasion de tenir sa langue. Corvus... Il a l'air tellement... pitoyable.

« Il est vivant ? »

Je me force à détacher mon regard de mon ami pour hocher du chef. S'il savait que je l'observe de la sorte, étendu dans la poussière comme n'importe quel premier vagabond sang-mêlé, il n'apprécierait pas du tout. Mais j'ai besoin de l'observer. J'ai besoin de comprendre et de mémoriser chaque détail, pour mieux leur rendre chaque coup au centuple lorsque je leur mettrai la main dessus. Et je les aurais. C'est une certitude. Comme le fait que contrairement à lui, je ne leur laisserai pas l'occasion de s'en remettre. Carter Lannister a raison : il est temps de s'activer. Serrant le poing sur mon arme, je la pointe sur son torse.

« Enervatum. »

Sa poitrine se soulève doucement lorsque ses poumons engouffrent leur première bouffée d'air depuis des heures. Lèvres pincées, j'attends avec inquiétude qu'il esquisse un geste. Et soudain, il remue. Sa tête oscille doucement avant qu'il ne trouve la force d'ouvrir les yeux, très lentement. Je ne peux retenir un soupir soulagé. Même s'il était en vie, Merlin sait quel sortilège ils auraient pu lui lancer. Son regard flou vagabonde sans but dans la pièce avant de se fixer sur le mien. Ses pupilles s'éclaircissent et soudain, il émet un bruit rauque. Avant que je n'aie le temps de réagir, il se propulse violemment en arrière de ses deux jambes.

« Hey ! Ils sont partis ! », j'annonce précipitamment en tendant le bras gauche, autant pour le rassurer que pour interdire à mes trois acolytes d'approcher.

Etrangement, la nouvelle ne semble pas lui faire le moindre effet. L'air terrifié, il observe tour à tour Lannister, Rowle et Goyle.

« Tu as de la chance d'être en vie... », je commente plus froidement. « Tu devrais être mort. »

Dans ses yeux, une lueur de rage se mêle à la panique. Je suppose que ses souvenirs sont en train de refaire surface... et qu'ils ne lui plaisent pas beaucoup. Tu m'étonnes ! Il n'empêche que je préférais avoir cette discussion avec lui en privé, dans un premier temps. Baissant le bras, je fais un pas pour m'avancer vers lui lorsque soudain, il semble retrouver la parole.

« Tu es venu en meute petit Kark ? », crache Corvus d'une voix chargée de.... haine ?

Je recule d'un pas, les sourcils levés aussi hauts que possible. Du coin de l'oeil, j'aperçois un mouvement de Carter et de Lavinia Goyle.

« ... quoi ? »

Mon meilleur ami et bras droit me toise de haut en bas sans perdre, semble-t-il, de sa fureur.

« Tu as perdu ce qui te servait de couilles en même temps que ton père ? »

« Comment oses-tu ?! »

Sur ma gauche, Carter projette son bras devant Goyle pour l'empêcher d'attaquer.

« N'interviens pas. », ordonne-t-il fermement.

Dans d'autres circonstances je lui en serais reconnaissant mais pour l'heure, je suis trop estomaqué pour lui prodiguer les remerciements mérités. Aussi taquin qu'il soit, Corvus ne s'est jamais permis de m'insulter de la sorte en public. Même lorsqu'il est en parfait désaccord avec moi, il garde ses traits les plus sanguinaires pour nos entretiens privés. Est-ce qu'il m'en veut à ce point ? Est-ce qu'il me rend coupable de ce qu'il lui est arrivé ? C'est vrai qu'il doit sa capture au rôle qu'il occupe, autant sur le plan professionnel que dans notre vie privé mais...

« J'ai fais de mon mieux ! », je m'agace.

Tout à coup, il ouvre la bouche pour en sortir un grand rire froid. Cruel. Fou.

« Tu es pathétique ! Tu crois vraiment qu'ils ne se douteraient de rien ? »

« Se douter de quoi ?! », je m'énerve sans même savoir qui sont ces "ils".

« A moins que t'aies l'intention de tuer tout le monde !? »,continue-t-il d'un ton de plus en plus venimeux.

« On a tué pour sauver ton royal derrière. », fait remarquer froidement Lannister.

Corvus me dévisage à nouveau avec un rictus mauvais.

« Quel roi ? Tu ne vaux plus rien ! Si tu me fais disparaître ici ils remonteront jusqu'à toi et personne ne saura là pour te protéger. »

Hein ?! Pourquoi est-ce que je .... Et soudain, la lumière se fait. Rowle, d'habitude si discret, ouvre pour la première fois la bouche pour formuler ma pensée.

« Un sortilège de confusion. »

« Merci d'être là pour énoncer les évidences ! », commente Carter plein d'ironie. « Il est peut-être dangereux.... »

Mais je suis trop furieux pour prêter la moindre attention à leurs palabres. Nom d'une putain de veracrasse puante ! Ils ont osé ! Ils ont osé essayer de retourner MON bras droit, mon ami, contre moi ! Je sens malgré moi une expression de fureur mêlée de haine prendre possession de mon visage. Et soudain, l'air désespéré, Corvus se soulève dans l'intention apparente de bondir sur moi. Les deux rayons rouges le frappent avant que je n'ai eu le temps d'ouvrir la bouche. Je ne peux qu'assister à sa chute brutale, parfaitement inconscient.

« QUI VOUS A ORDONNE DE TIRER BORDEL DE SCROUTT ?! »

Je me retourne rageusement pour faire face à Rowle et Goyle, qui ont encore la baguette pointée sur mon ami.

« Il allait vous attaquer. », tente piteusement de se justifier Lavinia.

« AVEC QUOI ? Tu me crois incapable de me défendre face à un sorcier sans baguette ?! »

Elle baisse silencieusement la tête en guise de réponse. Scroutt ! Comme s'il n'était pas dans un état assez lamentable ! Je me penche avec inquiétude sur mon ami puis fait signe à Carter de s'approcher.

« Emmenez-le à Ste Mangouste. Je vous garantie que vous subirez chacune des blessures que vous lui infligerez en chemin, et pire encore. »

« Nous le traiterons comme notre propre corps. », déclare solennellement Lannister.

Je lui lance un regard noir qui suffit à lui faire comprendre le message. Je ne suis pas d'humeur à supporter le léchage de bottes. Il incline poliment la tête puis lance un sortilège de lévitation avec Rowle. Je regarde mon ami s'éloigner le coeur lourd. Merlin... dans quel pétrin est-ce que je viens encore d'atterrir ? Car si je me fie à son attitude, ses phrases et mon intuition, c'est plus qu'un simple sortilège de confusion. Si j'ai raison, l'esprit de Corvus n'a pas subit qu'un chamboulement ; il a voyagé dans le temps. Et plus exactement, en décembre 2020.

Rowle:
 

Goyle:
 


Dernière édition par Arutha L. Kark le Mer 18 Mai - 16:01, édité 2 fois
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Arutha L. Kark
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MessageSujet: Re: Pour un cliché de trop   Ven 13 Mai - 9:36


« Et... Carter ? »

Mon secrétaire d'état tourne les talons à une vitesse étourdissante pour me faire de nouveau face.

« Oui ? »

« Dis à Elvira Fawley de trouver un créneau pour les journalistes. »

Un sourire teinté de fierté se dessine aussitôt sur son visage.

« C'est déjà fait. », annonce-t-il en relevant subtilement le menton. J'arbore une expression mi-satisfaite mi-amusée. J'aurais dû me douter qu'il prendrait l'initiative de s'en charger.

« Elle les a convoqué à 15h30 dans la salle Lestrange. »

Mon sourire s'efface aussitôt. Et Scroutt ! Ca ne va pas.... Ca ne va pas du tout ! Mon mécontentement ne passe pas inaperçu aux yeux de mon employé, qui s'empresse de s'excuser platement.

« Je suis désolé. Je vais lui donner l'ordre de les recontacter immédiatement. Quel horaire puis-je.... »

« Non. »

Ses sourcils se froncent tandis que ses traits manifestent une incompréhension polie.

« Pardon ? »

Je pousse un long soupir en scrutant profondément mon interlocuteur. Le devoir m'imposait d'expliquer personnellement la situation à la famille Hunter et à sa femme. Sans parler du fait qu'Aquila et Esmée aurait défoncé ma porte si j'avais refusé de leur parler en face à face... mais les journalistes, je ne leur dois rien. Evidemment, ils n'ont pas manqué l'arrivée du Président du Magenmagot à Ste Mangouste et exigent qu'on leur donne des réponses. Mais je n'ai pas de temps à leur accorder. Pas aujourd'hui en tout cas. Et plus j'attendrai, plus les rumeurs circuleront.

« Je te confie la conférence de presse. »

Une lueur de surprise mêlée de fierté illumine le regard de mon employé.

« Bien sûr. », s'enthousiasme-t-il sans discuter. « Est-ce que... »

« Non, je te fais confiance pour dire ce qu'il faut et taire ce qu'il faut passer sous silence. Je serais absent toute la journée. », j'ajoute en me levant à mon tour. « Envoie-moi le compte rendu ce soir avant la publication de La Gazette. »

« Ce sera fait. Bonne journée monsieur Kark. »

Monsieur Kark... je le regarde effectuer son petit mouvement de tête poli avant de sortir de mon bureau. Quel spécimen ! Aussi courtois que Corvus est insolent. Cela fait plus de dix ans qu'on se côtoie et Carter persiste à me donner du « Mr Kark. » au bureau. Ce n'est qu'en dehors des murs du ministère qu'il consent à m'appeler Arutha. Au début je trouvais ça étrange mais finalement, j'aime bien. Ca me change de Hunter... à cette pensée, mon humeur retombe six pieds sous terre. Il est plus que temps que je prenne le dragon par les cornes.

La gorge serrée, je prends une poignée de poudre verte et lance un incendio dans la cheminée. Dire que je n'ai pas envie de traverser ce mur de flammes serait un euphémisme mais plus de 30 heures se sont écoulées depuis la découverte de Corvus et attendre plus longtemps serait risqué. Pour ne pas dire lâche... Hansen m'a confirmé ce midi qu'il était en état de discuter et je n'ai donc plus aucune excuse pour repousser ce calvaire.

« Quand il faut y aller... Manoir d'Aquila Hunter ! »

Je baisse la tête et m'engouffre dans l'âtre en pierre. L'instant d'après, je sens mes pieds quitter le sol et mon corps vriller. Dû à ma rigidité, l'atterrissage est plus maladroit que d'habitude et j'émets un petit grognement de douleur. Heureusement, le seul spectateur est un elfe de maison gâteux. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir prévenu Aquila de mon arrivée. Croyez-vous qu'il se serait déplacé pour m'accueillir ? Non, bien sûr ! .... il est probablement aux côtés de son frère, je réalise soudain avec un pincement au coeur.

« Monsieur Kark. », me salue la créature en s'inclinant jusqu'au sol. « Suivez-moi monsieur Kark. »

J'emboîte le pas au domestique, le poing nerveusement serré sur la baguette au fond de ma poche. Il toque à une porte en chêne cirée et mon coeur se terre un peu plus profondément dans ma poitrine. Les bruits de pas sont rapidement suivis du cliquetis de la poignée. Beaucoup trop rapidement à mon goût, le visage d'Aquila apparaît sur le pas de la porte.

Nos regards n'attendent pas une demi-seconde avant de se défier en duel. Aussi noirs et vindicatifs l'un que l'autre, on se dévisage un long moment avant qu'il ne daigne s'écarter, sans me lâcher des yeux. Dans d'autres circonstances, avec une autre personne, je me serais peut être excusé de la responsabilité que je porte dans l'agression de son frère. Mais il est hors de question que je plie devant lui. Si je le fais, il en profitera pour appuyer jusqu'à ce que je tombe à terre. Il a toujours rêvé de le faire et il ne laisserait certainement pas passer l'occasion. Alors non.

Je veux bien reconnaître qu'il existe un lien entre notre relation et cette attaque mais je ne m'en excuserai pas. Pas à lui tout au moins. J'entre dans la pièce la tête haute, prêt à assumer ma responsabilité et à réparer ce qui peut l'être. En guise de réponse, le jeune Hunter claque la porte derrière moi puis me devance. Nous traversons le vestibule jusqu'à l'angle qui - je le devine - débouche sur la pièce principale. La mâchoire serrée, je m'apprête à y entrer lorsque le bras d'Aquila se met en travers de mon chemin.

« Deux mots Kark. Comme tu le sais, Esmé et moi lui avons dis ce que nous savons parce qu'il ne mérite pas ça. »

Sans quoi tu te serais fais une joie de lui laisser croire qu'il n'a effectivement jamais cessé de me haïr ! Oui, oui, je sais, merci bien !

« Mais on ne sait pas tout. », ajoute-t-il d'un ton glacial.

Je roule des yeux à l'accusation répétée de dissimulation qu'il porte contre moi. Non, je ne sais pas - encore - qui a monté le coup et comment les choses se sont déroulées. Qu'est ce qu'il veut que je fasse ? Que je lui invente une histoire crédible et que j'arrête tous les clampins qui ont l'air louches ? Merlin, ça en ferait du monde...

« J'assisterai donc à toute votre discussion. »

Je n'essaie pas de dissimuler ma grimace de mécontentement. Je m'y attendais mais ça m'emmerde quand même. Il y a beaucoup de sujets que je ne pourrais pas aborder en présence d'Aquila. Frère ou pas frère de mon meilleur ami, je ne lui fais pas assez confiance pour lui divulguer certains secrets qui auraient pourtant été très utiles dans ma manœuvre de rafraîchissement de mémoire.... tant pis.

« Bien sûr, je n'en attendais pas moins de toi. », je rétorque avec mon sourire le plus hypocrite.

Et sans attendre son consentement, je contourne son bras pour m'avancer dans la pièce. Mais je heurte un mur invisible lorsque j'aperçois sa silhouette. Pour un étranger, les vêtements propres et les cheveux bien coupés auraient peut être suffit à créer l'illusion mais pas pour moi. Même de dos, j'arrive à voir qu'il est beaucoup plus maigre qu'avant sa disparition. Et pourtant, je sais qu'Hansen lui a administré plusieurs potions.
Je ne peux m'empêcher de déglutir tandis qu'Aquila me dépasse avec un air mauvais.

« Allons Kark, ne sois pas timide. »

La moquerie me redonne le peu de courage nécessaire pour faire les derniers pas menant jusqu'à son fauteuil. La gorge serrée et la langue pâteuse. Je croyais savoir à quoi m'attendre mais finalement.... tout est comme l'été 2021, quand j'ai essayé de regagner son amitié et que je me suis enfoncé à l'aveuglette dans l'antre du dragon en espérant en ressortir vivant. C'est probablement la partie de poker la plus risquée de mon année. Le grand bond... dans le passé.

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Arutha L. Kark
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MessageSujet: Re: Pour un cliché de trop   Lun 16 Mai - 9:38


Aquila s'installe confortablement sur la gauche de son frère et pose un bras rassurant sur le sien. Corvus ne bronche pas, ce qui, sans pouvoir me l'expliquer, m'agace légèrement.

« Ton visiteur est là. », annonce Aquila d'une voix douce.

Je contourne le fauteuil à la vitesse d'un Etoile Filante 1 en décélération. Mes yeux s'arrêtent malgré moi sur sa main, posée en évidence sur l'accoudoir. Nathaniel Hansen ayant bien fait son travail, plus aucune cicatrice n'est visible. Pourtant, j'ai encore l'impression de voir chaque entaille, chaque bleu et chaque tâche de sang qui maculait sa peau le soir où je l'ai trouvé. Mon regard suit la courbe de son bras à mesure que mes jambes me poussent en avant. Il glisse sur la couverture prune, bordée de filament dorés, qui recouvre ses maigres épaules puis rencontre son visage. Son menton où une cicatrice a résisté à la magie, ses lèvres sèches et... ses yeux.

Son regard me cloue sur place. Froid. Accusateur. Mais surtout si... terne. Comme celui d'un vieillard usé par le temps. Je suis soudain incapable d'en détacher les yeux. Ou de dire un mot. Je ne peux que supplier mon cerveau de me présenter ma première phrase sur un plateau d'argent. « Comment vas-tu ? » ? « Désolé. » ? Peut être « Je suis heureux de te voir en vie » tout simplement. Mes lèvres tremblent dans un effort monumental pour débloquer la situation.

« Assis. »

Sa voix rauque semble sortir du fin fond de son estomac. J'en suis désemparé au point de ne pas relever ce qu'il vient de dire.

« C'est bien comme ça qu'il t'a appris à t'asseoir poliment ? », reprend-t-il sur le même ton glacial et cynique.

La phrase fait lentement son chemin jusqu'à mon cerveau. Cette fois-ci, elle y pénètre aisément et réactive toutes mes fonctions. Faisant disparaître cette expression de surprise abrutie, je me redresse toute ma hauteur avant de daigner m’asseoir dignement dans le fauteuil sur sa droite.

« Je suis content de te voir... », je commence à déclamer avant de m'interrompre pour retenir de justesse les deux derniers mots. « en vie ». Finalement, ce n'est peut être pas une bonne idée de rappeler à l'homme qui croit me détester qu'il a faillit mourir en partie à cause des liens qui nous unissent.

« Oui, il paraît. J'ai entendu dire que tu étais complètement perdu sans ton meilleur ami. »

Je déteste la manière dont le mot résonne dans sa bouche. Cela m'est presque aussi désagréable que le sourire sardonique qu'il me tend. Je pince les lèvres et me penche en avant, les coudes songeusement posés sur les cuisses. Ma tête vient reposer dans mes paumes pour mieux le fixer.

« Hum.... complètement perdu est clairement exagéré. Mais je reconnais que ta compagnie m'étais précieuse. »

Aquila laisse échapper un son dubitatif en fronçant des sourcils. Je l'ignore purement et simplement. Je n'ai l'intention de ne rentrer ni dans son jeu, ni dans celui de Corvus. C'est entre autre la raison pour laquelle je n'ai pas repris sa mention de "meilleur ami". Qui est partiellement fausse d'ailleurs.... mais c'est un autre sujet. Et Corvus semble pour l'instant décidé à rester sur celui-là.

« Ma compagnie ou mes compétences ? Ne suis-je pas ton fameux bras droit ? », questionne-t-il d'une voix toujours aussi sceptique et moqueuse.

« Non. »

Ma réponse franche arrache aux deux frères un froncement de sourcils surpris. Première réaction sincère et incontrôlée ; je marque un point. Je me redresse dans mon fauteuil et m'enfonce dans mon dossier.

« Tu trouvais ça vulgairement commun. »

J'inscris mentalement un deuxième point tandis que le coin de ses lèvres tremble, comme prêt à sourire.

« Tu préférais être mon bras gauche. »

Il émet un petit rire faussement amusé qui se transforme rapidement en toux. J'observe Aquila faire apparaître de l'eau dans son verre avant de le lui tendre.

« Non, pas d'alcool. », déclare-t-il fermement au moment où Corvus s'apprête à râler.

L'aîné tousse trois nouvelles fois en signe de mécontentement puis se force à boire le liquide transparent en grimaçant.

« Aurais-tu oublié que c'est l'alcool et non l'eau le premier remède du monde ? »

« Aurais-tu oublié que tes potions sont incompatibles avec tes préférences alimentaires et quels effets peut avoir ce mélange sur ton corps ? »

Il ouvre la bouche, comme prêt à énoncer une liste, et Corvus s'empresse de balayer son monologue d'un geste de la main.

« Ma mémoire a été modifiée, pas déréglée. », s'agace-t-il. « Notre discussion de ce matin ne s'est pas évaporé avec les gnomes si c'est ce que tu crains. »

Pour toute réponse, Aquila fixe gravement son frère jusqu'à ce qu'il est reposé son verre. Moi je ne bronche pas, décidé à ne pas prendre partit dans cette joute verbale où Aquila a très clairement raison. Mais je sens mon tour revenir au grand galop.... Corvus se réinstalle dans son fauteuil et repose les yeux sur moi.

« Je suis donc le bras gauche du prétendant le plus plébiscité pour le poste de ministre. Quel honneur ! Bien sûr, on pourrait se demander ce que vaut vraiment ce titre de la part d'un droitier, dont le bras gauche est le plus dispensable. »

Je claque de la langue avec agacement.

« Mais je ne doute pas que tu aies une réponse parfaite à donner à ton meilleur ami le bras gauche. »

« Si mon meilleur ami le bras gauche avait été n'importe quel trouffion du ministère il aurait été mon bras droit. Mais il se trouve que c'est toi, que tu voulais être bras gauche et que tu t'es obstiné à refuser la protection que je te proposais depuis des années. »

Les deux frères expriment aussitôt leur scepticisme.

« Mon frère est donc entièrement responsable de cette agre...  »

« Ce n'est pas ce que j'ai dis. », j'interromps froidement. « Je te prie de ne pas déformer mes propos. »

« Et je te prie de ne pas me manquer de respect sous mon propre toit. », rétorque-t-il d'un ton glacial.

Je pince les lèvres pour me forcer à rester calme.

« Je regrette de ne pas t'avoir imposé un garde du corps. », je reprends calmement. « Ce point ne sera plus négociable lorsque tu reviendras. »

Cette fois-ci il part dans un grand rire amusé. La toux revient au pas de charge mais il parvient à la maîtriser.

« Tu sembles bien sûr de toi petit Kark. Je regrette mais je n'arrive pas à croire à cette histoire de bras gauche devenu meilleur ami. La dernière chose dont je me souviens c'est de ta baguette pointée sur moi dans l'intention de me tuer et même si cela remonte à plusieurs années, cet incident dont tu te dis irresponsable a visiblement faillit me coûter la vie. Alors dis moi, petit Kark, pourquoi par les couilles de Merlin je voudrais travailler avec un homme que je ne me souviens plus d'apprécier - pour ne pas dire que je hais - qui parle de m'imposer des conditions envahissantes et qui me propose un poste qui pourrait me tuer ? Explique moi donc pourquoi je devrais avoir envie de m'infliger ce supplice. Hum ? »

Je baisse la tête en essayant de retenir - sans succès - un long soupir. Je sais pourquoi. Mais je ne suis pas sûr de savoir... l'exprimer. Mon regard se pose sur Aquila qui me fixe d'un air méprisant. Surtout pas devant lui. Je me penche à nouveau sur mes genoux. Me redresse dans mon fauteuil. Me penche à nouveau en soupirant.

« Tu as visiblement perdu ta langue et je ne suis pas certain que ta présence ici soit pertinente sans elle. », fanfaronne Corvus. « Je .... »

« Tu trouvais que j'avais changé. »

Cette fois-ci c'est ma voix qui est rauque. Et pour cause, je la force à s'extirper du fond de ma gorge pour révéler les choses que mon orgueil préférerait taire... ou oublier. Je le sens lutter pour retenir chaque mot mais je tire encore plus fort.

« Après le retour de mon père. Tu trouvais que j'avais... évolué. Tu te moquais de chacun de mes projets quand je te demandais ton avis et un jour, tu as décidé sans prévenir d'y mettre un coup de baguette. »  

Je jette un nouveau regard mauvais à Aquila puis me force à continuer.

« Tu étais là quand... quand j'ai quitté le manoir Kark et décidé d'enfourcher mon propre balai. Quand ils ont douté de moi. Tu me faisais confiance et  tu m'as suivis. »

« Te faire confiance ? », se moque-t-il. « Finalement, peut être que cette intrusion dans mon esprit n'était pas la première ! »

« MERLIN ! », je m'énerve. « Je préférerais casser ma baguette en deux plutôt que de foutre les pieds dans un esprit comme le tien ! »  

Je distingue à nouveau le coin de ses lèvres trembler mais je suis trop agacé pour m'en réjouir. Comment mon plus vieil ami peut-il croire que je l'ai manipulé ? Putain de kidnappeurs de scroutt ! Je sens la colère prendre place sur mon visage et Aquila fait un geste vers sa baguette.

« Baisse d'un ton », m'ordonne-t-il.

Je me mords à nouveau la lèvre pour ne pas répondre, enfonçant en plus de ça mes ongles dans mes paumes. De toute façon, à quoi bon ? Corvus est enfermé dans ses convictions et Aquila m'empêche de l'en sortir de manière efficace. Rosae avait raison, j'aurais dû lui parler tout de suite, sans son frère. Ou attendre plus longtemps. Quoiqu'il en soit, cet entretien ne donne rien. Je ferais probablement mieux de partir tout de suite....

« Aquila... accorde nous un moment s'il te plaît. »

Bug. Le plus jeune des Hunter semble aussi surpris que moi.

« Corvus, je ne... »

« Si ce que tu m'as expliqué est vrai je ne risque rien, non ? »

Son frère pince des lèvres.

« Je n'en sais pas plus que ce que toi tu me racontais et tu n'es plus sûr de rien. De toute façon ce n'est pas ce dont on avait convenu. »

« Comme cet incident. Et pourtant il faut bien y faire face. Si c'est le meilleur moyen pour en sortir, il faut que tu me laisses lui parler. En privé. »

Mon regard jongle entre les deux frères à la vitesse d'un éclair de feu. Je scrute leurs traits, attend... et pousse finalement un soupir de soulagement inaudible lorsqu'Aquila fait mine de se lever.

« Tu as dix minutes, pas une de plus. »

« Quelle idée de t'offrir toutes ces montres. », marmonne Corvus en le regardant partir.

Au moment où la porte claque, il repousse sa couverture et s'appuie sur l'accoudoir pour se relever péniblement. Je l'observe sans oser intervenir. De toute façon, Corvus reste Corvus et même avec toute sa mémoire, il repousserait probablement mon aide. Je comprends son intention lorsqu'il prend la direction de l'armoire. Je soupire mais le laisse aller jusqu'au bout de sa connerie.

« Maudite soit la culotte de Vivianne. », grogne-t-il. « Il n'a pas laissé la moindre goutte ! »

« A raison. » je commente d'une voix partagée entre l'amusement et la désapprobation.

Il se retourne pour me lancer un regard noir.

« J'oubliais que j'étais en présence de l'homme qui veut m'imposer des conditions de vie pour ma sécurité. »

Il entame son retour vers le fauteuil en s'appuyant, comme à l'aller, sur l'armoire, une table basse, un canapé puis un fauteuil.

« Je ne suis pas là pour jouer les rabats-joie.... »

« Vraiment ? Ce n'est pas très clair tu sais. »

« ... mais je regrette sincèrement de ne pas avoir confié ta sécurité à une personne qualifiée. Non pas parce que tu es incapable de te battre... », je poursuis plus fort pour l'empêcher de me couper la parole. « ... mais parce que ta position t'as amené beaucoup trop d'ennemis. Tu n'es pas seulement membre du Magenmagot Corvus. Tu es aussi mon bras droit, mon confident et... mon ami le plus proche. J'aurais dû savoir qu'ils finiraient par s'en prendre à toi. »

De nouveau assis dans son fauteuil, il m'observe avec concentration, les lèvres pincées et l'air grave. Visiblement incapable de trouver quoi répondre.

« En tout honnêteté, je comprendrais que tu ne veuilles pas revenir... mais je ne l'accepterai pas. Je ferais tout mon possible pour te convaincre de reprendre ton poste, parce que j'ai besoin de toi mais aussi parce que l'ami que je connais n'aurait jamais accepté de rester dans l'ombre dans laquelle des enfoirées de veracrasses ont essayé de l'enfermer. »

Je devine qu'il s'agace mais tant pis. Il est grand temps que je mettre les choses au clair.

« Et cet ami m'en aurait aussi voulu de le laisser dans cet état. J'imagine très bien que c'est difficile à concevoir pour toi mais je regrette sincèrement ce qu'il s'est passé en décembre de cette année-là. Essayer de te tuer a été l'une des plus grosses conneries de mon existence et Merlin et toi savez combien j'en ai faites ! Enfin... en tout cas tu le savais avant cet incident. Mais malgré tout, tu es resté toutes ces années, parce que je m'améliorais et parce que je te faisais confiance. Tu es le seul à avoir jamais eu le droit de me traiter d'imbécile quand tu estimais que je prenais une mauvaise décision ! Tu.... Nom d'une harpie puante Corvus ! Si ça avait été véritablement le cas j'aurais probablement cherché à te tuer mais en l’occurrence... tu es le frère que je n'ai jamais eu. »

Je bondis sur mes pieds sous le coup de la honte et de la colère, générées par cet aveu. Mes jambes me propulsent face à la baie vitrée, où je plonge mon regard dans le paysage silencieux. Etre dos à lui me crispe autant que cela m'apaise. Je prends plusieurs inspirations et attends.... mais il ne semble toujours pas pressé de prendre la parole.

« Même si... même s'il n'y a aucun argument pour te faire revenir... je sacrifierai beaucoup de choses pour que tu retrouves la mémoire. »

Pour qu'il nous retrouve nous. Notre complicité, nos souvenirs, notre réconciliation, nos hauts et nos bas. Et pour qu'il se retrouve lui. Son sale caractère, son addiction à l'alcool, son bordel, son humour, ses piques si agaçantes...

« Beau discours. », commente-t-il avec ce que je crois être une pointe d'émotion dans la voix. « Si seulement tu pouvais effectivement tout sacrifier pour notre amitié si précieuse... mais malheureusement il n'y a que les potions pour me soigner et tu ne pourras jamais mettre ta dévotion à l'épreuve. »

Je me retourne et plante un regard furieusement décidé dans le sien. En deux pas je suis de retour devant lui. Je le sens mal à l'aise lorsque je me plante devant son fauteuil. Il me regarde d'en bas et ouvre la bouche pour manifester son mécontentement. Mais je ne lui en laisse pas le temps. D'un mouvement d'épaule, j'ôte ma cape que je jette loin de moi, sur le parquet ciré. J'ouvre ensuite ma veste et en sors une potion d'urgence que j'emporte partout avec moi. Je la pose fermement sur la table basse à sa gauche puis dépose à côté la bourse en cuir qui séjournait dans ma poche droite, mon sceau du ministère enfouit dans une poche intérieur et une liasse de parchemins d'ordre d'exécution, sur les quels figurent l'emblème du département de la justice et mon nom. Il me regarde avec un amusement teinté de mépris. Qu'à cela ne tienne !

Je me débarrasse de ma veste et la jette à côté de ma cape. Ma main se pose alors sur la baguette qui est à ma ceinture. Mon poing se ressert sur le bois sombre. J'hésite. Corvus me regarde avec cet air qu'il a habituellement en soirée, lorsqu'il me lance un défi hautement répréhensible et qu'il sait pertinemment que je n'irais pas jusqu'au bout. Je pousse un long soupir ennuyé. Puis lui tend mon arme du bout des doigts.

« Prends-la. »

Pendant quelques secondes il ne bouge pas puis il lève le bras, lentement, comme s'il était persuadé que j'allais changer d'avis au dernier moment. Ses doigts de referment sur la baguette et je me force à la laisser glisser entre les miens. Mon coeur se serre terriblement mais le jeu en vaut la chandelle... enfin j'espère. Etrangement, il ne sourit pas. Il se contente de faire tourner l'arme avec un air grave. Et soudain, il la pointe sur moi. Je demeure immobile, bien qu'extrêmement tendu.

« Vrograsos »

Je serre les dents - et les paupières - tandis que je sens une énorme tâche de graisse apparaître sur ma chemise immaculée. Nom d'une goule ! S'il arrive à se souvenir que j'exècre les tâches de gras, on a peut être une chance de s'en sortir.... Alors surtout, ne pas lui en tenir rigueur. Respirer bien fort. Ce n'est pas grave, il n'y a aucun spectateur à part lui et ça n'a aucune importance. Merlin.... je sens le gras toucher ma peau à travers le tissu. C'est immonde. Je dois m'enfoncer les ongles dans les paumes pour me retenir d'enlever mon haut sur le champs. Heureusement, l'idée que cette scène ferait rire Hunter aux éclats - et manquerait donc de le tuer par quinte de toux - m'aide à tenir le coup. Plus ou moins.

« Je suis impressionné. », dit-il avec un fond de rire moqueur dans la voix.

Je rouvre les yeux en inspirant toujours très fort et me force à lui offrir mon plus beau sourire. Cette fois-ci, il rit pour de bon. Quelques secondes seulement. Puis il recommence à jouer avec ma baguette, sous mon regard inquiet et attentif.

« Esmée et Aquila m'ont raconté comment tu avais rampé pour obtenir ma miséricorde à Pré-au-Lard. »

Je grimace. Qu'ils lui aient vraiment dit ça ou qu'il invente tout à l'instant pour m'humilier, je n'apprécie pas du tout. Après tout, je suis quand même là pour sa pomme ! Pas besoin d'en faire trop non plus.

« Rampé est clairement exagéré. Mais j'ai effectivement utilisé ma cervelle pour que tu réalises que tes intérêts étaient à mes côtés. »

Il me lance un regard sceptique.

« Et effectivement je me suis peut être un peu ridiculisé en chemin. »

Son sourire amusé fleurit de nouveau.

« Je serais curieux d'entendre ça. »

« Ecoute », je soupire, « je serais ravi de te raconter toutes mes humiliations dans une chemise pleine de graisse au milieu du salon de ton frère mais je ne pense pas que ce soit la meilleure manière. Pour faire bref, », je rectifie devant son regard insistant, « je t'ai harcelé pour que tu viennes boire un coup avec moi, je t'ai envoyé plusieurs missives et je me suis débrouillé, avec plus ou moins de succès et de ridicule, pour travailler sur des affaires qui t'étaient destinées. Oh et j'ai sauvé le cul de ton frangin d'une agression qui aurait pu être similaire à celle-ci mais ce n'est qu'un détail, bien sûr. »

« Tu voudrais me faire croire que tu as sauvé Aquila ? »

« Quand je te disais que j'avais fais beaucoup de conneries... c'est une blague ! », j'ajoute précipitamment. « Mais pour la version longue, il faudra accepter de prendre un verre chez moi. Quand tu seras de nouveau autoriser à boire de l'alcool bien sûr. »

« Bah voyons ! Décision qui ne dépend bien sûr que du médecin que tu m'as choisis. », s'agace-t-il.

« Nathaniel Hansen a toute ma confiance et celle d'Aquila et d'Esmé. Mais si tu veux quelqu'un d'autre je te laisserai choisir celui que tu préfères. Pourvu qu'il soit sérieux. »

« Parfait. Je t'enverrai ma liste. »

Je soupire doucement, blasé.

« Très bien. Je te fais confiance pour faire les bons choix et guérir vite. Toute la brigade est sur le pied de guerre et on ne devrait plus tarder trouver les salauds qui t'ont fait ça. »

« Et donc tu as l'intention de me renvoyer au front pour me montrer à quel point je te suis précieux ? »,se moque-t-il d'un ton soudain venimeux.

« Et donc je sais que mon bras gauche aurait absolument voulu être là pour rendre maléfice pour maléfice aux coupables. Il n'aurait pas supporter qu'on l'évince ou le laisse en arrière. »

Corvus semble à nouveau de mauvaise humeur. Sceptique, agacé, distrait... perdu. Je tends la main pour récupérer ma baguette. Il hésite, recule le bras en tenant fermement mon arme.

« Je risque d'en avoir besoin pour la suite. »

Il la pointe de nouveau vers moi... et soudain la pose brusquement sur la table basse sur laquelle j'ai posé bourse, potion, sceau et ordre d'exécution. Il s'empare de la bourse, du sceau et des ordres d'exécution.

« Si tu me fais parfaitement confiance, je peux garder ça. »

Je soupire une nouvelle fois.

« Ce ne sera pas la première fois que tu me les piques. »

Je récupère ma baguette et fait aussitôt disparaître la tâche de gras. Merlin ! Ca va déjà beaucoup mieux. D'un accio, je fais venir à moi toutes les affaires qu'il reste et remets veste et cape. Corvus, quant à lui, s'est trouvé une nouvelle occupation dans l'observation de mon sceau et de mes ordres d'exécution. A moins qu'il ne fasse semblant. Je le sens encore préoccupé.

« Si ça peut te rassurer, Aquila et Esmée pourront nous accompagner pour notre mission de représailles. »

« Je n'ai pas dis que je viendrais. », rétorque-t-il agressivement.

« Non, effectivement. », je réponds avec un petit sourire significatif. « Et je ne t'y forcerai pas. »

Mais je sais qu'il viendra. Je dois le croire. Corvus ne m'aurait pas laissé tomber.

« Tu n'es pas censé être prétendant au poste de ministre ? Tu n'as pas ailleurs où aller ? », s'énerve-t-il.

« Nulle part d'aussi important qu'ici. Mais si c'est ce que tu veux, je m'en vais. J'attendrais que tu me recontacte. »

Je lui adresse un signe de tête respectueux puis lui tourne le dos pour quitter la pièce. Je sais que je le laisse sceptique, troublé mais je ne pense pas avoir d'autres cartes à abattre cette après-midi. Mieux vaut le laisser réfléchir tranquillement à tout ça. Et prier Merlin pour que la mémoire lui revienne vite. Pour que mon Corvus Hunter revienne vite.


Dernière édition par Arutha L. Kark le Mar 17 Mai - 0:03, édité 1 fois
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Arutha L. Kark
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MessageSujet: Re: Pour un cliché de trop   Lun 16 Mai - 21:54


Les points lumineux dansent sous la lumière des bougies, se multipliant à mesure qu'ils se croisent et se recroisent sur le parchemin usé. Je ferme les yeux pour leur échapper mais ils poursuivent leur manège à l'ombre de mes paupières. Merlin.... j'ai besoin d'une pause. Je laisse quelques secondes s'égrainer puis me force à rouvrir les yeux pour les poser sur le cadran de ma montre en or blanc. Dans 13 minutes précisément, mon calendrier magique changera de date. Ce qui ne m'empêchera pas de rester là plusieurs heures encore. S'il me reste assez de potion...
J'ouvre le tiroir de mon bureau et en sort une fiole en verre teinté. Qu'est ce qu'Hansen a dit à ce sujet déjà ? Je ne suis plus très sûr. Je sais qu'il y a une dose journalière à ne pas dépasser mais je suis incapable de me souvenir de cette quantité... ni de celle que j'ai prise aujourd'hui d'ailleurs. Goule... tant pis. Je lutterais à la force de ma volonté.

Soupirant, je me redresse dans mon fauteuil et reprends ma plume en main. Où en étais-je déjà ? Il y a tellement de choses que j'étais censé finir ce soir. Pour la campagne et pour l'affaire " Corvus " qui avance à tâtons. Pourtant ce n'est pas faute d'y avoir mis les moyens. Carter y a consacré toutes ses dernières journées, au point où j'ai été forcé de le renvoyer chez lui pour espérer l'avoir en forme le lendemain. Le reste de l'équipe est toute aussi éreinté... comme moi. Mais contrairement à eux, je ne peux me permettre de rentrer sans mettre de point final à certains dossiers dont je dois m'occuper personnellement.
Impossible de prendre la poudre de cheminette pour aller prendre un bon repas chaud sur mon canapé ou me glisser dans un bain. Ensuite, je m'endormirai dans les bras tendres de Rosae. A moins qu'elle ne vienne me rejoindre dans l'eau chaude de mon bain.... je peux presque imaginer la scène. La voir avancer sur la pointe des pieds dans son long peignoir sombre translucide. Elle arborerait son habituel sourire mutin au moment de le retirer, doucement, et de le laisser glisser le long de ses épaules. Je sens le désir me gagner à mesure où mes yeux redécouvrent ses formes, innocemment penchées au-dessus de l'eau. Mes bras s'allongent pour caresser sa poitrine nue mais elle recule en riant. Je me force à quitter le confort de l'eau chaude pour l'attraper par la taille et l'attirer à moi. Son sourire s'élargit avant de venir se poser sur le mien. Ses lèvres se donnent honteusement aux miennes. Je ferme les yeux pour mieux goûter leur douceur. Je la sens enjamber le bord de la baignoire pour me rejoindre, s'asseyant délicatement à califourchon sans rompre le contact de nos lèvres. Merlin... ses cuisses glissent sur les miennes et mes mains attrapent naturellement sa croupe pulpeuse. Elle me présente sa nuque blanche au moment de s'offrir à mon désir. Je lâche un soupir d'aise en soulevant les hanches. Ses gémissements se mêlent au clapotis de l'eau et ....

« Je crois me souvenir pourquoi j'ai choisis d'être ton bras gauche plutôt que le droit. »

J'ouvre brusquement les yeux en sursautant dans mon siège. Putain de bordel de scroutt fumeux ! Corvus me fixe de ses deux yeux, confortablement assis en face de moi. Je ne l'ai pas entendu arriver ! Et en plus, je me suis endormis. Crotte de goule ! Je réalise que je me suis laissé aller en arrière, la tête négligemment posée sur le dossier. Et que ma main droite a glissé sur mon entrejambe dans mon sommeil. Par les couilles de Merlin ! Le visage aussi rouge qu'un souaffle, je m'empresse de l'enlever et de me lever.

Il ne dit rien, préférant m'observer avec un sourire on ne peut plus équivoque. Je m'efforce d'éviter son regard.

« Je... tu aurais dû toquer. »

« Il est possible que je l'ai fais. », se moque-t-il d'un ton chargé de cynisme. « Ou que j'ai oublié. Mais tu préfères peut être que je te laisse seul avec ta baguette ? »

« Non. », je rétorque sèchement.

Cela n'efface pas son sourire triomphant. Bien entendu. Attrapant ma baguette - la vraie... oh vos gueules ! - j'ouvre la porte de mon armoire et fait venir une carafe de vin d'un accio. Elle vacille un peu en chemin mais arrive à bon port sur mon bureau.

« Tu me pardonneras de ne pas t'en proposer. », je m'excuse en me servant le liquide rouge dans un verre en cristal.

« Bien entendu. Je sais que tu n'as que la santé de tous tes bras en tête. », commente-t-il sur le même ton railleur.

L'allusion phallique ne m'échappe pas et je grimace en portant le verre à mes lèvres. Et d'abord, qu'est ce qu'il fout ici à cette heure ? Comme s'il avait lu dans mes pensées, il se lève et attrape le dossier ouvert devant moi.

« Alors, où en est l'enquête ? »

Je le regarde faire en m'efforçant de retenir le commentaire qui me brûle la langue. Autant j'étais habitué à ce que mon ami fouine dans mes affaires sans me demander mon avis, autant l'intrusion de ce Corvus là me rend mal à l'aise. « Mais c'est le même Corvus », chuchote une voix dans mon cerveau. Ou presque. En tout cas, je dois me comporter comme si c'était le même, comme si n'avait rien changé, dans l'espoir que tout revienne effectivement à la normale. Je me racle la gorge en me rasseyant.

« Tu es venu au ministère, à 23h56, pour me demander des nouvelles de l'enquête ? .... Pardonne-moi mais, tu n'as vraiment rien d'autre à faire à cette heure-là ? »

« Si. », rétorque-t-il avec un poil d'agressivité en refermant sèchement le dossier. Merci bien pour ma page.... « A cette heure là je devrais être dans un cabaret, en bonne compagnie, au X-pel Liar Mus ou entre les cuisses d'Esmée.... mais comme toutes ces choses me sont actuellement interdites et qu'Esmée est en représentation, j'ai choisis d'assassiner mon ennui dans le bureau où je pourrais peut être comprendre la raison pour laquelle je suis condamné à m'emmerder comme un basilic mort ce soir. »

Certes.... vu comme ça, cela peut s'expliquer. Bien que je me demande si... J'analyse son expression, ses vêtements, sa posture puis pousse un soupir. Evidemment, ils ne sont pas courant. Esmée doit probablement le croire chez son frère et Aquila doit l'imaginer confortablement installé dans son lit ou dans son canapé. Quant à savoir pourquoi il n'en a pas profité pour aller boire jusqu'à l'ivresse... s'il n'a pas encore été boire un coup - ce qui pourrait expliquer son arrivée tardive - c'est qu'Aquila a soudoyé les videurs de chacun de ses lieux fétiches pour l'empêcher d'y entrer. Ca ne m'étonnerait pas du jeune Hunter...

Qu'est ce qu'il en penserait s'il savait que Corvus a finalement choisir de me rendre visite à une heure aussi tardive ? Cinq jours se sont écoulés depuis notre dernière rencontre mais je doute que les sentiments d'Aquila à mon égard aient beaucoup changé. Quant à ceux de Corvus...

« Je vois. »

J'avale une gorgée de vin puis désigne du menton le dossier qu'il vient de rouvrir.

« Tu ne trouveras rien à ce sujet là-dedans. »

Il m'ignore, se contentant de lire le parchemin sur lequel a été tamponné en rouge un énorme « Confidentiel ».

« J'ai été d'une efficacité redoutable ! »

« Tu nous as acquis les trois quart du Magenmagot. », j'avoue avant de reprendre une gorgée de vin. « La campagne a bondit après ton intervention. Je te dois d'ailleurs un repas chez Reinhold pour ce succès. »

J'attends qu'il s'en réjouisse. Au lieu de ça, il esquisse un sourire mauvais.

« Tu devrais peut-être m'en proposer un deuxième pour me convaincre de ne pas leur conseiller un autre candidat finalement. »

Je tente de dissimuler mes émotions mais je me sens blêmir malgré moi. Que ce soit de l'humour ou pas, cette menace ne me plaît pas du tout.

« Ils risquent de se demander à quoi tu joues et de lâcher prise. Ce serait dommage de saccager ton propre travail. », j'argumente en essayant de ne pas paraître trop tendu.

« Il paraît que c'est ce que je fais le mieux. » répond-t-il le regard brillant.

Bien que je ne m'en souvienne plus, je devine que c'est une accusation que je lui ai balancé à cette époque là de notre vie, quand le rabaisser était l'une des principales raisons de mon existence. Je me racle une nouvelle fois la gorge.

« Plus maintenant. »

« C'est un ordre petit Kark ? »

Je sens la tension grimper de plusieurs crans. J'ai donc la réponse à ma question : Corvus ne semble pas toujours décidé quant à l'attitude à avoir avec moi. Je m'efforce de répondre le plus calmement possible :

« Non, un constat. Mais imprévisible comme tu es, je peux me tromper. »

Je le sens se radoucir légèrement. Il referme le dossier et le laisse tomber sur mon bureau.

« Et donc cette enquête ? Tu as trouvé l'amputateur de bras ? »

Je me détend à mon tour et me refonce dans mon fauteuil en cuir.

« Pas encore mais la Brigade progresse. »

« Heureusement qu'elle était sur le pied de guerre. », raille-t-il.

« Elle l'est. Elle a trouvé le seul témoin de ton enlèvement... enfin, si s'en est vraiment un. »

« Bien sûr que non voyons ! C'est moi qui leur ai demandé de me prendre en otage et de me torturer. », grince-t-il.

« Ce n'est pas ce que je voulais dire. », je rectifie calmement. « Laisse moi t'expliquer : ce témoin t'as croisé dans l'Allée Trouble et t'as reconnu à la lumière des réverbères. »

« Tu comptes me révéler son identité bientôt ou je dois compter sur ma mémoire ?  », ironise-t-il.

« Paul Fox, du service de Contrôle des Abus de la Magie. Tu as travaillé avec lui l'année dernière sur le dossier de... »

Je tapote mon bureau des doigts à la recherche du nom de cette personne insignifiante. Scroutt, comment c'était déjà ?

« Gregory Verpey. »

Je relève la tête pour croiser son regard. Il semble aussi surpris que moi de ce soudain retour de mémoire. Est-ce que ça signifie que... nous nous observons, hésitant sur la suite à donner à cette discussion.

« Il m'avait payé un verre. », poursuit-il pensivement.

Bien que son regard soit posé sur mon verre de vin, il semble à des lieues d'ici. Dans une autre pièce, à une autre époque. Il a l'air de chercher quelque chose d'important sans réussir à mettre la main dessus.

« Tu as accepté et tu lui as annoncé à la fin de sa tournée que tu refusais de le défendre. »

Ses yeux rencontrent les miens et un fin sourire se dessine sur son visage.

« Quel crétin ! »

« C'était bien joué. Et c'est la raison pour laquelle Paul Fox se souvenait de toi. », je reprends d'un ton plus grave. « Enfin, l'une des raisons. Mais il n'a pas eu le temps de t'aborder. Lorsqu'il t'a vu, deux hommes et une femme venaient à ta rencontre. Ils t'ont parlé quelques minutes puis tu es partis avec eux. A ce stade il est impossible de savoir si tu les as suivis de ton plein gré ou... si tu étais sous l'effet d'un impero. »

Il grimace de dégoût à cette idée. Je comprends son malaise ; si on m'apprenait qu'un intrus s'est introduit dans mon esprit pour en faire ce qu'il veut, j'aurais probablement envie de vomir.

« Mais peut être que tu les as accompagné en toute conscience. » j'essaie de le rassurer. En vérité, ça ne m'étonnerait pas. Corvus a l'affreuse habitude de rentrer dans le jeu de personnes potentiellement dangereuses, en étant persuadé qu'il pourra s'en tirer avec son don de la répartie et son sourire hypocrite. Mais mieux ne vaut pas lui jeter la pierre ce soir. De toute façon, il n'a pas l'air d'avoir envie de continuer sur ce terrain miné.

« Et Fox est venu vous parler de tout ça de bon coeur, autour d'une tasse de thé, en échange de quelques gâteaux et d'un sourire ? »

« Nous avons embauché un legilimens que nous avez grassement payé.... avant de le faire passer lui-même au veritaserum. », j'avoue avec fierté. Si après ça il dit encore que nous n'y mettons pas les moyens, je veux bien m'appeler Nicodem ! .... en fait non, c'est trop risqué, oubliez !

« Et les trois personnes qui sont venues me taper la causette ? »

« Un grand blond, une petite brune potelée et un brun aux allures hispaniques. La mauvaise nouvelle c'est que nous ne les avons pas encore arrêtés. La bonne c'est que nous sommes pratiquement sûr de l'identité de l'hispanique ; Alfonso Torres, serveur à l'X-pel Liar Mus et truand à ses heures perdues. », je conclue avec un sourire.

« Tu as donc son petit nom, son lieu de travail et tu as décidé de ne pas l'arrêter. Ta logique semble toujours aussi brillante ! », s'agace-t-il.

« Si on l'arrête les deux autres prendront la fuite avant qu'on ait le temps de dire quidditch. Mon équipe le suit à la trace et continue d'enquêter sur l'identité de ses complices. S'il tente de quitter le pays on le choppera mais sinon, il est plus prudent d'attendre et de faire d'un sortilège trois victimes. »

Il me fixe intensément, au point où je finis par baisser les yeux pour faire mine de me resservir du vin. Lorsque je repose la carafe, il ne m'a toujours pas lâché du regard. Ok... là ça devient gênant. J'avale une gorgée puis toussote. S'il ne se décide pas à me dire ce qu'il lui passe par la tête...

« Alors tu as vraiment arrêté de courir après ta proie en aboyant ? »

Son ton est mi-méfiant, mi-pensif. Comme s'il n'osait pas trop croire à son affirmation.

« C'est toi qui m'a conseillé d'être plus stratège. Je me suis contenté d'appliquer tes suggestions avec talent. »

Il ne sourit pas, ne grimace pas et continue de me fixer. J'ai comme l'impression qu'il me redécouvre et aussi désagréable que ce soit, une petite partie de moi a envie de croire que c'est positif.

« On ne devrait plus tarder à les débusquer. Dois-je prendre ta présence ici comme une confirmation que tu souhaites m'accompagner ? »

Il hausse négligemment les épaules en se levant.

« Déjà minuit vingt... pour un candidat au poste de ministre, tu es un sacré branleur. »

Le rouge me monte de nouveau aux joues. Merlin, ça va me suivre jusqu'à la fin de ma vie. J'en hésiterai presque à lui jeter un nouvel oubliettes... Sans un mot de plus, ses pas le dirigent vers la porte et je m'empresse de l'interpeller.

« Tu peux passer par ma cheminée pour rentrer. Elle n'est pas surveillée. »

Il esquisse un sourire qui me confirme une très mauvaise nouvelle ; il n'a pas l'intention de rentrer tout de suite.

« Est-ce que je peux au moins t'accompagner ? Ou t'offrir un garde du corps ? »

Son sourire disparaît et pendant un instant, il semble hésitant. Prêt à m'envoyer une pique mordante ou, au contraire, à me rassurer. J'attends en me promettant de le faire suivre dans tous les cas. Finalement, il pousse un soupire blasé.

« Tu peux respirer, j'ai donné rendez-vous à Aquila au Red Sky avant d'entrer ici. »

D'accord... donc il doit être en train de l'attendre en serrant les dents ou de le chercher dans les alentours en se faisant un sang de basilic. Finalement, heureusement que ce n'est pas mon frère. A la place d'Aquila, j'aurais probablement envie de lui envoyer un chauve furie en pleine face. Même si je ne doute pas que c'est l'objectif recherché... Corvus a une manière bien à lui de remercier les personnes qui l'empêchent de se bousiller la santé avec l'alcool. Nulle doute que ce retard est une manière de rappeler à son cadet son mécontentement. Quel chieur....

« Fais quand même attention à toi. », je soupire en le regardant partir.

En guise de réponse, il disparaît silencieusement au coin du couloir. Eh bien.... c'était intense. Je replonge les yeux sur mon dossier de campagne et pousse un nouveau soupir. Allez, plus qu'une heure et j'irais me coucher. Une heure et je retrouverai les bras de ma femme. Je ne peux pas abandonner maintenant. Pas après qu'il ait fait l'effort de se déplacer jusqu'ici pour me faire savoir qu'il était peut être prêt à me redonner une chance.

 
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Arutha L. Kark
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MessageSujet: Re: Pour un cliché de trop   Mer 18 Mai - 10:54


Le dos plaqué au mur, je m'efforce de ne pas compter les secondes qui s'égrainent. Mon impatience me répète que Carter est partit depuis des heures mais je sais que c'est faux. A peine quelques minutes se sont écoulées depuis l'arrivée de notre petit groupe. Alignés le long de l'immeuble, nous scrutons tous les pavés en silence. Je m'attendais à ce que Corvus soit plus bavard mais ce n'est pas plus mal comme ça... j'imagine que la pression a eu raison de ses talents oratoires. A ses côtés, Esmée joue furieusement avec l'une de ses mèches brunes. Je doute qu'elle et Aquila me pardonnent un jour. J'ai même cru qu'ils allaient me jeter un sort lorsque je suis venu exposer mon plan à leur protégé. Mais dangereux ou pas, il fallait qu'il sache. Cette affaire le concerne et je ne pouvais pas le laisser en dehors de ça.... sans compter qu'il m'en aurait probablement voulu.
De toute façon, je n'ai pas l'intention de lui laisser arriver quoique ce soit. « Comme quand tu as protégé ton père en décembre 2020 ? » me chuchote une petite voix mesquine. Je la repousse brusquement jusqu'à la porte de sortie. « Ce n'était pas pareil ! J'étais moins préparé, moins fort... et moins bien entouré. » Aussi hostiles qu'ils soient, Aquila et Esmée sont parfaitement capables de se battre et extrêmement fiables... du moment qu'il s'agit des intérêt de Corvus. Quant au reste de l'équipe, je leur confierai la sécurité de ma famille les yeux fermés.... ou presque. J'en ouvrirai peut être un pour surveiller les initiatives de Miss Goyle. Heureusement, je n'aurais pas à m'occuper d'elle pendant l'assaut. J'espère juste que D'Arcy saura la contenir... réponse dans 20 minutes ! Enfin, si tout se passe comme prévu et que l'équipe n°2 bouge son cul.

Les dents serrées, je me déplace très lentement pour jeter un coup d'oeil dans la rue. Toujours aucun signe d'eux. Mais qu'est ce qu'ils foutent nom d'un scroutt ?

« Aurais-tu oublié d'expliquer à Lannister qu'il doit revenir ici ? », murmure Mme Hunter sur son ton le plus cynique.

« Il n'a pas besoin que je le lui explique. », je rétorque entre mes dents.

Je retiens de justesse un autre commentaire sur le pouvoir de réflexion d'Aquila. Envenimer les choses à ce stade-là serait de la pure connerie. Sans compter que je tiens à garder Corvus de bonne humeur. Si tant est qu'il nous écoute... le regard perdu dans le vague, il semble plongé dans une intense réflexion. J'espère vraiment que c'était une bonne idée de l'emmener...
Soudain, un bruit derrière nous m'alerte. Esmée et moi tirons nos baguettes en une fraction de seconde. Corvus... a été encore plus rapide. Je suis impressionné ! Finalement, il n'est peut être pas si perdu que ça. Bien que je crois voir son bras trembler légèrement.... Il a toutefois l'air déterminé, son corps entièrement tendu vers les trois silhouettes qui s'avancent. L'une d'entre elle s'arrête et, d'un coup de baguette qui nous fait tous fleurir un protego au bout des lèvres, fait apparaître un animal de fumée que je reconnaîtrais entre mille. Le grand chien noir s'avance jusqu'à moi puis courbe l'échine, avant de disparaître.
Esmée et moi baissons notre arme, Corvus pivote pour me lancer un regard sceptique. Je remercie l'obscurité de dissimuler les deux tâches rosées que je sens naître sur mes joues. C'est extrêmement gênant de me sentir à nouveau jugé pour cette idée qui l'a tellement fait rire plusieurs années auparavant, lorsque je me suis décidé pour ce signe de ralliement très secret et très personnel.

« C'est un Sinistros. », je me justifie du bout des lèvres avec mauvaise humeur.

Et pour être exact c'est un peu de sa faute - entre autre - si j'ai eu cette idée. Mais il n'est pas l'heure d'avoir ce débat. En quelques pas je rejoins Carter, Aquila et Mayssa Shafiq. Je concentre toute mon attention sur le premier de la liste.

Mayssa Shafiq, assistante au bureau des aurors:
 

« La voie est libre. »

« Et l'alarme ? »

« Toujours désactivée. », m'apprends Carter avec un sourire en coin.

Je me permets la même expression faciale ; D'Arcy est un as ! Il faudra vraiment que je lui réserve une place de choix dans mon gouvernement. En attendant, il est temps d'y aller. Je me retourne vers Corvus, l'air grave.

« Tu es toujours sûr ? »

Evidemment je préférerais que sa réponse soit positive mais si la peur le tiraille, je comprendrais... aussi déçu que cela me rendrait. D'un geste souple, il lève son arme et se tourne vers l'entrée de l'immeuble.

« J'espère que tu n'as pas annulé tous mes plans pour une balade nocturne. »

J'esquisse un sourire satisfait. Parfait.  

« Carter. »

Il hoche la tête en signe de compréhension. Je le regarde s'éloigner, suivi de Mayssa. Faites que tout se déroule pour le mieux... Je m'avance jusqu'au porche de l'immeuble, suivi de près par les trois autres sorciers.

« A mon signal. »

Cela ne semble pas plaire à Aquila qui me lance un regard noir. Et scroutt ! Au diable son orgueil ! Je lève trois doigts que j'abaisse tour à tour. Au moment où mon pouce se rabat sur mon poing, je lance le confringo qui nous permettra d'entrer. La porte vole en éclat en produisant un boucan alarmant. Pas le temps de s'en inquiéter : il faut foncer ! Je m'introduis dans l'immeuble en courant et gravis les marches quatre à quatre. J'entends les trois autres me suivre, l'un ou l'une respirant plus fort que les autres. J'ai envie de me retourner pour m'assurer que mon ami s'en sort bien mais cela me ferait perdre de précieuses secondes. Alors, je me contente d'atteindre le deuxième étage le plus rapidement possible. Porte de gauche.

« Confringo ! »

L'entrée de l'appartement tremble puis s'ouvre devant nous. Nous sommes aussitôt accueillis par un rayon violet qui nous frôle tous le crâne. Cette fois je ne peux m'empêcher de balancer mon bras derrière moi dans l'intention de repousser mon ami contre le mur. Ma main heurte bien un Hunter... mais pas le bon. Et pour cause, Aquila a eu le même idée que moi, avec quelques secondes d'avance. Il me lance un regard noir, concurrencé par Corvus qui nous observe tour à tour avec une expression terriblement accusatrice. Oh, ça va ! Je fais ce que je peux aussi !

Esmée pousse un juron et écarte brusquement notre mêlée de bras pour se frayer un chemin dans la pièce. Ok, elle a pas tort... Je la suis, me rabattant juste à temps derrière un canapé. Je ne peux m'empêcher de lancer des coups d'oeil nerveux derrière moi. Les deux Hunter se sont réfugiés derrière un pan de mur qui ne tiendra plus longtemps.
Je risque un coup d'oeil derrière le canapé. A priori, je dirais qu'ils sont deux, trois maximum. Dans tous les cas, nous sommes en surnombre.  

« Protego ! »

Je me propulse derrière mon bouclier pour gagner un peu de terrain. A mes côtés, Esmée décide d'avancer au culot... et me devance. Gryffondor de mes deux ! Du coin de l'oeil j'aperçois Aquila enflammer le rideau qui se trouve au fond de la pièce, avant de le faire tomber d'un nouveau coup de baguette. Un cri d'alarme s'échappe du bureau, d'où un dos émerge brusquement.

« Constrictio ! »
« Endoloris ! »
« Stupefix ! »
« Stripcarnatio ! »

Le - ou la - propriétaire de ce malheureux dos retombe lourdement hors de notre champs de vision.

« Il en reste un. »

Nous reformons les deux groupes - d'un côté les deux Hunter, de l'autre Esmée et moi - pour prendre d'assaut la pièce sur la gauche, d'où provenaient les autres tirs. Chacun d'un côté de la porte, nous nous faisons face en essayant d'évaluer le bon moment. Plus aucun bruit n'émerge de ce que je pense être une salle de bain. Mais difficile d'être certain avec cette obscurité... Eh bien, quand il faut y aller....
Malheureusement, Aquila semble encore une fois avoir eu la même pensée que moi. Quel CHIANT ! Rendez-moi mon équipe ! En se projetant tous les deux dans le cadre de la porte au même moment, nous nous heurtons, épaule contre épaule. Je trébuche et me prend le dormant en bois, il s'y rattrape et évite de justesse de se prendre les jambes dans les miennes. Goule ! J'aperçois un rayon de lumière verte me fonçant dessus mais je ne peux rien faire pour l'éviter.... rien d'autre que me protéger le visage des deux mains.

Je pousse un cri de douleur sous l'effet du maléfice qui me brûle les avant-bras. Il n'y a pourtant aucune flamme ; juste une sorte de radiation. Je me force à me relever, après que Corvus et Esmée m'ait enjambé pour se frayer un chemin dans la pièce. J'ai honte... mais je ne suis pas encore impotent ! Me fiant au bruit, je retourne sur mes pas pour pointer mon arme sur la fenêtre principale. La tête de Carter en émerge, suivie de celle de Mayssa et de la petite brune rondelette qu'on recherchait, solidement ligotée et baillonnée.

Lascar(e) 1:
 

« On l'a rattrapée dans l'escalier de secours. »

Je hoche la tête en soupirant. Et de une ! Ils enjambent le rebord du balcon et soudain, la jeune Shafiq découvre l'état de mes bras. Elle adopte aussitôt un air inquiet.

« Monsieur Kark... »

« Ca va. », je grogne en les ramenant contre moi.

Mais elle insiste pour appliquer un sortilège qui, je l'avoue, soulage légèrement la douleur. Je la remercie d'un regard silencieux avant de me forcer à retourner dans la salle de bain.

Je découvre, mi-soulagé, mi-agacé, qu'Aquila a maîtrisé notre ennemi caché dans le noir. Scroutt... je les rejoins tous les trois, clairement de mauvaise humeur. Pour mon réconfort, le benjamin des Hunter a également eu le privilège d'une blessure : une balafre sanguinolente entaille son beau visage, du menton jusqu'au haut de la pommette gauche. Bien fait !

« Merci pour votre protection. », commente Corvus avec une pointe de raillerie, en nous regardant tour à tour.

« Nous aurions été plus efficaces entre professionnels. », je rétorque froidement.

« Parce que tu te comptes dans les professionnels ? »

Je lui lance un regard assassin. Mais Corvus nous ignore tous les deux pour reporter son attention sur le grand blond qu'Esmée et Aquila tienne toujours en respect. Il est rapidement rejoint par sa jeune complice, que Carter et Mayssa poussent au milieu de la pièce. Mon ami s'avance, avec le regard d'un chat prêt à dévorer une souris. Aquila s'écarte doucement pour lui laisser le champs libre.

Lascar 2:
 

La petite brune baisse la tête avec un air craintif. Mais le blond... il penche le cou pour planter ses yeux dans ceux de Corvus. C'est alors qu'à mon étonnement et à ma plus grande fureur, il écarte les lèvres pour sourire de toutes ses dents.

« Hunter. Je me souviens bien de toi. Dommage que la réciproque ne soit pas vraie. »

Cette fois encore, mon ami est plus rapide que moi. Il ne prononce même pas la formule pour administrer un violent coup au sorcier. Nous le regardons tous silencieusement tomber, le nez en sang.

« Ou peut-être... », reprend-t-il sur le même ton insolent en se redressant, « que je t'ai au contraire laissé un souvenir impérissable. »

Il laisse échapper un rire gras qui me donne aussitôt envie de le doloriser. Mais je n'en ai pas le droit ; cette proie est la sienne. D'un nouveau coup de baguette, Corvus lui administre un autre coup. Le blond continue à se marrer comme si sa mésaventure était la scène la plus drôle au monde. Soit il est plein de poudre de lune, soit il est naturellement fêlé comme un sang-mêlé.

« Pourquoi tant de haine ? », poursuit-il après avoir craché du sang sur le carrelage. « C'est pourtant toi qui voulais qu'on te fasse oublier tous tes soucis. »

Et cette fois-ci, il ponctue sa phrase d'un geste du menton dans ma direction. Mais quel salaud ! Tous les visages se tournent instantanément vers moi. Je cherche le regard de Corvus pour secouer doucement la tête de droite à gauche.

« Il n'a fait que t'élever, au mépris des quand dira-t-on et de sa propre sécurité politique. »

Je me retourne pour observer Carter, l'air plus hargneux que jamais.... peut être un peu jaloux aussi. Du coin de l'oeil, je distingue la main de Mayssa Shafiq fermement agrippée à sa baguette.

« Même si je ne doute pas que Lannister exagère, il me semble que cette affirmation contient une part de vérité. »

J'adresse un regard reconnaissant à Esmée.

« Oh non, il n'exagère pas. »

Je repose des pupilles assassines sur le grand blond. Je sens l'entourloupe arriver à plein nez. Putain, il va se la fermer oui ?!

« Kark t'as accordé un nombre incalculable de privilèges. Peut être dans l'espoir de se faire pardonner quelque chose dont tu ne te souviens pas encore... tu es sûr d'avoir eu le coeur de tout raconter à tes confidents ? »

« TA GUEULE ! », je hurle malgré moi.

« Qui sait où sont les limites d'un homme qui essaie de tuer l'ami qui lui a sauvé la vie ? »

Cette fois s'en est trop ! Je l'ai perdu une fois, par ma propre faute, et affronté mille cognards et humiliations pour le récupérer. On a essayé de me l'enlever une deuxième fois et j'ai sacrifié mes nuits pour retrouver ces trois saloperies de sang-mêlé de mes deux !! Et maintenant, il voudrait encore le retourner contre moi ? Lorsqu'il recommence à rire, ma patience prend définitivement la poudre d'escampette et l'endoloris franchit mes lèvres.
Les deux Hunter pointent leur baguette dans ma direction à l'instant où ma victime commence à se tordre de douleur.

« J'ai déjà expié mes fautes ! », je crache à l'adresse de mon... ami. Enfin, j'espère que je peux encore utiliser ce terme. Putain de scroutt !

Corvus me scrute, l'air plus déstabilisé que jamais. Qu'est ce que je dois faire par les burnes de Merlin ?

« Il avait ta confiance. »

Aquila ne me regarde pas. Je serre les dents pour ne pas lui pas balancer une vacherie. « Il avait ta confiance. » ?! SÉRIEUSEMENT ?! Tu peux pas juste lui dire que je suis son meilleur ami nom d'une goule ?

« Ou peut-être que c'est ce que tu voulais lui faire croire. »

Merlin. Que quelqu'un le bute.

« Peut-être. Qui sait ? Si je m'en rappelais nous pourrions en discuter mais puisque tu as estimé que mes souvenirs ne valaient pas la peine d'être sauvegardés, c'est qu'ils n'étaient probablement pas aussi importants que tu le dis. Endoloris ! »

Je pousse un soupire de soulagement au doux son de ses cris de douleurs. Je sais bien que tout n'est pas finit et que Corvus voudra probablement en rediscuter mais on a l'air d'être sur la bonne pente.

« Ou peut être qu'au contraire ils l'étaient un peu trop à votre goût.  »

« Corvus... »

Je suis interrompu par l'arrivée d'un second Sinistros de fumée, qui semble provenir de l'entrée. J'adresse un signe de tête à Carter qui retourne aussitôt dans la pièce principale, baguette en main, suivi de près par Mayssa.

« D'autres bestioles à dresser ? », demande Esmée.  

Heureusement, ce n'est qu'est l'équipe 3. D'Arcy, Rowle et Goyle entrent dans la salle de bain en traînant celui que je reconnais comme le troisième preneur d'otage : l'hispanique qui travaille au X-pel Liar Mus.
Mr d'Arcy:
 

Lascar 3:
 

J'imagine donc que le sorcier qui s'est pris nos quatre sortilèges derrière le bureau était un bonus. Tant pis pour lui. Je m'écarte pour laisser le brigadier français balancer l'hispanique sur ses deux compères. Je note que ce dernier est blessé à plusieurs endroit, tout comme Goyle et Rowle. J'espère seulement que leur duel n'a pas attiré trop de curieux. Comme s'il avait lu dans mes pensées, mon complice s'éclaircit la gorge.

« Navrés pour le retard. », s'excuse-t-il avec un petit accent de l'autre côté de la manche. « Señor a mis du temps à sortir du X-pel Liar Mus, mais nous sommes intervenus rapidement et sans témoins lorsqu'il a enfin daigné pointer le bout de son nez. Les espagnols n'ont vraiment aucun respect des horaires. », soupire-t-il. Puis il croise le regard de Corvus et esquisse un grand sourire lumineux. « Ravi de vous revoir parmi nous Hunter. »

Je roule des yeux tandis que Corvus lui rétorque sur le même ton. Bon, ce n'est pas tout ça mais on a du boulot !

« Résumé de la situation ? », je demande.

« L'homme à côté est un dénommé Greg. Interrompez-moi si je me trompe. », lance D'Arcy à l'attention des trois truands. « J'ai également eu la confirmation que nous avons bien Johnny Payne.... ». Il désigne le grand blond de la pipe qu'il vient nonchalamment de sortir de sa poche. « ... dealer de poudre de lune aguerrit ; Alfonso Torres que nous connaissons maintenant bien et Dolores Torres, sa cousine arrivée clandestinement en Angleterre il y a quatre mois. Je suis navré qu'on vous ait donné pareil nom. », commente-t-il avec une triste moue.

En guise de réponse, Alfonso crache à ses pieds. D'Arcy recule, l'air sceptique, et enflamme sa pipe.

« Une bouffée l'ami ? », demande-t-il à Corvus avant de brusquement se raviser. « Ah non, c'est vrai, pas devant le frère. Toutes mes excuses. », lance-t-il à Aquila avec un signe de tête respectueux.

Je pousse un nouveau soupir plus audible.

« Bien abrégeons. Employeur ? »

« A priori.... Macnair. », annonce-t-il après avoir expiré un rond de fumée. « Je ne me trompe toujours pas ? »

Si les deux hispaniques baissent la tête, Johnny Payne se remet à sourire fièrement.

« Peut être... peut être pas. »

A cet instant, D'Arcy me tend un morceau de parchemin orné d'un blason que je connais bien.

« Trouvé dans sa poche intérieure. Bien sûr, ça peut être un hasard. »

Un hasard de trouver le blason de mon principal adversaire politique dans la veste de l'agresseur de mon bras gauche ? J'ai du mal à y croire. D'autant plus que le sourire de Payne a disparut.

« Quel imbécile. », soupire-t-il.

« Macnair donc... fouillez l'appart. », j'ordonne à Rowle, Goyle et Shafiq. S'il s'agit bien de ça, il y a forcément d'autres preuves.

« Voulez-vous qu'on rende leur arrestation publique ? », demande doucement Lannister.

« Non. Pas encore. »

Révéler à la presse que je suis intervenu "légèrement" en dehors du cadre légal se retournerait contre moi à si peu de temps des élections. Le temps qu'on démêle le vrai du faux, Macnair sera déjà élu et en mesure de balayer tout ça d'un revers de main. Sans parler des conséquences qu'aurait la révélation que je suis assez faible pour être mis en difficulté par un dealer, un serveur et une clandestine. Non, il faut que j'expose les choses sans que cela ne m'éclabousse...

« Je veux que les relations de Macnair avec Payne soient découvertes demain matin, par le plus grand hasard. »

« Je m'en occuperai. »

Et je ne doute pas un instant qu'il y parviendra avec brio.

« Et nos deux cousins ? »

Je me tourne vers Corvus, l'air grave.

« J'aurais bien proposé quelques doloris avant de leur faire goûter à leur propre poison mais c'est toi qui décides. »

Il les observe, l'air hésitant, puis hausse les épaules.

« Trop commun. », déclare-t-il avant de lancer le maléfice de l'orgasme sur la jeune femme.

Je ne peux retenir un sourire en coin.

« Dur. », commente D'Arcy en grimaçant. « Mais mérité.... »

Un fouet enflammé surgit alors de nulle part pour s'enrouler autour d'Alfonso Torres. Corvus s'amuse quelques minutes de ses cris puis pousse un soupir.

« Dommage, Arutha est plus doué que moi pour ce genre de choses. »

« La violence est surfaite. »

« Pas vraiment. »

Mais Corvus semble épuisé. Pointant son arme sur la tempe de l'homme brun, il se concentre quelques secondes avant de lancer le sortilège qui leur fera oublier toute cette histoire. Ses pupilles s'agrandissent lentement, son regard sombrant dans le flou. J'observe Corvus tandis qu'il offre le même sort à sa cousine.

« Il est temps de rentrer. », commente froidement Aquila.

Son frère semble effectivement au bout de ses forces. Je m'écarte pour les laisser quitter la salle de bain.

« Je te laisse peaufiner. », je chuchote à D'Arcy en désignant les deux hispaniques du menton.

Il hoche la tête puis range sa pipe en ressortant sa baguette. De retour dans le salon, je retrouve Rowle, Goyle et Shafiq, dont deux tiennent dans leur bras plusieurs documents.

« Parfait. Nous rentrons au ministère. Shafiq... »

... je la regarde avec une petite hésitation.

« ... vous pouvez rentrer chez vous. »

« Pourquoi ? Vous avez encore l'intention de travailler n'est-ce pas ? »

« Vous ne nous serez plus d'aucune utilité. Votre place n'est pas ici »

Elle baisse la tête, l'air déçu. C'est ça, arrête de parlementer et rentre chez toi te reposer.

« Tu sais, tu n'as pas besoin de sacrifier toutes tes nuits pour m'impressionner petit Kark. J'envisage déjà la possibilité de te croire. »

Je laisse échapper un sourire amusé... et fatigué.

« Je dois analyser tout ça avant de lâcher la bombe demain matin. Je m'en voudrais d'épingler le mauvais coupable en laissant échapper le vrai. »

« Ce qui sera très utile si tu t'effondres d'épuisement le jour des élections. », commente Esmée avec cynisme.

« Comme tu as l'air de le savoir, les élections sont après-demain et je n'ai plus une seconde à perdre. Même en sommeil. De toute façon, je suis bien entouré. », je les rassure en jetant un coup d'oeil à D'Arcy, qui s'occupe à présent de la mémoire du quatrième lascar resté derrière le bureau.  

« Rentre chez toi Corvus. Je préférerais que tu sois en forme jeudi. Au cas où tu ne t'en souviendrais plus, l'adjoint au ministre est supposé apparaître pour le discours. »

« Tu sembles bien sûr de toi. », s'amuse Aquila.

Pour seule réponse, je hausse les épaules et me retourne vers mon équipe.

« Rowle, D'Arcy, je vous libère aussi. Vous en avez assez fait. »

« Sauf votre respect, j'ai encore un petit paquet de tabac à finir. Et je suis dévoré par la curiosité. », avoue-t-il avec un sourire mutin.

« Comme vous voudrez. Carter, je peux te laisser te charger de Payne ? »

Il hoche la tête et retourne chercher notre homme. Bien...

« Essaie de ne pas finir trop tard. Je serais attristé de perdre le privilège d'unique spectateur de ton assoupissement involontaire. »

Je grimace mais ignore le sous-entendu.

« Bonne nuit Corvus. Je t'enverrai une missive vers midi. »

« Parce que tu imagines que je serais levé à cette heure là ? »

Je le regarde quitter la pièce avec un sourire... qui disparaît à l'instant où je réalise que les autres me regardent encore. Scroutt !

« Rowle, Shafiq... bonne nuit. Les autres, rendez-vous au ministère. »

Ils transplanent un à un avec un petit bruit, Carter accompagné de Johnny Payne. Je m'attarde pour jeter un dernier coup d'oeil à l'appartement miteux. Merlin... et dire que mon élection risque de m'attirer encore plus d'ennemis. Vivement que je sois ministre. Sans un bruit, je transplane.

 
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Arutha L. Kark
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MessageSujet: Re: Pour un cliché de trop   Jeu 19 Mai - 16:54




« Et que personne ne me dérange. Absolument personne. »

Je referme la porte sur le brouhaha ambiant. La tête lourde, je m'adosse à la vitre et ferme les yeux pour mieux savourer le silence. Merlin... j'entends le sang battre dans mes tempes. Mon coeur met doucement fin à son long marathon de deux heures. Deux heures... comment est-ce que j'ai pu tenir tout ce temps à ce rythme ? Dans cet état. Probablement la potion miraculeuse de Nathaniel Hansen. Il m'en faut encore... sans elle, je doute que mes jambes tiennent encore dix minutes.

Rouvrant les yeux, je fais appel à mes dernières forces pour me traîner jusqu'à mon fauteuil. J'ouvre aussitôt le tiroir pour en sortir la fiole translucide... et tombe à la place sur une petite pochette de couleur bleue. Doucement, j'attrape le contenant et en extirpe un miroir dans un cadre doré. Mon regard croise celui d'un homme d'âge mûr, brun, aux pupilles ternes et à l'air éreinté, malgré l'usage évident de potions pour tenter de dissimuler ses larges cernes. A moins que je ne sois le seul à les voir. Je passe un doigt inquiet sur les rides au coin de mes yeux. Ministre. Je suis ministre du monde magique anglais. Je sens malgré moi l'émotion m'étreindre. Honteux, je m'empresse de ranger ce satané miroir et attrape la potion revigorante. Dès la première gorgée, une onde de chaleur parcourt tout mon corps. Je laisse échapper un soupir de bien être avant d'en reprendre une. Celle-ci me pique un petit peu, signe que je n'ai pas intérêt à en reboire si mes souvenirs sont corrects. De toute façon, il n'en reste qu'un fond.

Je la repose maladroitement sur le bureau et me laisse aller dans le fauteuil. Qu'est ce que je ne donnerais pas pour un bon lit... seulement lit veut dire maison et je préférerais bénéficier de quelques minutes de tranquillité avant de me livrer à l'assaut de trois gosses fiers de leur père. Enfin j'espère... Je ferme les paupières avec l'image de ma jolie Freya, rayonnante dans sa robe rouge. Les minutes de paix s'écoulent sans que je ne parvienne à les compter. Je crois entendre le tic tac de l'horloge résonner... et s'évaporer. Puis, sans prévenir, il revient, accompagné cette fois d'autres sons. Un claquement, une voix... abattu par la fatigue, je ne bronche pas. De toute façon, avec les instructions que j'ai donné, il ne peut s'agir que de deux personnes : Rosae, parce qu'elle est ma femme, ou Corvus, parce qu'il a le désagréable don d'outrepasser toutes mes instructions. Dans les deux cas, ils peuvent attendre que je me repose quelques instants... non ? Visiblement pas.

Je sens une maison me secouer, d'abord doucement puis de plus en plus fort. Je me force à me dégager des solides bras de Morphée pour ouvrir un œil. Je distingue une tâche floue qui se précise au fil des secondes.

« ... tends ? Arutha ! »

C'est une veste.... et une chemise avec des ronds, des lignes, tout un tas de trucs... ah ! Des arabesques. Je déplace difficilement mon regard sur le propriétaire de ce vêtement. Bingo ! C'est un Corvus. Mais il n'a pas l'air très content. En fait, c'est même le contraire.

« Hey ! »

Il fronce les sourcils, visiblement énervé ou inquiet à propos de je ne sais quel sujet.

« Kiya. », je réponds pâteusement, encore somnolent.

Je remarque alors qu'il a une main sur mon poignet et qu'il tient la fiole translucide de l'autre. En plus de m'observer bizarrement. Mais... qu'est-ce qu'il fout ? Et qu'est ce qu'il fiche avec ça ? Est-il seulement au courant que c'est uniquement sur ordonnance ?

« Essa.... jreux »

« Il va falloir parler un peu plus clairement petit Kark. », demande-t-il d'un ton toujours aussi étrange.

« Laissa.... dangereux », je répète en essayant tant bien que mal de me redresser. Putain... j'ai l'impression qu'on vient de libérer un lutin fou dans mon crâne. Je l'attrape à deux mains et appuie mes coudes sur le bureau.

« Ah bon, tu crois ? », balance mon ami d'une voix clairement agacée.

Je l'entends s'éloigner puis revenir. Il dépose devant moi un verre contenant un liquide clair.

« Bois. »

Je n'en ai pas très envie mais si ça peut lui faire plaisir... je me force à lâcher ma tête pour saisir le verre et y tremper les lèvres.

« De l'eau ! », je grimace.

« Tu me pardonnera de ne pas te proposer autre chose. »

Je me renfrogne au souvenir de cette phrase que je lui avais servis sur un plateau d'argent, à défaut de vin. Il a vraiment la rancune tenace.

« Maintenant bois. »

Sans trop savoir pourquoi, je m'exécute en retenant un gémissement de douleur. Je sens encore le lutin mettre le bazar dans ma tête. Même si je dois avouer qu'il a légèrement ralentit la cadence. D'accord, d'accord... j'ai peut être un tout petit peu abusé. Avec un soupir, je repose le verre vide sur la table et tend le bras en direction de la fiole, dans l'intention de la remettre dans le tiroir. Corvus observe ma paume ouverte, la potion, puis la fourre dans sa poche.

« Je garde ça. Pour ta propre sécurité bien sûr. »

Merlin... il a vraiment envie de jouer à ça maintenant ?

« Dangereux pour toi. », je soupire. « Moi j'ai l'habitude et je connais les doses. »

« Hum. Ta dose prévoit que tu... t'assoupisses... trente cinq minutes et qu'il faille crier ton nom et te secouer comme un saule cogneur pour que tu émerges ? Très efficace comme revigorant. »

Ah. C'était donc ça. Je pousse un soupir et laisse retomber mon bras. Trente minutes... Nom d'une veracrasse.

« Rosae ? »

« Toujours en train de serrer tout un tas de mains à ta place. Je crois qu'elle songe sérieusement à envisager le divorce. »

« Tu parles... elle va adorer ça. Etre la femme de.... de.... »

Les trois mots circulent dans mon cerveau mais refusent de franchir mes lèvres. Je crois qu'il va me falloir encore quelques heures de sommeil pour vraiment assimiler l'idée. Bordel.... Je suis ministre de la magie. Corvus s'amuse à décrypter mes expressions et à en rire.

« Je ne sais pas si on t'a prévenu mais tu as maintenant le devoir d'utiliser ton titre toutes les deux phrases, pour toutes sortes de raisons moins valables les unes que les autres. Il va falloir que tu t'entraînes rapidement si tu veux survivre dans ce milieu. »

Je laisse échapper un petit rire puis tend mon bras vers mon verre. Vide. Certes. Faut-il vraiment que j'utilise un accio ? Avec un soupir, mon ami me devance et fais venir la carafe jusqu'à lui. Il me ressert avant de s’asseoir face à moi.

« Félicitations. », lâche-t-il enfin du bout des lèvres, mais avec un sourire en coin. Je devine qu'il rechigne à me congratuler comme l'ont fait tous les autres clampins mais qu'une part de lui reconnaît quand même que l'occasion s'y prête. En deux mots : mon Corvus.

J'ouvre la bouche pour lui répondre mais, comme je le prévoyais, il me coupe la parole pour m'empêcher de creuser ce sujet.

« Tu as gagné le droit de dormir sept jours. »

Pourquoi sept ? Allez savoir...

« Il me reste plein de choses à faire. », je proteste. « Il faut encore que... »

« ... tu inaugures ton mandat avec un malaise mémorable ? », m'interrompt-il d'un ton agacé.

« Bien sûr que non. Mais Macnair... »

« ... a été arrêté par la Brigade il y a une demi-heure. D'Arcy s'en est personnellement chargé. »

Par la barbe de Merlin ! Cet homme est vraiment d'une efficacité redoutable.

« Johnny Payne aussi. », poursuit-il en me voyant ouvrir à nouveau la bouche. « Tout le reste peut attendre lundi. »

Je me penche en avant dans mon fauteuil, en essayant péniblement de me concentrer.

« Il faut donner la liste des nouvelles nominations dans les vingt-quatre heures suivant l'élection. »

« Faux. Tes connaissances laissent franchement à désirer pour un ministre. Tu devrais te trouver un conseiller juridique. », se moque-t-il. « Il pourrait t'apprendre que le nouveau gouvernement a quarante huit heures pour présenter la liste des nouvelles nominations. Oh et, bonus, la présence du ministre n'est pas requise tant que sa signature est apposée sur le document.... D'autres objections ?  »

« Oui. », j'affirme d'une voix déterminée, provoquant un roulement de yeux chez mon bras gauche.

« Ne me force pas à te lancer un petrificus. Ca ne ferait pas très bon genre pour un premier aperçu de notre relation ministre-adjoint. »

« J'ai promis personnellement à toutes les personnes de l'équipe de m'occuper de leurs promotions. »

« Quelle chance que je sois ton bras gauche ! », ironise-t-il.

Je n'aime pas ça. Je n'aime vraiment, vraiment pas ça. C'est mes engagements, ma responsabilité. Toutefois.... il y a une once de vérité dans ce qu'il avance. En tant que bras gauche, il est censé pouvoir s'occuper de ce genre de choses. En théorie. Si vraiment je suis indisposé et inapte à m'en charger moi-même. Il pousse un nouveau soupir agacé.

« Je t'enverrai la liste pour que tu y jette un oeil. », insiste-t-il.

« C'est.... il.... bon, je... d'accord. Laisse moi juste te redonner la liste des personnes concernées. Ma secrétaire, Fawley. Rhodes, bien qu'il soit basique 4 il est très utile. Il y a aussi Wilkes, le vieux. Pas son fils. Enfin, tu peux quand même lui faire une petite place pour faire plaisir à son père mais c'est un.... »

« ... imbécile, oui je m'en rappelle. Comme de l'emplacement du dossier où sont consignées toutes ces informations. Enfin, je crois... troisième tiroir de gauche, dans le faux fond de l'armoire ? »

« Quatrième. Mais il faut en priorité que tu t'occupes de l'équipe spéciale : Lannister, D'Arcy, Rowle, Goyle.... »

Ma gorge se serre légèrement. Corvus m'écoute en s'amusant avec un bout de parchemin.

« Oui, je me souviens encore de cette soirée petit Kark. Et je sais qui sont Rowle, Goyle, D'Arcy, Shafiq....Shafiq... »

Ses doigts cessent de triturer le pauvre parchemin pour laisser à son cerveau le temps de réfléchir. Et merde. Ses pupilles s'illuminent lorsqu'il repose le regard sur moi.

« Bref ! Je p... »

« Tu as couché avec elle ! »

Putain. Je fronce les sourcils, en prenant mon air le plus surpris.

« Quoi ? »

« Tu as couché avec elle. », répète-t-il avec une expression mi-intriguée, mi-amusée. « Et tu m'as avoué ça un soir autour d'un verre. »

Nom d'une veracrasse ! Je n'avais vraiment pas besoin qu'il se souvienne de ça. Pourquoi est-ce que les potions de Hansen sont aussi efficaces ? J'aurais dû lui toucher deux mots à ce sujet.

« Nous ne sommes pas... nous n'avons pas franchis le pas. », je nie froidement en sentant ironiquement la chaleur prendre possession de mes joues.

« Hum.... les potions de Hansen auraient donc trompé ma mémoire ? Peut être que je devrais lui demander une dose un peu plus forte pour mieux me souvenir de tout ça. »

Mais quel chieur !

« Ce n'est arrivé qu'une fois ! ... et demi. »

Il se met à rire franchement. Ca y est : je le déteste à nouveau.

« Grâce à Viviane ! J'ai vraiment faillit croire que tu étais devenu aussi chiant que ton père. »

Ca, je le prends pas très bien ! Pour moi et pour mon paternel.

« C'est bon, c'est très drôle, j'ai compris. Tu t'es bien marré la première fois et la deuxième. On peut passer à autre chose ? »

« Minute ! Tu n'étais pas censé la changer de service ? »

Je baisse les yeux, incapable de trouver une réponse adaptée. Qu'est-ce que je devrais lui dire ? Ou plutôt lui re-dire.... qu'elle est tout le contraire de Rosae ? Brune, jeune et incroyablement séduisante dans son rôle de douce timide ? Qu'elle travaille bien et que je n'arrive pas à me résoudre à la virer ? Ou au moins à la changer de service. Son doux visage me plaît et illumine les jours où je me prends la tête avec ma femme... et d'autres encore. Merlin... pourquoi est-ce que j'ai tellement honte ? Je suis un homme et la majorité d'entre nous vivent comme ça, avec femme, maîtresse et amante. Je ne devrais pas culpabiliser ! Et pourtant... et pourtant je n'ai jamais voulu blesser Rosae. Je n'ai jamais voulu la trahir, elle et les trois merveilleux enfants qu'elle m'a donné. Mais il a fallut qu'une jeune et belle sang-pure de mon bureau tombe amoureuse de moi.... et que je cède à la tentation un soir de printemps, sur je ne sais quelle faiblesse.

« Si ça peut te rassurer, je suis juriste et je suis presque sûr que tu n'iras pas rejoindre Macnair à Azkaban pour ça. », se moque-t-il devant mon expression torturée.

Je lui adresse un regard noir.

« Par contre, il est éventuellement possible que cela foute ta carrière toute neuve et flamboyante en l'air. »

« Elle ne dira rien, je le sais.... Je le sens. Elle aurait eu mille fois l'occasion de me pourrir avant les élections. »

« Ta dulcinée est irréprochable, parfait ! Peux-tu en dire de même du type qui finira par surprendre ses gémissements pendant que tu la besognera dans je ne sais quel bureau ? »

« Ca n'arrivera plus. », je rétorque froidement. Il lève un sourcil sceptique. Non, vraiment, ça n'arrivera plus ! ... normalement. Je me passe une main lasse sur le visage et l'arrête devant mes yeux. Sans la retirer, sans regarder Corvus, je m'avoue vaincu : « Mute la... quelque part. »

« Tes souhaits sont... tes souhaits. », rétorque-t-il sans faire plus de commentaire.

« Mais pas trop loin. » a envie de supplier mon cerveau. Je retiens cette phrase du bout des lèvres.... mais espère que Corvus l'a entendu. Ou pas. Est-ce que j'ai vraiment envie que ça s'arrête ? Que ça continue au dépend de ma famille et du risque ? Scroutt ! Il faut que j'aille dormir. Prenant mon courage à deux mains, je me force à lever mes fesses de ce fauteuil.

« Je peux te laisser te charger de tout ça ? »

« Non. D'où l'intérêt d'en discuter pendant quinze minutes. »

« Désolé Corvus. Je.... »

Je ne trouve pas mes mots.

« J'insiste Kark : va te coucher pour retrouver ta capacité à terminer tes phrases. »

« Hum... »

Je me dirige vers la porte en traînant les pieds et pose la main sur la poignée. Mon coeur se serre dans sa poitrine. J'hésite. En parler maintenant ? Rien ne presse, surtout que je n'ai aucune certitude, mais Corvus doit savoir... pour se méfier des personnes potentiellement dangereuses. Je me retourne et découvre avec une pointe d'agacement qu'il a prit place dans mon fauteuil.

« Il me semblait avoir compris que tu allais sombrer dans les bras de Morphée ? »

« Juste une dernière chose... Je... »

« J'ai presque toute ma soirée. », raille-t-il devant mon hésitation.

« Laisse tomber, ça peut attendre un autre jour. »

Mon regard semble l'alerter.

« Ne me force pas à te supplier de cracher le morceau petit Kark. »

Merlin, ça ne va pas lui plaire.... mais il le faut.

« C'est... confidentiel. », je commence doucement. « Et je ne suis même pas tout à fait sûr de ce que cela signifie mais... c'est... J'ai appris que Higgs faisait partie des bienfaiteurs de la campagne de Macnair. »

« Carmella Higgs ? »

Je hoche la tête en silence.

« Entre autres. Mais ce ne serait rien si... Johnny Payne. Il deal de la poudre de lune depuis des années et a été arrêté en 2017. Il aurait dû finir ses jours à Azkaban mais les dossiers à ce sujet ont tous disparus.... visiblement, il n'y a jamais mis les pieds. »

« Il avait probablement des relations très utiles dans son milieu et un ami au ministère. Macnair par exemple ? »

« Non. Son visage me dérangeait et j'ai passé beaucoup de temps à y réfléchir. Je crois... je suis presque sûr de l'avoir déjà croisé, il y a des années. Mais pas avec Macnair. »

Il me fixe, l'air toujours un peu perdu. Mais je ne me résous pas à formuler clairement la pensée paranoïaque qui me démange.

« Macnair est resté très flou sur l'identité de son adjoint durant toute la campagne. Tu trouvais ça toi-même louche et tu as décidé d'y fourrer ton nez. Mais tu as été pris en otage peu de temps après et je n'ai pas eu l'occasion de me repencher sur la question. Maintenant que j'y réfléchis vraiment, je me demande comment Macnair est arrivé jusque là. Il a soudain sortit toutes ces idées révolutionnaires d'on ne sait où, alors qu'il était dans l'ombre tout ce temps-là... »

Je distingue cette fois l'éclair de compréhension dans ses pupilles. Je peux presque entendre son cerveau faire les relations que le mien m'a déjà soufflé ; Higgs, son amante. Payne, son contact dans les milieux peu fréquentables... ses pions et sa propre personne dissimulée derrière Macnair.

« Dans l'ombre. Comme une certaine personne dont la popularité a grièvement chuté suite à des décrets controversés.... et surtout suite à la prise de position de ses enfants et de son propre fils contre son partit. »

Je baisse la tête, rongé par un mélange de doute, de tristesse et de honte. Honteux d'imaginer quelque chose d'aussi bas de la part d'un père.....

« Ce serait extrême. », commente Corvus avec scepticisme. « N'êtes vous pas censé avoir une fierté familiale ou quelque chose dans le genre ? Il devrait être fier de ton succès, surtout en étant celui qui t'as élevé. »

« T'as sûrement raison. La fatigue me rend paranoïaque. Je vais rejoindre Rosae avant qu'elle n'assassine mes nouveaux subordonnés. »

L'idée me fait rire. Corvus me regarde avec un amusement teinté de moquerie. Tant mieux pour lui ! Je remets ma veste et ouvre la porte.

« .... hum.... merci Corvus. »

« D'être le bras gauche idéal ? »

« D'avoir une nouvelle fois accepté de me refaire confiance. »

Il hausse les épaules en roulant des yeux mais je le sens ému. Bien fait ! Je détesterai être le seul à être sensible à toutes ces conneries.

« A demain. »

« Si tu remets les pieds ici avant lundi, je te lances un oubliette pour que tu oublies de venir les deux prochaines semaines. », menace-t-il.

Je grogne et me contente de lui adresser un signe de la main. A peine la porte refermée, je suis pris d'assaut par une Rosae furieuse d'avoir été abandonnée aussi longtemps à ces vautours. D'accord, ça peut se comprendre... je lui promets de me faire pardonner en glissant ma main dans la sienne. Comme le parfait couple politique que nous sommes désormais. Néanmoins, il faut reconnaître que sa peau est plutôt douce.... et que je suis soulagé de rentrer avec elle... Ma belle et chère femme de ministre de la magie.... Bordel.
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Pour un cliché de trop
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